Par Maguet Delva
Aller à l’école et faire des études reste et demeure l’une des plus belles choses qui puisse arriver à quelqu’un dans sa vie. Dans notre « nation malheureuse », pour paraphraser un célèbre écrivain et poète haïtien Jean Metellus, fréquenter l’école demeure encore un luxe, inaccessible à la majorité de notre population. C’est pourquoi les coopérations universitaires comme celle développée avec l’Italie sont à saluer des deux mains.
L’histoire de ces diplômés haïtiens dans une université italienne en 2021 vient nous rappeler, d’une manière éloquente, combien l’éducation est importante. Elle est la clé pour avancer dans la vie. Même si aujourd’hui chez nous, la tendance consiste à confier des postes importants à des personnes qui n’ont pas effectué les efforts qu’elles devraient consentir. A ces étudiants diplômés qui s’interrogent sur cette anomalie, il faut répondre que ce mouvement est passager et que faire des études reste un rempart à ces genres de comportements qui en disent long sur notre mentalité de sous-développé. C’est-à-dire révoquer des diplômés pour les remplacer par des non diplômés n’est pas une fatalité si la société réclame avec insistance un changement de paradigme.
L’histoire de chacun de ces étudiants rencontrés à l’aéroport d’Orly en provenance d’Haïti en 2018, donne de l’espoir, car elle nous montre que nous avons tout pour emprunter la voie du développement. Il suffit de les employer à bon escient. Nous avons eu l’occasion de les accueillir et de rester toute la journée avec eux, en les écoutant et leur prodiguant des conseils, notamment comment vivre dans un pays étranger.
Ces étudiants dont chaque visage est resté gravé dans notre mémoire sont les fils et filles de notre valeureux peuple. Ceux qui se lèvent tôt et qui sont dans une lutte corps à corps avec la vie pour permettre à leurs progénitures de devenir quelqu’un demain. En Haïti, peu de gens se bousculent aux portillons pour obtenir des bourses pour l’Italie. On y prête davantage attention quand il s’agit d’aller étudier en France, aux États-Unis, au Canada ou encore en République voisine.
En tout cas, l’espoir n’est pas perdu lorsque l’État s’investit dans l’éducation et quand les missions diplomatiques disposent d’agents à l’affût de la moindre ouverture car un diplomate qui se respecte doit être utile à ses compatriotes, sinon il a échoué dans sa mission. À ce niveau, le ministre-conseiller, chargé d’affaires à l’ambassade de la République d’Haïti en Italie, Maître Emmanuel Charles, va certainement laisser son nom dans l’histoire. Car dans cet espace, beaucoup ont depuis longtemps ont renoncé à la première devise d’un représentant d’un État dans un autre, qui est de faire briller le nom de son pays, même si c’est dans le plus petit dénominateur commun des actes. Ce diplomate a su organiser, sélectionner, choisir, imposer une ligne de pensée en matière de coopération. Une réussite. En diplomatie, il faut penser et concevoir pour être déjà sur la pente de la réussite.
Un diplomate qui fait la différence
Un diplomate comme tout décideur a une composante psychologique qui va se projeter dans tout ce qu’il entreprend. Dans cette addition de générosité et d’appartenance sociale, le chef de mission d’Haïti en Italie laisse deviner sa fibre sociale. Fils de notre courageux peuple, Me Charles n’a jamais cessé de penser à ceux qui, comme lui, ont connu l’infortune. C’est avec impatience qu’il attendait le moment venu de jouer son rôle, de tendre la main généreusement à ceux qui sont nés du mauvais côté, au nom de l’État dont il incarne les valeurs. Sur cette pente ô combien difficile, l’homme de loi s’est surpassé pour rendre positivement la pareille. C’est d’autant plus louable qu’en matière de diplomatie, il ne suffit pas de vouloir pour obtenir les choses que l’on convoite, car les relations internationales sont toujours compliquées, y compris dans le domaine de la coopération. Il faut être persévérant et affûté et savoir saisir la moindre opportunité pour avancer ses pions.
C’est ce qu’a fait l’ancien consul général d’Haïti à Paris qu’est Me Charles. Un dispositif d’inscription est apparu sur des liens d’une université italienne. L’homme connaît ses limites en matière de nouvelles technologies. Aussitôt il avait pallié cette insuffisance, en embauchant des amis qui peuvent l’aider. Des rôles bien répartis, comme on le fait dans nos missions diplomatiques, des réunions quotidiennes et le projet se met en place.
