PubGazetteHaiti202005

Funérailles émouvantes mais sous haute tension du président Jovenel Moise au Cap-Haïtien

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Les obsèques du président de la république Jovenel Moïse assassiné le mercredi 7 juillet 2021, chez lui, à Pèlerin 5 par un commando composé de « Colombiens et Haïtiano-américains », ont eu lieu ce vendredi 23 juillet dans la ville du Cap-Haitien au village S.O.S. Y ont pris part notamment le Premier ministre Ariel Henry, accompagné des membres de son gouvernement, du directeur de la police d’Haïti, Léon Charles et une délégation américaine emmenée par l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Linda Thomas Greenfield, envoyée par le président Joe Biden à l’occasion des funérailles du président Jovenel Moïse. Un seul membre de l’opposition politique, l’ancien sénateur Moïse Jean Charles, un seul artiste du HMI, Hervé  Anténor dit Shaba, tous deux originaires du Nord étaient remarqués aux obsèques.

 

 

Il est 6h 30 am, les participants aux funérailles du président Jovenel Moïse commencent à prendre place. Au village S.OS, plusieurs parvis sont érigés pour recevoir, les officiels, le corps diplomatique, les représentants des collectivités territoriales, les partisans de Jovenel Moïse et la presse. Des centaines de personnes sont venues accompagner le chef de l’Etat dans son dernier voyage pour l’orient éternel.

 

Dans un silence à peine troublé par les citoyens éplorés par ce deuil et le cliquetis des appareils de photos des journalistes, le cercueil logeant le président de la république arrive dans un Van blanc, accompagné de 6 membres des forces armées d’Haïti vêtus de veste bleue marine, cravate noire, casquette bleue et pantalon blanc bien taillé sur mesure. Ils transportent le cercueil sur l’autel. Peu après, ils enfilent le bicolore haïtien sur le cercueil.

 

En marge, des participants font parler leur colère ne pouvant imaginer qu’un sort aussi tragique soit réservé au fils du Nord. « Justice, justice, justice », scandent ces réfractaires avant de se faire expulser par des agents de sécurité. La cérémonie n’a même pas débuté mais le choc et la tristesse se montrent déjà au visage. Entre-temps, les agents de sécurité se mettent au fourneau pour frayer le passage aux officiels.

 

L’horloge tourne, Il est 9heure, des officiels du gouvernement de Ariel Henry font leur entrée au Village S.OS mais doivent résister à l’hostilité du public qui ne cesse de huer ceux qu’ils accusent d’être complices dans la mort de Jovenel Moïse. Le directeur général intérimaire de la police nationale d’Haïti Léon Charles a été mal accueilli par le public mais a pu prendre place sereinement grâce aux diligences de ses agents de sécurité.

 

Apres de longues minutes d’attente, la première dame Martine Moïse, sous haute protection de bodyguards étrangers et haïtiens, vêtue d’une robe noire et munie d’un chapeau noir, passe la haie d’honneur qui lui est réservée. L’arrivée remarquable de Martine Moïse a été acclamée par le public. Elle monte l’autel où se trouve le cercueil de Jovenel Moise ôtant son cache-nez pour saluer la dépouille. Puis, la veuve s’est dirigée vers son siège permettant le début de la cérémonie.

 

Il est 10h, la cérémonie débute avec les honneurs militaires. Les gendarmes dressent vers le ciel le bicolore haïtien, utilisent le saxophone, la trompette et la caisse cantonnant l’hymne présidentiel, puis peu après, l’hymne national. Le curé Cyrianne Charles prend les commandes de la cérémonie religieuse s’approchant vers le cercueil l’arrosant avec de l’eau bénite. « Célébrons la vie de ce grand homme », demande le père qui estime que la mort du président est une injustice.

 

Il est 10h 25, alors que la cérémonie se déroule calmement, des tirs sporadiques font la symphonie dans les parages du Village S.OS où se déroule la cérémonie funèbre s’harmonisant avec pneus enflammés et jets de pierre. La chorale de la cérémonie cantonne « iliye e lherison » mais sans l’écoute et l’attention de la délégation américaine, conduite par l’ambassadeur américaine à l’ONU, Linda Thomas Greendfield, accompagnée, entre autres du congressman Greg Meeks et de l’ambassadeur Michele Sison, qui vide immédiatement les lieux sous les coups de feux qui retentissent à proximité. A l’intérieur du village S.OS., la flamme des pneus change la couleur de l’atmosphère. Le soleil du village n’y peut rien.

