PubGazetteHaiti202005

Quand Claude Joseph récadre Luis Abinader

Claude Joseph et Luis Abinader

Le chancelier haïtien Claude Joseph marquera pour longtemps les relations diplomatiques entre Haïti et la République dominicaine. Les dirigeants dominicains n'oublierons jamais le nom de celui qui a recadré le président dominicain Luis Abinader qui, dans ses différentes prises de position dans la crise haïtienne, fait montre d'une consescendance certaine vis-à-vis de son voisin. 

En effet, le ministre des affaires étrangères a surpris tout le monde, quand via un tweet responsif, il rappelle à Luis Abinader, qui a appelé à une assistance internationale en faveur d'Haïti, que son pays aussi est en proie à une recrudescence de l’insécurité, en référence « à la mise en garde du département d’État américain contre la montée de la criminalité en terre voisine ». Claude Joseph est allé jusqu'à proposer aux autorités dominicaines de travailler de commun accord avec Haïti pour résoudre l’insécurité sur l'Île. Une façon pour Claude Joseph de « taper sur la main » de Luis Abinader, qui profitant de la situation dramatique d'Haïti, cherche de plus en plus à affaiblir la terre de Dessalines. 

Surpris par cette réaction du chancelier haïtien, le président dominicain via son vice-ministre des affaires étrangères a suspendu le programme de visas pour les étudiants haïtiens en signe de représailles ( dans une déclaration en forme d’éclaircissement, il a précisé ce mercredi que le statut des étudiants actuel ne va pas changer mais le renouvellement n’est plus automatique et que toutes les demandes seront examinées minutieusement pour éviter que des bandits armés foulent le sol dominicain sous couvert du statut d’étudiant). 
Rappelons que nos étudiants ne sont pas des boursiers du gouvernement dominicain. Ils paient au prix fort leurs études, louent des maisons dans le pays, bref, ils participent activement à l'économie dominicaine. 

Une fois cette décision, prise de manière émotive, annoncée, les commentaires ont fusé de toutes parts. Il y en a ceux qui critiquent le chancelier haïtien pour avoir, disent-ils, compliqué la situation des étudiants, mais d’autres y voient par contre un acte de grandeur et de bravoure, digne de la première république nègre indépendante du monde. 

Il est un fait certain que nos dirigeants successifs ont contribué chacun à leur manière à détruire le pays. Il est aussi vrai que le pays est aujourd'hui livré aux bandits au grand dam de ceux qui prétendent nous gouverner, mais cela ne doit en rien nous enlever notre dignité de peuple.


Par son acte courageux, n’en déplaise à ses détracteurs parlant d’imprudence et de nationalisme démagogique, Claude Joseph vient de provoquer un réveil patriotique  longtemps « endormi » chez de nombreux haïtiens. Les commentaires de soutien aux déclarations du ministre des affaires étrangères, contre lequel des internautes n’ont pas souvent été tendres, prouvent qu’en dépit des difficultés l’Haïtien reste un peuple fier et digne. 
Aussi faudrait-il bien que cet élan patriotique se manifeste de manière constante et productive. La fierté d’appartenir à cette terre historique qu’est Haïti, c’est surtout de se montrer exigeant vis à vis de nos dirigeants qui doivent s’élever à la hauteur de leur tâche. 

Attention au nationalisme suicidaire 

Quant à ceux qui demandent qu'on boycotte le commerce dominicain en signe de riposte, on doit se rendre à l’évidence que le pays n’est pas prêt pour cette guerre. Les ventres haïtiens dépendent de la République dominicaine car il n’est un secret pour personne que la production agricole n’a jamais fait partie des priorités de nos gouvernements successifs. 
Si l’on tient compte également de la forte présence de la communauté haïtienne établie là-bas dont la plupart sont en situation irrégulière, chercher à attiser la haine ne fera que compliquer davantage la situation de nos compatriotes. On n’évoque même le fait que le pays n’a pas d’armée ( le rétablissement de l’armée d’Haïti est encore au stade imaginaire ) face aux forces armées dominicaines composées, selon Wikipedia, de 44 500 personnels actifs et en une armée de terre, une armée de l'air (Force aérienne dominicaine) et une marine (Marine de guerre dominicaine). 

Plusieurs initiatives prises par Luis Abinader peuvent être interprêtées à bien des égards comme une volonté manifeste de traiter Haïti comme  mineur. Sa prise de position à l'ONU sur le cas d'Haïti, la formation d'un mini Core Group pour prendre en charge Haïti sont des témoignages éloquents. Le président dominicain, suite à son attitude paternaliste affichée de manière répétitive, avait sûrement besoin qu’on lui rappelle qu‘« il n’existe pas un président de l’Île », mais on doit faire attention au nationalisme aveugle. 


Les deux pays ont besoin de cohabiter ou de coopérer (de toute façon, ils sont condamnés à cette coexistence) mais cela doit se faire dans le respect mutuel de la notion de souveraineté. Compte tenu des contentieux historiques entre Haïti et la République dominicaine, les dirigeants des deux côtés se doivent de faire attention à leurs interventions ou démarches, susceptibles de provoquer un certain ressentiment chez les deux peuples. Ils doivent adopter des comportements qui tendent vers la paix et l’harmonie. 


Souhaitons que l’incident est effectivement clos, suite à l’appel téléphonique entre le président Luis Abinader et le premier ministre Ariel Henry ce mercredi 3 novembre. 

 


 

Par Gazette Haïti

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