PubGazetteHaiti202005

34 milliards de gourdes de financement monétaire au 30 Juin 2020 dépassant le plafond de 30 milliards fixé dans le budget 19-20

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La Banque de la République d’Haiti a publié lundi sa note sur la Politique Monétaire pour le troisième trimestre de l’exercice fiscal en cours. Les perspectives économiques au 30 juin 2020 n’augurent rien de bon pour le pays, selon ce que dit la note, car elles dépendent en grande partie du climat sociopolitique avec comme corollaire la situation sécuritaire et la sévérité de la saison cyclonique.

Cette note de la BRH sur la Politique Monétaire présente une situation très accablante en ce qui concerne particulièrement les finances publiques. En effet, seulement 19.3 milliards de gourdes ont été collectées au cours de cette période soit une diminution de 12,4% par rapport au précédent trimestre. Les dépenses de l’Etat ont, quant à elles, connue une hausse de 10,4%, pour se chiffrer à 46.2 milliards de gourdes toujours pour le troisième trimestre de l’exercice fiscal en cours.

Au total, le gouvernement a perçu 61 milliards de gourdes sur les trois premiers trimestres de l’année fiscale contre 106.8 milliards financés à hauteur de 34 milliards de gourdes par la BRH, soit 4 milliards de plus par rapport l’objectif du gouvernement sur l’ensemble de l’exercice. « Sur le trimestre, la baisse des recettes, combinée à la progression des dépenses, a entraîné une augmentation des besoins de financement de l’Etat auprès de la Banque Centrale caractérisée. En effet, le financement monétaire s’élève à 34 037,02 MG au 30 juin 2020 contre 28 759,00 MG au 31 mars 2020. Quant aux billets de trésorerie, leur encours a atteint 17 337 MG au 30 juin 2020, contre 12 961 MG au 30 mars 2020 », se plaint la BRH dans la note.

A noter que le budget pour l’exercice fiscal a été adopté le 5 juin dernier. Un plafond de 30 milliards de gourdes de financement monétaire a été fixé dans le document par les autorités fiscales et budgétaires. Coup de théâtre, le niveau de financement du budget par la Banque de la République a atteint les 34 milliards de gourdes moins d’un mois après l’entrée en vigueur du budget.

Le troisième trimestre de l’exercice fiscal en cours a également été marqué par une rareté de numéraire en dollars américains qui a accéléré la détérioration du taux de change de manière considérable. Cette rareté a été provoquée par le tarissement du nombre de visiteurs venant de l’étranger depuis au moins deux ans qui s’est aggravé par la situation liée au COVID-19. « Pour ce qui est de la rareté de numéraire dollar, elle est le fruit d’un choc simultané d’offre et de demande de billets dollars. Du côté de l’offre, le flux entrant de billets dollars a été négativement affecté par le tarissement du nombre de visiteurs venant de l’étranger depuis au moins deux ans, suivi de l’arrêt officiel du transit international de passagers dans le cadre des réponses à la pandémie de Covid-19 », explique la note. 

À cela s’ajoute l’incapacité des banques commerciales locales à accéder au service de transport international de numéraire en dollars, suite aux mesures de « De-Risking » touchant leurs banques correspondantes à l’étranger. Le De-Risking est un ensemble de normes internationales imposées aux banques commerciales pour diminuer les risques de blanchiment des avoirs et financement du terrorisme.

Concernant le secteur externe, les données disponibles pour le troisième trimestre de l’exercice 2020 indiquent un recul du déficit commercial, une hausse des transferts privés officiels reçus de l’étranger, ainsi qu’une accélération de la dépréciation de la gourde par rapport au dollar américain. Durant la période considérée par la note, les importations ont reculé de 24,81 % à 1,93 milliards de dollars américains à la faveur d’une combinaison de la baisse combinée de l’activité et de la facture pétrolière. Quant aux exportations, elles ont baissé de 17,55 % à 555,79 millions de dollars, en raison d’une demande externe en berne durant la pandémie et des fermetures d’usines par les autorités mentionnées plus haut.

Les perspectives de l’économie haïtienne au cours du prochain trimestre n’augurent rien de bon pour le pays car elles dépendent en grande partie du climat sociopolitique avec comme corollaire la situation sécuritaire et la sévérité de la saison cyclonique. En effet le climat sociopolitique et la situation sécuritaire seront particulièrement déterminants pour le niveau d’activité du secteur tertiaire, l’évolution des recettes publiques et son effet ultime sur le recours par l’État au financement de la Banque Centrale. Toutefois, la BRH se dit déterminée à poursuivre les négociations avec le Fonds Monétaire International pour la signature prochaine d’un programme de référence en vue de permettre un support des partenaires financiers internationaux.

 


Par Diego O. Charles
Lezec15@gmail.co
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