Des milliers de Lavalassiens ont gagné les rues ce dimanche 26 juin 2022 pour exiger le retour au pouvoir de Jean Bertrand Aristide. Longeant la route de Delmas jusqu’à Tabarre ( passant par Delmas 33), les manifestants, ayant ras-le-bol de la situation socio-politique du pays et de la gestion d'Ariel Henry, ont offert symboliquement les « clés » du pays à l’ancien président deux fois exilé. Tel un « Messie », ils croient que l’ancien prêtre de Saint Bosco est le seul, capable, disent-ils, de sortir le pays du bourbier dans lequel il se trouve actuellement.
9h 00 du matin, sous un soleil de plomb, partisans et sympathisants se massaient déjà sous le viaduc de Delmas communément appelé « Kafou Rezistans ». Conformément à l’appel de responsables lavalassiens, ces citoyens se préparaient à marcher dans les rues de Port-au-Prince pour arriver à Tabarre près de la résidence de l’ancien Président Jean Bertrand Aristide.
Arborant des casquettes blanches et T-shirts blancs sur lesquels sont inscrits des slogans comme « restitution et réparation » « N ap tann ou prezidan Titid », les manifestants voulaient à tout prix exprimer leur ras-le-bol par rapport à la situation socio-politique mais aussi demander à l’ancien Président Jean Bertrand Aristide de reprendre les rênes du pays.
Bandes à pied et Chuck Sound rimaient avec la colère des manifestants. La foule est immense. Il y a longtemps qu’autant de Lavalasiens n’ont pas été vus dans les rues de la capitale. Ces manifestants ont arpenté la route de Delmas ( passant par Delmas 33) pour arriver à Tabarre devant la résidence de l’ancien président Jean Bertrand Aristide.
« Le Saint Sauveur »
Les effigies de Jean Bertrand Aristide étaient légion. Les manifestants exhibaient photos, affiches, flyers pour vénérer la figure emblématique du parti Fanmi Lavalas qu’ils présentent comme le véritable « Saint sauveur ». « Sous la présidence de Jean Bertrand Aristide, la vie n’était pas aussi chère. Une petite marmite de riz se vendait à 6 gourdes », rappelle un manifestant, croyant mordicus que Jean Bertrand est le seul capable de retirer Haïti du bourbier dans lequel il patauge.
Pour Jérôme, un homme de 54 ans, Jean Bertrand Aristide est le seul parmi les leaders politiques actuels capables de faire obtempérer les bandits et arrêter l’effusion de sang. « Il avait le contrôle des quartiers populaires. Il sait parler aux gens. Il pourrait tant bien que mal, faire taire les chefs de gangs », croit-il
Ariel Henry pointé du doigt
Les manifestants n’ont pas été tendres envers le premier ministre Ariel Henry en qui il voit un dirigeant « incapable » d’adresser les véritables problèmes du pays. L'incurie du chef du gouvernement face au kidnapping et les exactions des bandits est dénoncée. Selon eux, l’ancien chef d’Etat « issu de la masse populaire pourrait mieux fait ».
« Aristide aurait maté la prolifération des gangs armés. Sous Jean Bertrand Aristide, on vivait mieux avec moins de peur qu’aujourd’hui. Maintenant, on ne peut plus sortir avec l’espoir de rentrer sain et sauf. Les gangs sont partout », dit-il.
Arrivés à Gérald-Bataille, les manifestants n’ont affiché aucune trace de fatigue, l’objectif étant de se rendre devant la maison de Jean Bertrand Aristide. Les bandes à pied continuaient de créer l’animation. Le chuck-sound motivé. Le marathon se poursuit.
Arrivés à Tabarre devant la résidence de Aristide
Après des heures de marche, les manifestants ont pu atteindre Tabare, commune de résidence de Jean Bertrand Aristide. Les éloges de sa gestion n’ont pas cessé. Les manifestants scandaient « Lè Aristide t la se pa konsa sa te ye » « Nou la pou nou rakonte l pwoblèm nou yo ».
Devant la résidence de Jean Bertrand Aristide, un gros dispositif de sécurité a été mis en place. Les manifestants n’ont pas pu poursuivre leur objectif, celui de présenter leur cahier de charges à leur « Messie ». Au moins trois véhicules contenant des agents de Police ont été remarqués.
Des contacts ont été entrepris avec les policiers pour déblayer le passage, mais sans succès. Cependant, les manifestants, on ne peut plus motivés, ont continué à manifester devant le cordon de sécurité mis en place.
Les « Clés du pays » offerts
Les manifestants, ne pouvant pas investir l’enceinte de la résidence d’Aristide, ont offert une boîte contenant, selon eux, les « clés du pays » à l’ancien titulaire du palais national. « Président Jean Bertrand Aristide, nous venons vous apporter la clef [ du Palais national, Ndlr]. S’il vous plaît, acceptez la. Le peuple souffre. Si vous refusez, vous aurez sur votre conscience la mort de beaucoup de compatriotes », implore une représentante de l’ensemble des organisations nationales, désignée pour adresser le message.
Des milliers de manifestants ont attendu en vain des heures devant les locaux de Jean Bertrand Aristide. Le leader du parti politique Lavalas ne s’est pas présenté.
Cette vague de manifestations de soutien survient après que Aristide a reçu la visite de Helen La Lime. Depuis, des rumeurs continuent de circuler autour d’une velléité de la communauté internationale de hisser Aristide à la tête du pays.
Du côté de Tabarre, des sources proches de l’ex président président Lavalas démentent ces « intox », affirmant que ce dernier, comme bien d’autres leaders, a été consulté pour donner sa lecture de la situation catastrophique actuelle du pays, notamment sur le plan sécuritaire.
Par : Daniel Zéphyr
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