Comme annoncé, les avocats du barreau de Port-au-Prince sont descendus dans les rues de la capitale, ce jeudi, pour protester contre l’assassinat de leur bâtonnier Me Monferrier Dorval. Ils entendaient également exiger justice en faveur des parents et proches de la victime.
Partie de la ruelle Rivière, devant le cabinet de feu Me Monferrier Dorval, cette marche pacifique se veut une signification du mécontentement des avocats suite à l’exécution de leur bâtonnier, vendredi soir, en sa résidence privée à Pèlerin 5 par des individus non identifiés. Les hommes de la basoche entendaient également exiger justice et lancer une mise en garde contre l'impunité qui caractérise le système judiciaire haïtien. Après avoir entonné un couplet de la dessalinnienne et passé les consignes concernant l’attitude à adopter pendant la marche, les protestataires ont longé l’avenue Lamartinière (Bois Verna) avant d’emprunter la rue Charles Summer où est logé le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique et se rendre au champ de mars, plus précisément en face du Palais National et de la Cour de Cassation où la marche a pris fin.
Vêtus de leurs toges, plusieurs centaines d’avocats ont pris part à cette marche pour exprimer leur indignation face à l’exécution de leur ancien collègue. Sur tout le parcours, ils n’ont pas manqué d’exprimer leur colère face à cet acte crapuleux. « Nous marchons pour demander justice et que cette disparition brutale de Me Dorval ne reste pas impunie », a déclaré l’ex-bâtonnier des avocats de Port-au-Prince, Me Carlos Hercule, présent à la marche aux cotés de ses confrères en vue de signifier sa réprobation de ce crime odieux.
« Cet assassinat est une attaque contre l’un des symboles de la République, à savoir la profession d’avocat », a déploré, pour sa part, l’ex-ministre de la justice, Bernard Gousse, remarqué sur le parcours. Il exige, lui aussi, que cet acte ne reste pas impuni tout en saluant la mobilisation des barreaux du pays.
Présent à la marche, Me Accène Joseph, a, lui aussi, dénoncé cet assassinat. Il se dit indigné par cet acte malheureux qui, estime-t-il, ne doit pas rester impuni.
Sur tout le parcours, plusieurs des avocats ont lancé des propos hostiles au pouvoir en place alors que d’autres ont clairement identifié le président Jovenel Moise comme étant le commanditaire de l’assassinat de leur confrère. « Jovenel bannou kou a, kou a fè nou mal o, Jovenel bannou kou a kou a fè nou mal o[…] lè gen jistis papa n ap pare tann yo… », ont scandé les protestataires clairement motivés à ce que justice soit faite. Certains se sont même dirigés vers le palais national et ont saccagé la barrière principale et exiger des poursuites judiciaires conte le chef de l’Etat.
Devant la Cour de Cassation où la marche a pris fin, les avocats, à travers, le président de la fédération des barreaux d’Haiti, FBH, Me Jacques Letang et la bâtonnière a.i de Port-au-Prince, Marie Suzie Legros, ont lancé un message fort, car ils savaient qu’ils se trouvaient juste à quelques mètres du bureau du président de la République. « Assez, le système d’injustice ne peut pas continuer… Trop de sang a déjà coulé sans que la trompète de la justice n’a sonné », a lâché Me Letang en larmes et inconsolable. La bâtonnière Legros a, pour sa part, exigé que toute la lumière soit faite dans ce dossier. Elle a fait remarquer que très souvent les enquêtes n’aboutissent pas ou se limitent à la condamnation des exécutants sans prendre la peine d’identifier les auteurs intellectuels des crimes.
Il faut dire que cette marche a eu le soutien de plusieurs dizaines d’étudiants de différentes entités de l’Université d’Etat d’Haiti et des militants politiques. Alors que la marche des avocats avait déjà pris fin, les étudiants protestataires ont tenté à deux reprises d’ériger des barricades de pneus enflammés en face du palais présidentiel. Ce qui a provoqué des heurts entre les protestataires et les agents du CIMO qui sécurisaient la manifestation. Les policiers ont du faire usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants qui, à leur tour, ont lancé des pierres et une bonbonne de gaz en direction des policiers. Ce qui avait provoqué une situation de panique dans l’air du champ-de-mars.
Des manifestations ont également été organisées dans les 17 autres juridictions du pays à l’initiative de la fédération des barreaux d’Haiti en signe de protestation à l’assassinat de Me Dorval.
Par Diego O. Charles
lezec15@gmail.com
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