Alors que la violence des gangs continue de déstabiliser Haïti, un rapport date du 6 février 2025 de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime met en lumière les facteurs complexes alimentant la criminalité et la migration forcée. Outre l’instabilité politique et l’effondrement économique, le recrutement massif d’enfants dans les gangs et la traite des personnes constituent des enjeux majeurs. Ce phénomène se double de la quête désespérée de nombreux Haïtiens pour fuir la violence, prenant des risques énormes pour rejoindre d’autres pays, malgré des politiques migratoires de plus en plus restrictives.
Ce rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime survient alors que la violence bat son plein en Haïti mettant à nu des véritables facteurs entrant dans l’écosystème de cette spirale de criminalité qui perdure. Selon le rapport de l’ONUDC, la violence des gangs, couplée à l’instabilité politique et à l’effondrement économique, sont autant de facteurs poussant bon nombre d’Haïtiens à immigrer dans d’autres pays, malgré des risques.
Cependant, le rapport fait mention d’un autre facteur qui mérite une attention particulière : l’essor spectaculaire du recrutement d’enfants dans les gangs, fait constitutif de traite. Dans une partie parlant de la traite des personnes, le rapport parle des groupes armés qui exploitent systématiquement les vulnérabilités des enfants, avec un recrutement de mineurs en hausse de 70 % en 2024, tout en s’appuyant sur les données de l’UNICEF.
Le document poursuit en révélant que ces groupes armés sont désormais composés de 30 à 50 % d’enfants dans leurs effectifs. En faisant partie du regroupement criminel, ces derniers leur offrent nourriture, argent (jusqu’à 200 $) ou protection en échange d’activités criminelles, comme le détaille l’ONUDC.
Selon les témoignages recueillis par l’ONUDC, le véritable point de repérage pour ces adhésions, ce sont les réseaux sociaux qui servent de canal de recrutement. Pour les plus jeunes, ils sont souvent contraints à l’obéissance, vu les violences physiques et psychologiques auxquelles ils font face. « Les enfants mal nourris, privés d’éducation et laissés sans surveillance parentale sont facilement exploités par des gangs comme le 400 Mawozo, mais aussi par d’autres comme Brooklyn, Baz Taliban et Village de Dieu », rapporte le document.
Si parmi les groupes, le genre masculin semble primer pour produire les forfaits, c’est autre chose pour les filles. Selon l’organisme local Oganizasyon Fann Vanyan an Aksyon, source citée dans le rapport, les filles subissent des violences sexuelles systémiques, incluant viols et grossesses forcées. En détaillant, l’ONUDC souligne que la traite des personnes en Haïti a un caractère de genre. Les garçons sont enrôlés comme combattants ou éclaireurs, forcés de commettre des exécutions, selon les témoignages documentés. Quant aux filles, elles sont réduites à l’exploitation sexuelle et aux tâches domestiques pour les gangs.
En dépit de tout, pour pousser plus loin dans le rapport, la structure onusienne fait allusion aux véritables risques que prennent ceux qui veulent s’échapper de la vague. La crise qui déferle quotidiennement pousse des Haïtiens à chercher d’autres horizons pour fuir les violences. Il cite les politiques migratoires restrictives (États-Unis, République dominicaine) et les fermetures de frontières. Ces derniers contraignent les Haïtiens à emprunter des routes dangereuses. « Le durcissement des politiques migratoires oblige les Haïtiens à prendre davantage de risques pour migrer en recourant aux services des passeurs ».
En s’appuyant sur les précédents rapports de l’ONUDC, qui importent que les ressortissants haïtiens sont de plus en plus souvent acheminés clandestinement par des routes plus dangereuses, en particulier par voie maritime, vers des pays tels que les Bahamas, la Jamaïque ou les Îles Turques et Caïques, qui ne servent que de points de transit sur la route des États-Unis.
Selon l’ONUDC, le durcissement des politiques régionales se traduit par des expulsions en série : 67 000 Haïtiens expulsés de République dominicaine au premier trimestre 2024, 30 000 autres en octobre 2024, tandis que les États-Unis en ont expulsé 258 la même période. Dans le rapport, des projections sont faites alors que la République dominicaine a un plan d’expulsion de 10 000 Haïtiens par semaine, ce qui pourrait porter le total à 520 000 en un an.
En septembre 2024, le texte mentionne même que plus de 100 Haïtiens Haïtiens près de Porto Rico, étaient laissés en mer par des passeurs [personnes monnayées pour les passages illégaux, NDLR]. Ces incidents font suite aux mesures restrictives utilisées dans les politiques migratoires de certains pays de la région.
Toutefois, ce rapport survient bien avant cette nouvelle phase tragique où, depuis le 24 février 2025, les gangs ont commis, à tour de rôle, des massacres à Tabarre, Delmas , Port-au-Prince. Les forces de l'ordre, malgré l'appui de la Mission multinationale, ne sont toujours pas à la hauteur pour endiguer la violence qui perturbe le quotidien haïtien. Cette récente vague de violences sur la capitale cause le déplacement interne de plus 12 000 habitants, selon OIM.
De plus, l’ONU n’envisage pas d’envoyer des forces onusiennes sur le sol haïtien. Bien que, dans une lettre adressée au Conseil de sécurité des Nations unies, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, propose un plan de création d’un bureau en Haïti visant à porter des aides logistiques pour la mission dirigée par le Kenya.
Entre-temps, certaines zones sont le théâtre du chaos, dont les gangs armés jouent les principaux acteurs destructeurs. Ils tuent, brûlent, vandalisent, violent, kidnappent.
Wideberlin Senexant
- Log in to post comments


