Publié le 10 février 2026 et disponible sur le site de Transparency International, le rapport 2025 de l’Indice de perception de la corruption vient une nouvelle fois rappeler une réalité que peu d’Haïtiens contestent encore. Avec un score inchangé de 16 sur 100, Haïti se retrouve à la 169e place sur 182 pays, ex æquo avec l’Afghanistan et le Myanmar, eux aussi crédités de 16 points.
L’an dernier, le pays occupait déjà la 168e place avec exactement le même score. Autrement dit, malgré les discours et les promesses, la situation reste figée, comme si le pays avançait sans jamais réellement sortir de l’ombre.
Cette séquence correspond pourtant à celle du Conseil présidentiel de transition (2024-2026), arrivé au pouvoir avec l’ambition affichée de rétablir un minimum de confiance dans les institutions. Mais dans l’opinion publique, cette période est aussi associée à des affaires et à des soupçons persistants, dont le plus emblématique demeure le dossier de la BNC. Le rapport de l’ULCC, largement commenté, reste jusqu’ici sans véritable suite judiciaire claire, renforçant l’impression d’un système où les scandales s’accumulent plus vite que les réponses de la justice. Pour beaucoup, ce silence prolongé pèse lourd dans la perception d’une lutte anticorruption qui peine à dépasser le stade des annonces.
Dans le bas du classement mondial, Haïti continue de côtoyer les pays les plus mal notés. Juste derrière, la Guinée équatoriale, la Corée du Nord et la Syrie partagent la 172e place avec un score de 15 sur 100. Plus loin encore, le Nicaragua et le Soudan occupent la 175e position avec 14 points, tandis que l’Érythrée, la Libye et le Yémen se situent à la 177e place avec 13 sur 100. Le Venezuela, avec 10 points, glisse jusqu’à la 180e position, et tout au fond du tableau, la Somalie et le Soudan du Sud ferment la marche aux 181e et 182e places avec à peine 9 sur 100.
À l’autre extrémité du classement, le contraste reste saisissant. Le Danemark domine avec 89 points, suivi de la Finlande à 88 et de Singapour à 84. Viennent ensuite la Nouvelle-Zélande et la Norvège avec 81 points, puis la Suède et la Suisse à 80.
Plus loin dans le tableau, on retrouve les États-Unis, classés 29ᵉ avec un score de 64 points. La République dominicaine, voisine immédiate d’Haïti, se situe à la 99ᵉ place avec 37 points, ce qui reste nettement au-dessus du score haïtien de 16 points et de sa 169ᵉ position. Cet écart montre à la fois combien deux pays proches peuvent connaître des trajectoires différentes en matière de gouvernance et rappelle que, malgré tout, la République dominicaine réussit à se maintenir mieux classée.
Ce décalage nourrit, en Haïti, un sentiment amer : celui d’un pays coincé dans une mécanique où les scandales se répètent, où les rapports s’empilent, mais où les ruptures se font attendre. La corruption n’y apparaît pas seulement comme une succession d’affaires retentissantes, mais comme une toile de fond permanente de la vie publique, perceptible dans le fonctionnement de l’administration, dans la lenteur des procédures et dans la difficulté à voir émerger de véritables sanctions.
Beaucoup y voient le produit d’années d’instabilité politique, de faiblesses institutionnelles et d’une culture de l’impunité qui semble résister à chaque tentative de réforme. D’autres estiment que la précarité économique et la crise permanente finissent par banaliser des pratiques qui, ailleurs, provoqueraient de véritables séismes politiques. Ce ne sont pas des vérités gravées dans le marbre, mais des constats qui reviennent, année après année, au fil des rapports internationaux.
Au final, ce score de 16 sur 100 dépasse largement le simple cadre d’un indicateur statistique. Il reflète un malaise profond et une défiance installée entre l’État et les citoyens, tandis que le dossier de la BNC, toujours en suspens, continue d’incarner cette impression d’impunité persistante.
Dans ce contexte, certains observateurs estiment qu’il faudra bien plus que des discours pour espérer inverser la tendance : une justice réellement indépendante, des institutions capables d’aller au bout des dossiers sensibles, un minimum de transparence dans la gestion publique et un signal politique clair montrant que les règles s’appliquent aussi aux plus puissants. À défaut, le prochain rapport risque fort de raconter, une fois encore, la même histoire.
Wideberlin Sénexant
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