« 10 blessés, 26 personnes tuées, environ 445 évadés, 59 prisonniers capturés et 37 armes et matériels retrouvés », tel est le bilan provisoire de l'évasion spectaculaire survenue à la prison civile de la Croix-des-Bouquets, dressé par la Fondasyon Je Klere (FJKL). Avant l'évasion, il y avait rien que six (6) policiers à l’intérieur pour assurer la surveillance des 1535 détenus et un superviseur général. La FJKL dénonce la négligence des autorités et questionne leur responsabilité dans cet événement sanglant.
La Fondasyon Je Klere est parvenue à présenter les faits de l'évasion à la prison civile de Croix-des-Bouquets le 25 février dernier. En fonction des données recueillies, la FJKL dresse un bilan provisoire qui fait état d'un événement sanglant : 26 personnes tuées, 10 autres blessées. Sur les 1535 détenus incarcérés à cette geôle, 445 se sont évadés, 59 prisonniers capturés. La FJKL qui critique la négligence des autorités fait remarquer que seulement six policiers étaient à l’intérieur de la détention pour assurer la surveillance des 1535 détenus et un superviseur général.
Il y avait six (6) policiers absents qui n’avaient pas motivé leur absence. Il faut signaler ici que les agents de la DAP ont pris l’habitude, depuis quelque temps, de s’absenter de leur lieu de travail sans motiver leur absence. Malgré divers rapports d’absence adressés aux responsables, aucune sanction n'a été prise contre les absentéistes, note la FJKL.
Le rapport est dressé le 8 mars. Pourtant, jusqu'à cette date, aucune fouille n’a été encore effectuée à la prison ; le contrôle numérique réalisé (qui diffère de l’appel numérique) ne permet pas de dresser un bilan avec précision, regrette la FJKL, indiquant qu'il est aujourd’hui impossible d’identifier les détenus tués en fonction de leur numéro d’écrou, leur nom, leur photo, leur statut juridique et leur dossier.
Le bilan détaillé des victimes par la FJKL se présente ainsi : 4 personnes tuées à l’intérieur de la prison : 4 autres à l’entrée de la prison et 16 à l’extérieur de la prison.
Au total : 26 personnes dont le directeur de la prison, l’Inspecteur divisionnaire Paul Hector Joseph ont laissé leur vie. À cet effectif, la FJKL ajoute le détenu Arnel Joseph tué à l’Estère dans le département de l’Artibonite le lendemain, dans des échanges de tirs avec la police.
Suivant le bilan : 37 armes et matériels ont été retrouvés sur le toit de la prison dont 10 boîtes de cartouche pour fusil M-4 ; 17 boîtes de cartouches pour fusil 12 ; 149 unités de cartouches de calibre 12 ; 4 projectiles à gaz ; 2 bâtons PR- 24.
L'organisme de défense des droits humains a admis toutefois qu'il est pour l’instant difficile d’évaluer les pertes en matériels pour la prison civile de la Croix-des-Bouquets
Sur les 1535 détenus présents sous la responsabilité du chef de poste à la prison civile de la Croix-des-Bouquets, seulement 474 ont été condamnés. Pourtant, la prison a été construite pour héberger seulement les personnes condamnés à plus de 5 ans.
Avant l'évasion, seuls 4 Miradors (3,4,5 et 6) avaient des agents ; les Miradors 1 et 2 ainsi que la tour de contrôle ne disposaient pas d’agents ce jour-là.
« Dans la matinée de ce jeudi 25 février 2021, un camion de la compagnie Sanco est arrivé à la prison civile de la Croix-des-Bouquets pour des activités régulières de curage des fosses d’aisance. Les détenus étaient en récréation », rapporte la FJKL.
Selon ce qu'a révélé la FJKL, tout a commencé dans le continent "Europe" quand des détenus ont pris les clefs que détenait le chef des opérations, Saintilma Jean René et ont ouvert les cellules. Les détenus étaient en grand nombre sur la cour de la prison. Une émeute a démarré.
« Certains détenus se sont emparés du camion Sanco pour aller défoncer les barrières. Ils ont passé sans entrave deux barrières et le camion, avant d’atteindre la barrière donnant accès à la rue, a plongé dans un égout et est donc tombé en panne. Après la troisième barrière traversée sans entrave, les détenus ont trouvé une échelle qu’ils utilisent pour quitter la prison par le Mirador 2 qui n’était pas gardé étrangement par un agent armé. Le policier Honoré Frantzy qui était placé dans son véhicule avec un fusil M-4 a livré, sans aucune forme de résistance, son arme aux détenus dont le nommé Rat AC. qui remettra le fusil au détenu Arnel Joseph après avoir brisé les cadenas de sa cellule. Arnel utilisera cette arme pour se débarrasser par une cartouche de l’entrave (chaines) qui était placée à ses pieds. Les détenus ont envahi tour à tour, le greffe, le bureau du chef de poste, l’armurerie et ont tout emporté : les armes, les munitions, les uniformes et matricules de police, ainsi que le registre de main courante. Ils ont tiré dans toutes les directions et échangé des coups de feu avec le chef de poste ; ils ont fait au moins deux morts parmi les détenus. Beaucoup d’impacts de balles ont été remarqués sur les murs et les bureaux de la prison. Tous les véhicules garés à l’entrée de la prison ont reçu des projectiles », la FJKL raconte avec multiples détails le film de l'action ce jour-là.
Selon la FJKL, un très grand nombre de détenus ont pu quitter la prison par la barrière principale et le mirador 2.
Suivant l’analyse des événements survenus dans la prison civile de la Croix-des-Bouquets, la FJKL relève une négligence coupable des agents et des responsables de la DAP et des autorités de l’État dans la gestion de la prison, des complicités intérieures dans l’évasion des détenus, un usage abusif de la force dans la répression de l’émeute et de l’évasion.
« La prison civile de la Croix-des-Bouquets compte quatre-vingt (80) agents environ. De ce nombre à peine si soixante (60) sont actifs. Il y en a qui ont voyagé et d’autres qui viennent travailler quand bon leur semble. D’où un grave problème d’effectif pour gérer la prison. A titre d’exemple, analysons l’effectif de travail
mis en place le jour des évènements du 25 février 2021 », fait remarquer l'organisme de droits humains avançant la liste de policiers qui sont de garde dans la prison.
La liste comporte 16 policiers
pour la sécurité de la prison dont seulement sept (7) pour la zone détention et trois (3) pour escorte au tribunal. « Si on analyse cette liste en fonction des postes à combler, cet effectif ne représente même pas la moitié de l’effectif nécessaire pour sécuriser la prison. Les événements survenus à la prison sont le fruit de la complicité des agents et autorités pénitentiaires », tranche la FJKL.
Par Michel Césaire
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