Après Dread Wilmé et Amiot Météyer sous Jean Bertrand Aristide, Grenn Sonnen sous la transition Bonniface/Latortue, l'ancien policier Jimmy Chérisier AKA Barbecue est aujourd' hui le chef de bande le plus important en terme d'organisation. Si ses prédécésseurs contrôlaient leurs propres quartiers, lui il a réussi à fédérer les gangs les plus importants du pays en créant une organisation le G9 regrouppant les principaux gangs de la zone métropolitaine. Ancien étudiant à INFOTRONIC, il est aussi le mieux articulé depuis des décennies et très médiatisé, utilisant son compte Youtube pour faire passer ses messages. Accusé dans pas moins 5 massacres par des organisations de défense des droits de l'homme et par le BINUH qui a même réclamé sa tête, Barbecue fait désormais la UNE des plus grands journaux du monde.
Après avoir été décrié par la chaine française Euronews comme l'un des plus sanguinaires des chefs de gang du pays au cours de la semaine, ce week end, c'est l'emblématique Journal The Washington Post qui a consacré tout un papier aux actions menées par Barbecue. Pour le journal américain, Jimmy Chérisier est le symbole accéléré de l'érosion de l'état de droit en Haïti. Accusé d'avoir orchestré des massacres qui ont fait des dizaines de morts d'hommes, de femmes, et d'enfants, il a réussi à accomplir l'impenssable autrefois: unir les gangs de guerre de Port-au-Prince, en une nouvelle confédération puissante visant ce qu'il appelle « la révolution », écrit le Washington Post dans un article titré :en Haïti, le coronavirus et un homme nommé Barbécue testent l'état de droit.
Sa nouvelle « famille et alliés du G9 » a défilé triomphalement dans les rues de la capitale le mois dernier, dirigée par des chefs de gangs et des dizaines d'hommes armés - à la fois une violation flagrante des règles sur le coronavirus et un avertissement à tous, analyse plus loin le journal.
Jimmy Chérisier alias Barbecue qui a toujours refusé l'étiquette de chef de gang et rejeté les accusations d'opérer des massacres dans les bidonvilles s'est au contraire posé en robin des bois. Le protecteur des guéthos. Le Washington Post rapporte qu'un de ses journalistes a été même conduit à La Saline par Barbecue pour lui montrer les conditions de vie des gens du quartier. « Vous voyez les conditions dans lesquelles ils vivent ? », s'adressant au journaliste avant de déclarer... Il a même déclaré au journal qu'il veut une révolution armée. « C'est une révolution armée », a déclaré Chérisier au Washington Post à son siège à Delmas 6, une zone interdite où il est salué comme un protecteur, a constaté le journal américain. Selon l'article, Barbecue menace d’armer même les enfants s'il le faut. « Nous mettrons des armes entre les mains de chaque enfant si nous le devons », dit-il.
Dans le but apparent de devenir l’homme fort de la rue, Chérisier et les membres de son gang consolidé extorquent des entreprises, détournent des camions de carburant et kidnappent des professionnels et des propriétaires des entreprises pour des rançons exhorbitants pouvant atteindre 1 million de dollars, écrit le Washinton Post.
Toujours selon le Washinton Post, la démarche de Barbecue aurait une couleur politique : Alors qu'il met Port-au-Prince à genoux, Chérisier terrorise également les quartiers pauvres où l'opposition à Moise est profonde - neutralisant potentiellement toute contestation du maintien du pouvoir de son parti, critique le journal qui dénonce une règne de terreur alimentée par les gangs à Cité Soleil. Des victimes et des groupes de droits humains affirment que des membres de gangs du groupe G9 ont pillé et incendié des cabanes et des étals, tué au hazard et démembré ou incendié des corps. Des témoins ont même affirmé au journal américain les avoir vu rouler au mois de juin dernier dans les mêmes véhicules blindés utilisés par la police nationale et les forces spéciales de sécurité
Cependant, l'ancien policier a nié toute alliance avec le pouvoir en place, rapporte le Washington Post rappelant que l'ex ministre de la justice Lucmane Délile qui a dénoncé les gangs avait été révoqué après seulement quelques heures par le président Jovenel Moise.
Selon le Washington Post rapportant les propos du défenseur des droits de l'homme Pierre Espérance : « Le gouvernement n'a rien dit sur la montée de Chérisier et la communauté internationale a fermé les yeux. Il n'y a plus d'état de droit. Les gangs sont les nouveaux macoutes. On a l'impression qu'il existe une volonté manifeste d'installer une dictature », a déclaré le directeur exécutif du RNDDH au journal.
Le journal rappelle aussi que le président Jovenel Moise n'a jamais organisé les élections en Haïti, les élections legislatives ayant été indéfiniment reportées. Selon l'opposition, le mandat de Jovenel Moise se termine en février 2021, mais il dit vouloir rester en fonction un an au-delà, a par ailleurs signalé le journal.
« Il n'y a aucune possibilité de tenir des élections tant qu'il est au pouvoir », déclare André Michel, porte-parole d'une alliance d'opposition. L'opposition demande la démission de Moise et la mise en place d'un gouvernement de transition. Les responsables américains ont exhorté Moise à convoquer de nouvelles élections . Mais les critiquent disent qu'ils ont largement fermé les yeux sur les liens présumés de son gouvernement avec les gangs, car ils apprécient la politique dure de l'administration Trump contre Maduro du Vénézuela, écrit le Washington Post.
Le journal rappelle que la représentante Maxime Waters( D- Californie) a envoyé une lettre à l'ambassadrice américaine en Haiti, Michele Sison en mai dernier pour dénoncer ce qu'elle a appelé l'escadron de la mort « à motivation politique » de Chérisier. « Il n'y a pas vraiment de souci pour le sort des haitiens, s'ils sont battus et tués par le président d'Haiti », a déclaré Waters au Post. « Tant que le président est dans nos poches, tout va bien ».
La crise du coronavirus a ouvert une fenêtre d'opportunité pour Barbecue. En tant que policier, Chérisier, dont le surnom vient du célèbre poulet grillé localement de sa mère, aurait dirigé un gang redouté qui a été impliqué pendant des années dans des meurtres, des viols, des extorsions et des enlèvements. Haiti, Jusqu'à présent épargnée d’une épidémie majeure de coronavirus, maintenant une "" une poudrière"" prête à exploser "" .
Pendant que les Haïtiens étaient enfermés, il a aidé à unifier les gangs de rue sous l'égide de la famille et des alliés du G9. Le Réseau National de Défense des Droits de l'Homme et des témoins affirment que des maisons ont été incendiées, des armes ont été tirées et au moins 111 personnes ont été tuées. La police dit qu'elle est incapable d'expliquer pourquoi leurs véhicules semblent avoir été utilisés dans l'opération. Ils disent qu'ils enquêtent.
Il ( Chérisier) a insisté sur le fait qu'il ne travaille pour le gouvernement mais pour libérer le peuple haitien. « La bourgeoisie, l'opposition, le gouvernement, ce sont eux, le problème », a-t-il dit. « Ils nous appellent les gangs, ce sont eux les gangs! Nous défendons le ghétto. C'est vivre ou mourir ».
Par Gazette Haiti avec Washington Post
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