PubGazetteHaiti202005

Smith Augustin contre une destitution de Laurent Saint-Cyr pour parvenir à la révocation de Alix Didier Fils-Aimé

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À quelques jours de l’échéance fatidique du 7 février 2026, le Conseil présidentiel de transition (CPT) se retrouve de nouveau au cœur d’une crise interne. Dans une correspondance officielle datée du 29 janvier 2026, le Conseiller-président Smith Augustin prend ses distances avec une démarche qu’il juge périlleuse : la destitution du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, en vue de faciliter la révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. 

S’adressant directement à ses collègues Fritz Alphonse Jean, Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles, Smith Augustin affirme vouloir clarifier « de manière formelle et sans équivoque » sa position face à une initiative qu’il estime à la fois juridiquement fragile et politiquement dangereuse. S’il reconnaît avoir initialement adhéré au principe du renvoi du chef du gouvernement, il précise avoir agi de bonne foi, convaincu que les prérogatives du CPT le permettaient et qu’une telle décision pouvait, à terme, faciliter la transition après le 7 février.

Toutefois, il dresse le bilan des conséquences immédiates de cette démarche. Selon lui, loin d’apaiser la situation, l’initiative a profondément divisé le Conseil et ravivé la crise politique, tout en provoquant des frictions avec des partenaires internationaux de premier plan, notamment les États-Unis, dont le soutien explicite au Premier ministre est qualifié de « clair et inhabituel ». Face à cette escalade, Smith Augustin, faisant partie , selon les infos, des trois personnalités haïtiennes fraichement sanctionnées par le département d’Etat, dit avoir privilégié la voie du dialogue, en adressant une correspondance au coordonnateur du CPT, démarche qu’il affirme ne pas avoir été prise en considération. 

C’est dans ce contexte qu’il s’oppose frontalement à la stratégie désormais envisagée par certains conseillers : écarter Laurent Saint-Cyr de la coordination afin de désigner un nouveau coordonnateur chargé de transmettre au journal officiel la résolution portant révocation du Premier ministre. Pour Smith Augustin, une telle manœuvre pose un sérieux problème de légalité. Il souligne qu’il est « difficilement soutenable », sur le plan juridique, qu’une résolution non publiée puisse produire des effets susceptibles d’abroger une résolution antérieure dûment publiée, notamment celle fixant l’ordre et la durée de la présidence tournante du CPT.

Au-delà de la question juridique, le Conseiller-président alerte sur les risques institutionnels d’un tel précédent. Il s’interroge ouvertement sur les conséquences concrètes d’une procédure engagée sans l’adhésion du coordonnateur concerné : faudrait-il, en cas de refus persistant, procéder à des révocations en cascade, touchant la Secrétaire générale puis le Directeur général des Presses nationales ? Une telle logique, prévient-il, pourrait ouvrir une « spirale institutionnelle incontrôlable », à un moment où la mission du CPT touche à sa fin et où l’État demeure extrêmement fragile. 

Smith Augustin affirme être convaincu que cette voie n’est ni la plus responsable ni la plus appropriée pour conclure le mandat du Conseil. Il en appelle à davantage de retenue, de rigueur et de sens de l’État, estimant que le peuple haïtien attend de ses dirigeants un dépassement des logiques de confrontation à l’approche de la fin de la transition.

Actant son désaccord, le Conseiller-président annonce qu’il s’abstiendra, jusqu’au 7 février 2026, de prendre part à tout processus décisionnel qu’il percevrait comme une escalade institutionnelle plutôt qu’une recherche consensuelle de sortie de crise. Une position qu’il dit assumer pleinement, « dans la sérénité », conscient qu’elle pourra susciter des appréciations divergentes.

À quelques jours de la date butoir, l’initiative dénoncée par Smith Augustin apparaît ainsi comme un nouveau facteur d’incertitude dans un paysage politique déjà sous haute tension, où chaque décision semble désormais lourde de conséquences pour l’après-7 février.


Par: Daniel Jean

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