La stratégie a marché, les premières inscriptions ont commencé à émerger. Le diplomate est aux anges car les profils des compatriotes correspondaient bien aux objectifs fixés. Maintenant il faut convaincre les bailleurs car il n’y a pas de bourses sans eux. Ce volet doit être bien argumenté. Il faut aller dans les archives pour connaître les relations que notre ce pays a toujours eues avec l’Italie. La découverte de l’installation des commerçants italiens chez nous a permis au diplomate de justifier les demandes de bourses. Il avait pu même justifier qu’à un moment, la diplomatie haïtienne était dans toute sa plénitude en Italie avec des consuls à Gênes et à Milan. Le père de Dany Laferrière, M. Windsor K. Laferrière, fut consul de la République d’Haïti à Gênes. Une fois établis ces liens commerciaux et diplomatiques, le reste peut avancer. Ainsi feu président Jovenel Moïse est venu mettre tout cela au diapason avec son homologue italien. Deux États qui sont unis comme cinq doigts de la main dans une coopération à laquelle personne ne s’attendait. Une réussite diplomatique qui prouve qu’il existe des diplomates qui travaillent pour leur pays, en dépit de l’indigence éthique ambiante.
D’après ce qu’on a appris, c’est le début d’une aventure d’une coopération universitaire hors du champ de la francophonie, mais bel et bien de la Latinité chère au feu Philippe Roussillon. Nos compatriotes en terre italienne se sont bien comportés au point qu’ils ont reçu les félicitations du décanat de l’université d’Unamallis. Dans la salle d’apparat de cette université, l’objectif est clair : il s’agit de former du personnel médical compétent pour faciliter aux habitants des pays en voie de développement l’accès à la santé. Nos boursiers se sont engouffrés dans cette belle brèche qui leur était offerte avec l’objectif de réussir. Ce qui n’était pas du tout facile à cause de la langue. Un obstacle que nos compatriotes boursiers ont franchi avec éclat et ont su appréhender les cours dispensés. Trois ans plus tard, ils sont parvenus à obtenir leur parchemin avec succès. Ils étaient au nombre de vingt-cinq à jubiler le 4 décembre dernier. Pour quatre d’entre eux, c’est la consécration suprême, avec les titres de lauréats. Ils ont supplanté non seulement leurs compatriotes, mais aussi leurs collègues italiens. D’autres sont en attente : ils seront diplômés en 2022 et 2023.
Nous n’avons pas perdu une miette de cette cérémonie de graduation. Quant au principal concerné, Emmanuel Charles, le chef de la mission haïtienne, il a dû parfois brûler les étapes. Tout cela n’est pas une question de chance : le chargé d’affaires devait remuer ciel et terre car l’affaire est énorme. Faire débarquer plus de 50 étudiants dans un pays non francophone, ce n’était pas chose facile. L’idée de placer ses futurs diplômés sous la protection de l’ancien Président Jovenel MoÏse, a quelque peu fait avancer les choses dans la bonne direction. Mais la machine a été grippée à plusieurs reprises. À chaque fois, il fallait des alliés de bonne volonté pour donner un petit coup de pouce pour faire marcher la barque. Madame Volel Surena fut l’une d’entre elle. À plusieurs reprises, elle a su briser la vitre de l’impossible. Sylvie Dadjo, la stratège en chef, s’est révélée une logisticienne hors pair, ne manquant jamais de répondre aux questions angoissantes de nos boursiers. Il faut aussi rendre hommage à Laguerre Pierre-Louis, l’homme à tout faire et qui a rendu leur séjour plus agréable. A Garry Assad qui était toujours présent à l’aéroport d’Orly, accompagné d’autres collègues des missions diplomatiques haïtiennes à Paris, pour accueillir ces jeunes compatriotes durant leur transit. Il a également joué un rôle important au niveau de la presse pour la promotion de cette coopération universitaire entre Haïti et l’Italie.
A ces jeunes haïtiens et haïtiennes qui ont su briller avec force loin de leurs frontières linguistiques et culturelles, nous disons bravo!
Pour l’histoire, retenons donc leur nom.
Nous avons appris que ce champ universitaire qui vient de s’ouvrir doit perdurer, ce qui fait de l’Italie une autre destination des étudiants haïtiens à l’étranger.
Par: Maguet Delva
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