Le pays fait face à une pénurie de carburant sans précédent. Cette situation risque de déboucher sur une crise humanitaire et sanitaire. Les prix des transports en commun grimpent de manière vertigineuse.
Le soleil se lève ce lundi 25 octobre 2021 sur fond de grève et de protestations populaires.
Toutes les activités sont paralysées: les banques, écoles et grandes entreprises ont baissé le rideau. Des barricades enflammées, des pneus érigés le long des routes de la région métropolitaine, des membres de population crachent leur ras-le-bol. Les gangs armés, puissants plus que jamais, bloquent les axes routiers qui conduisent aux différents terminaux pétroliers, empêchant l'approvisionnement régulier et sécurisé des stations-service. Face à cette pénurie, le prix des transports a explosé.
A Pétion-Ville
A Pétion-Ville, commune du département de l’Ouest, le prix des transports a connu une hausse exagérée. « Les chauffeurs de camionnettes faisant la route de frères ont augmenté le prix du trajet de 100%. Il est passé de 25 gourdes à 50 gourdes. Même cas de figure pour les bus faisant le trajet de Pétion-Ville-Centre-Ville », nous relate un habitant de la commune disant vivre une histoire sans précédent.
Au centre-ville, de l’avenue N aux environs du collège canado haïtien, le transport en commun est passé de 50 gourdes à 100 gourdes. Les motocyclistes de (carrefour-feuilles-Digicel) changent le prix du circuit sortant de 75 gourdes à 200 gourdes. Presque le triple. « Pour prendre une camionnette faisant le trajet centre-ville-carrefour feuille, il vous faut désormais 25 gourdes au lieu de 15 gourdes dans le passé », nous confie un habitué du trajet ajoutant que les camionnettes de Debrosse sont passées de 15 à 25 gourdes. « Avant, j’avais besoin que 60$ pour me rendre au travail. Maintenant, il me faut le double, 120$ », s’alarme une comptable.
A carrefour
A carrefour, même cas de figure . « Le prix des camionnettes passe de 10 gourdes à 20 gourdes. Les chauffeurs de moto demandent au moins 150 gourdes pour le plus court des trajets alors qu’il était auparavant 75 gourdes », nous informe un habitant de la commune dirigée par Jude Edouard Pierre.
Dans les provinces où la situation est gravissime, les motocyclistes sont furax et très adroits sur le prix à payer pour faire les différents trajets. « Ici, aux Gonaïves, le prix du carburant est de 1800 gourdes. Nous ne pouvons plus faire les trajets pour les mêmes prix », indique un motocycliste de la …
Les camionnettes de plus en plus rares
Le prix exorbitant des transports en commun n’est pas le seul problème auquel les passagers sont confrontés. Les camionnettes se font désormais rares. Dans les rues de la région métropolitaine, les passagers font la queue avant de trouver un chauffeur désireux de faire le trajet. « Vous pouvez avoir l’argent pour vous payer le circuit mais vous rentrez à pied à cause de la quantité réduite des camionnettes », fait remarquer Jean Enold, un petit commerçant de Pernier.
« Quand une camionnette s’arrête après plusieurs heures d’attente, il est difficile de monter à bord à cause de l’affluence de la foule », nous décrit Jean Enold qui relate des scènes de bousculade. « Dernièrement, un homme a eu une luxation au niveau de son bras », rapporte M. Enold.
« Woulib », le sauveur attendu
Après de longues attentes sans trouver de camionnettes pour faire le trajet, des citoyens font de l’auto-stop. Ils cherchent un « Woolib ». « On n’a pas besoin de connaître l’identité du chauffeur, il suffit qu’il s’arrête pour quelqu’un, on s’engouffre », confie Jean Enold malgré l’insécurité grandissante et les cas de kidnapping à répétition. « On prend le risque », dit-il.
Contactés par la rédaction, certains chauffeurs, sous le couvert d’anonymat , se disent obligés de fixer leur circuit à un tarif élevé en raison de la pénurie de carburant. « Si nous continuons à garder le même prix, nous n’aurons pas assez d’argent pour nous procurer du carburant », explique un des chauffeurs de Delmas révélant que le gallon de diesel se vend déjà à 2 250 gourdes dans cette région de la capitale.
Un CSPN spécial a été organisé hier dimanche pour décider de la sécurisation des convois de carburant vers les pompes. Les résultats escomptés ne sont toujours pas visibles.
Entre-temps, les hôpitaux, grandes entreprises, PME et compagnies télécommunications sont entravés par la pénurie de carburant. La population ne sait quel saint se vouer. L’économie souffre. Tout sous le regard complaisant et impuissant des autorités étatiques.
Par : Daniel Zéphyr
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