Le brillant avocat du barreau de Port-au-Prince, Me Samuel Madistin révèle que l'institution policière fait « tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que justice soit rendue à l'ancien président Jovenel Moïse », assassiné dans sa résidence le 7 juillet dernier par un commando armé. Me Madistin évoque les manquements de la police judiciaire et regrette que 21 jours après, le dossier ne soit pas acheminé à la justice.
« Un président a été assassiné le 7 juillet. 21 jours après, le dossier est toujours entre les mains de la police judiciaire. Cette dernière n'est pas le cabinet d'instruction », fustige Me Samuel Madistin, invité à l'émission Panel Magic ce jeudi.
Selon son premier regard sur l'avancement de l'enquête, l'homme de loi affirme que l'institution policière « fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que justice soit rendue à l'ancien président Jovenel Moïse ».
« Comment la police peut commettre autant de désordre dans une enquête où on assassine un président. C'est très grave ce qui se passe. Ce n'est pas la première fois que la justice enquête sur un assassinat en Haïti. Le Code d'instruction criminelle définit les règles en matière de procès criminel. Le monde entier nous regarde afin de voir si l'on respecte les règles des procès équitables. Alors qu'au démarrage de l'enquête, on prouve qu'aucune règle ne sera respectée », s'indigne l'ancien sénateur de la République.
Me Samuel Madistin avance une par une les étapes pour montrer que l'enquête est mal entamée. « Le CIC définit clairement les étapes. Il y a l'étape de l'investigation policière, l'étape de l'autorité de poursuites (le parquet), l'étape de la juridiction d'instruction (le cabinet d'instruction) et l'étape de la juridiction de jugement. Chaque étape définit par la loi, les attributions de chaque partie, le délai imparti », précise Me Madistin, qui dénonce le fait que la police interpelle des citoyens pendant 15 jours à 20 jours sans avoir transmis leurs dossiers devant la justice.
« Les agents de l'ordre ne peuvent pas arrêter un citoyen et l'empêcher de voir son avocat. La police n'a pas le droit d'arrêter un citoyen en auditionnant ce dernier pendant plusieurs heures en absence de son avocat. La Direction centrale de la Police judiciaire fait un ensemble de désordres qui aura des conséquences sur l'enquête », confie au passage Me Samuel Madistin, qui pense que les avocats qui représentent ces prévenus ne vont pas rester les bras croisés sachant toutes ces failles.
« Ce qui s'est passé avec Jovenel Moïse, le peuple mérite de connaître la vérité. Pas pour Jovenel Moïse mais pour le pays. Il faut qu'on sache si c'est un crime transnational par exemple car, celui-ci a un impact direct sur le développement économique d'un pays », soutient l'homme de loi.
D'après lui, la lumière doit être faite sur ce dossier pour que le pays puisse prendre des mesures sur la criminalité transnationale à l'avenir en Haïti. « On doit connaître les conditions ayant entraîné la mort de Jovenel Moïse », exige-t-il.
Sans langue de bois, Me Samuel Madistin n'épargne pas le chef de la police, Léon Charles, qui, dit-il, fait du show médiatique en divulguant des informations erronées sur le dossier et des détenus.
« La police qui était chargée de sécuriser le président Moïse, ne l'a pas fait, maintenant fait des show médiatiques. Ceci est inacceptable », dénonce Me Samuel Madistin, signalant que l'institution policière fait tout pour que l'enquête perde son sens.
Me Samuel Madistin s'en prend encore au chef de la police, Léon Charles qui a donné une conférence de presse pour blanchir, selon lui, le premier ministre sortant Claude Joseph dans l'enquête. « Je ne dis pas qu'il est responsable. Cependant, la police n'a pas cette autorité. Le juge d'instruction n'a pas encore mené son enquête », indique Me Samuel Madistin.
Quelques heures après l’assassinat de Jovenel Moïse, le premier Claude Joseph avait promis d’arrêter les criminels et rendre justice au défunt. Effectivement plus d’une vingtaine de « mercenaires » colombiens et américains d’origine haïtienne accusés d’avoir participé au crime ont été arrêtés par la police. Le chef d’alors du CSPN avait fait appel au FBI pour aider l’institution policière dans son enquête.
Depuis quelques temps, on a l’impression que rien avance dans cette enquête.
Par: Michelson Césaire
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