 

Place à la cérémonie civile

 

Sur des visages fermés, des larmes ruissellent, des pleurs abondent. Ces personnes empruntent peut-être la vallée où coule le fleuve tranquille de beaux souvenirs du président assassiné, chez lui, à Pèlerin 5. Mourir comme ça insinue la fragilité décuplée de la vie. Quelque chose pèse lourd sur l’assistance surtout sur la sœur de Jovenel Moise. « Mon frère a refusé les propositions indécentes, c’est ce qui a causé sa mort », estime Marielle Moise, d’une voix triste, d’un visage déprimé soutenue par des membres de la famille. « Mon frère a tenu tête jusqu’à son dernier souffle », fait remarquer profitant de l’occasion pour appeler la population à exiger que justice soit rendue à son frère.

 

Le sentiment de gâchis noue la gorge de beaucoup de jeunes hommes et femmes, précisément la famille présidentielle. « La gentillesse, le charisme » de Jovenel Moise sont vantés. Fils du président, Joverlein Moïse n’est pas allé de mains mortes pour s’adresser pour la dernière fois à son père. « Papa, je me rappelle ce jour où tu m’as annoncé ta candidature pour la suprême magistrature de l’Etat », note Joverlein. « Mon père prêchait le vivre-ensemble pendant qu’il vivait au milieu des traîtres, prônait l’amour pendant qu’il vivait au milieu des méchants », laisse croire Joverlein d’un ton abrupt. Le discours s’est révélé poignant.

Épouse éplorée, Martine Moise, au premier rang, reste ferme, les yeux grands ouverts face au moment le plus tragique pour une femme: assister aux funérailles de son mari parti dans une condition aussi abominable. Sous les acclamations de l’assistance, Martine Moïse dresse le micro pour faire l’éloge funèbre d’un mari dont elle vante « charisme et charme ». « Quand j’ai rencontré « Jo », j’ai vu en lui un type brillant, doté d’un grand charisme », raconte Martine Moïse qui confie que la famille présidentielle vit des jours noirs. « Il a connu les vices de ce système pourri ; il a voulu parler », explique la veuve qui affirme que la famille ne savait pas que la bataille de Jovenel Moïse serait accompagnée de nombreuses turpitudes. « Nous n’y étions pas préparés », reconnaît-elle.

 

« Comment t’imaginer partir quelque part sans moi ? », questionne Martine Moïse demandant quel crime a été commis par le président pour mériter un tel châtiment. « Tu ne t’imaginais pas partir mutilé, désarticulé », estime-t-elle qui n’imagine pas comment faire adieu à un mari qu’elle a côtoyé pendant si longtemps. «  Je ne pensais pas que l’eau, l’infrastructure auraient pu me mettre dans un chagrin éternel », souligne-t-elle. Martine Moise assure qu'elle ne va jamais céder à la peur. « Jovenel Moïse nous a montré le chemin, il nous a ouvert les yeux », croit-elle.

 

Comme au début, les membres de l’armée ont transporté à l’aide d’un mini-bus le cercueil de Jovenel Moïse jusqu’à son lieu d’inhumation sur fond de pleurs et de revendications populaires. Jovenel Moïse n’est plus et son corps assassiné le 7 juillet dernier est mis en terre à village S.OS dans la ville du Cap-Haitien. 

 

Les funérailles de Jovenel Moïse ont été chantées dans une ville totalement sous tension. Des officiels du gouvernement, des diplomates étrangers et le DG de la PNH Léon Charles ont été pris à partis par les partisans du pouvoir en colère suite à l’assassinat de leur président.  Un seul membre de l’opposition politique, l’ancien sénateur Moïse Jean Charles, un seul artiste connu du HMI, Hervé  Anténor dit Shaba, tous deux originaires du Nord étaient remarqués aux obsèques.

 

 

 

Par : Daniel Zéphyr

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