Les rapatriements de migrants haïtiens se poursuivent à la frontière malgré la promesse de suspension faite par les autorités dominicaines à l’envoyé spécial Daniel Supplice, informe le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) dans un communiqué rendu public samedi 20 novembre. Deux jours après la conférence de presse présentée par l’émissaire du gouvernement haïtien, qui fait suite à sa mission en République Dominicaine, avec objectif de calmer les tensions entre les deux pays, le GARR dit avoir observé que les rapatriements de migrants haïtiens n'ont pas cessé, comme l'avaient promis les autorités dominicaines.
« En dépit des pourparlers qui ont été engagés entre l'État hattien et les autorités dominicaines, les activités de rapatriement vers Haïti se sont poursuivies. En effet, les 17 et 18 novembre 2021, au terme de la mission de Daniel Supplice, les agents de la migration dominicaine ont rapatrié au total plus de 400 personnes à Quanaminthe (Nord'Est) et à Belladere (Centre) Parmi ces rapatriés, le GARR a reçu deux jeunes étudiants en sciences de la santé originaires du Cap-Haïtien. Ils ont été appréhendés à Santiago et conduits à la frontière de Belladère, accompagnés de plusieurs dizaines d'autres migrants. », écrit le GARR.
« Du début du mois de novembre jusqu' au 18. le GARR a enregistré un total de 1541 rapatriés, dont 153 femmes enceintes, 9 femmes allaitantes et 128 enfants (76 filles et 52 garçons). « Des vidéos et images circulant sur les réseaux sociaux ainsi que plusieurs témoignages recueillis près des personnes rapatriés confirment que des femmes enceintes ont été appréhendées dans des centres hospitaliers publics dominicains puis placées en détention avant d’être reconduites à la frontière et ce, en violation de leurs droits. », souligne le GARR.
Face à cette situation, Le Groupe d’appui aux réfugiés et rapatriés se dit très choqué par les traitements inhumains auxquels ces personnes, particulièrement les femmes et les enfants ont été l'objet. « Les soldats dominicains ont fait usage de gaz lacrymogène dans le bus où je me trouvais et plusieurs d'entre nous avaient beaucoup de mal à respirer. », a confié une femme, pour citer le GARR.
Plus loin, certaines d'entre elles affirment avoir aussi été victimes d'actes de brutalité et de comportements attentatoires à leur intégrité physique et morale. « Prétextant effectuer des fouilles, un agent de la migration m'a tripoté les seins et a introduit plusieurs doigts dans mon vagin en présence de ses collègues. », a témoigné l'une des migrantes accueillies au centre d'hébergement du GARR à Belladere
En effet, l'organisme de Droits humains dit « (dénoncer) vivement ces rapatriements dénués d'humanité qui se font au mépris total du Protocole sur les mécanismes de rapatriement signé par les deux Etats en décembre 1999, dans lequel le principe de la non séparation des familles est clairement mentionné ».
L’organisation en profite pour inviter les autorités dominicaines « à surseoir à la chasse et aux rapatriements massifs des femmes enceintes qui est une violation grave aux lois sur la migration selon lesquelles la détention ne doit jamais être utilisée dans les cas des mineurs, des femmes enceintes ou allaitantes, des personnes âgées et des demandeurs d'asile »
Tout en exhortant l'Etat haïtien à mettre en place une politique publique permettant à tous les citoyens d'avoir accès aux services sociaux de base, notamment la santé, l’éducation etc. qui font partie des droits humains fondamentaux, le GARR appelle par ailleurs, les peuples à la solidarité envers les personnes migrantes tout en accordant une attention particulière à la situation de fragilité et de vulnérabilité des femmes enceintes.
Par: Fenel Pélissier
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