L’ancienne ambassadrice américaine en Haïti, Pamela Ann White a émis, ce vendredi, de sérieux doutes quant a la possibilité d’organiser des élections dans le pays cette année. La diplomate justifie sa position notamment par le climat d’insécurité qui prévaut dans le pays actuellement et l’instabilité politique. Quant au fameux dossier de la fin du mandat du président Jovenel Moise, Mme White s’interroge perplexe entre le 7 février 2021 et le 7 février 2022 mais fait remarquer que pour le moment toutes les institutions nécessaires ne sont pas en place pour assurer une transition en douceur en cas de départ de M. Moise.
« Haïti est une fois de plus, un gâchis ». C’est ainsi que Pamela Ann White, qui a été reçue en audience par visio-conférence, ce vendredi, par le Comité des Affaires Etrangères de la Chambre des représentants des États-Unis, qualifie la situation actuelle en Haïti. Justement, Mme White qui a été invitée à intervenir sur la situation en Haïti par la chambre des représentant, en a présenté un tableau totalement sombre. « Comme vous le savez tous, la situation en Haïti est extrêmement instable. Chaque jour, il y a des rapports de décapitations, viols et meurtres. Les enlèvements sont à un niveau record. La situation des droits de l'homme est déplorable. Quatre millions d'Haïtiens souffrent d'insécurité alimentaire. La moitié vit avec moins de 2.40 $ par jour… ».
Fort de ce constat chaotique, l’ex-ambassadrice des USA en Haïti pense qu’il est difficile d’imaginer des élections réussies cette année en Haïti dans ces conditions. Elle reprend, en ce sens, l’appel au dialogue pour trouver un accord politique minimal entre les acteurs concernés sur la crise lancée en février dernier par la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies, Helen La Lime. Sans quoi, Mme White estime que le gouvernement américain ne devrait pas contribuer au financement de ces joutes. « Les dernières élections ont coûté plus de 150 millions de dollars. Je doute qu’il y aura un soutien international pour des élections si viciées. Je ne vois pas le gouvernement américain donner 33 millions de dollars comme en 2016 compte tenu de l'atmosphère chaotique actuelle », a déclaré l’ambassadeur. Elle insiste en ajoutant que sans ce consensus «minimal», Haïti ne pourra pas organiser d'élections crédibles.
Quant au fameux dossier de la fin du mandat du président Jovenel Moise, Mme White évite de prendre position car, explique-t-elle, elle ne sait pas si le président Jovenel Moise aurait dû partir le 7 février dernier ou si c’est en février 2022 que son mandat prend fin. Toutefois, la diplomate dit ne pas croire que pour le moment toutes les institutions nécessaires soient en place pour assurer une transition en douceur. Cependant, elle dit noter que le Gouvernement américain, l'Organisation des Etats Américains et l'Organisation des Nations Unies ont tous reconnu que le mandat de M. Moise ne se termine qu’en 2022. Elle souligne également que plusieurs constitutionnalistes haïtiens ainsi que des universitaires notamment de Harvard, Yale et NYU en disent le contraire.
Toutefois, si Jovenel Moise devrait rester au pouvoir jusqu’en 2022, il devra se hisser à la dimension de ses responsabilités de chef de l’Etat et travailler au maintien de la paix. Il devra également faire preuve de transparence et d’honnêteté, recommande Mme White. Par-dessus tout, le locataire du palais national devrait s’atteler à amener les acteurs clés autour de la table du dialogue et de désigner un nouveau Premier Ministre qui ne soit pas issu des secteurs privé et politique. Ce dernier, une fois en fonction, devrait immédiatement dissoudre l'actuel CEP et convoquer un dialogue autour de la formation d’un autre Conseil.
L’équipe du nouveau Premier Ministre devra également élaborer un plan de sécurité afin de sévir contre les gangs, recommande Pamela Ann White.
Par Diego O. Charles
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