PubGazetteHaiti202005

Pour leur rôle présumé dans la violence en Haïti, l’Union européenne sanctionne Michel Martelly, Youri Latortue, Rony Célestin et le gang 5 Segond

UNKNOWN

L’Union européenne a annoncé, ce lundi 15 décembre 2025, l’adoption de sanctions ciblées contre trois figures politiques haïtiennes Michel Martelly, Youri Latortue et Rony Célestin ainsi que contre le gang « 5 Segond », dirigé par Johnson André, alias Izo, les accusant d’être impliqués, directement ou indirectement, dans l’escalade de la violence des gangs et de graves violations des droits humains qui fragilisent la stabilité d’Haïti.

Dans son communiqué, le Conseil de l’Union européenne affirme que Michel Martelly et Youri Latortue  ont armé et financé plusieurs groupes armés afin de servir leurs intérêts politiques, personnels et économiques, tout en cherchant à asseoir un contrôle territorial sur certaines zones stratégiques du pays. Selon UE, ces pratiques illustrent des liens préoccupants entre des acteurs politiques et des gangs, contribuant directement à l’aggravation de la violence et à l’affaiblissement des institutions étatiques en Haïti. L’ancien sénateur Rony Célestin figure également parmi les personnes visées par les sanctions. L’Union européenne l’accuse d’être impliqué dans des violences associées aux groupes armés et dans des réseaux de contrebande, allant jusqu’à le tenir pour responsable de l’orchestration de l’assassinat du journaliste Néhémie Joseph, connu pour avoir dénoncé ses activités illégales et des faits de corruption.

Avant sa mort, le journaliste avait publiquement dénoncé des activités illégales et des faits de corruption qu’il attribuait à l’ancien parlementaire. Pour l’Union européenne, cet assassinat illustre de manière tragique l’extrême vulnérabilité des journalistes haïtiens et l’impunité persistante qui entoure les crimes commis contre la presse. Au-delà des figures politiques, Bruxelles a également décidé d’inscrire le gang « 5 Segond » sur sa liste de sanctions. Implanté dans le quartier de Village-de-Dieu, à Port-au-Prince, ce groupe armé est présenté comme l’un des plus violents du pays. 


Selon les autorités européennes, il serait responsable de nombreux crimes, dont des vols, viols, enlèvements, meurtres, actes de piraterie, extorsions, entraves à l’aide humanitaire, ainsi que de trafic d’armes et de drogue. Son chef, Johnson André, alias Izo, est régulièrement cité dans des rapports internationaux comme une figure centrale du banditisme armé dans la capitale haïtienne.


Concrètement, les sanctions adoptées par l’Union européenne prévoient un gel total des avoirs des personnes et entités désignées. Il est également interdit à toute personne ou organisation basée dans l’Union européenne de mettre à leur disposition des fonds, des ressources économiques ou des actifs financiers, que ce soit directement ou indirectement.

En outre, les individus concernés sont désormais frappés d’une interdiction de voyager dans l’espace européen. Les actes juridiques liés à ces sanctions ont été publiés dans le Journal officiel de l’Union européenne, leur conférant un caractère immédiatement exécutoire.


Michel Martelly, Youri Latortue, Rony Célestin et le gang 5 Segond rejoignent une liste déjà fournie de personnalités et de groupes armés haïtiens sanctionnés par l’UE. Parmi eux figurent notamment Micanor Altès, chef du gang de Wharf Jérémie, Christ-Roi Chéry, leader du gang de Tibwa, et Jeff Larose, à la tête du gang de Canaan, tous sanctionnés le 15 juillet 2025.

D’autres figures du banditisme armé, comme Jonel Catel du gang de Terre Noire, Gabriel Jean Pierre, chef de la coalition G-Pèp, et Ferdens Tilus, leader du gang Kokorat San Ras, avaient déjà été sanctionnées en décembre 2024.

Depuis juillet 2023, l’Union européenne s’est dotée d’un cadre juridique lui permettant d’imposer de manière autonome des sanctions ciblées contre les individus et entités menaçant la paix, la sécurité et la stabilité d’Haïti. Ce mécanisme complète les sanctions adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies en octobre 2022.

En octobre 2024, le Conseil européen avait d’ailleurs réaffirmé sa profonde préoccupation face à la situation haïtienne, appelant à des sanctions supplémentaires pour contribuer au rétablissement de la paix, de la démocratie et de l’État de droit.

Pour l’Union européenne, ces sanctions s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à soutenir Haïti, tout en exerçant une pression accrue sur ceux qu’elle considère comme responsables du chaos actuel. L’UE affirme continuer à appuyer le pays à travers une assistance macroéconomique, des programmes en faveur de l’éducation, de la sécurité alimentaire, de la protection civile et du renforcement de la Police nationale d’Haïti.

A signaler qu’en dépit de ces sanctions, les gangs armés continuent de gagner du terrain en Haiti. Aucun territoire occupé par les bandits n’a jusqu’ici a été récupéré par les forces de l’ordre.  

Arnold Junior Pierre

Politique

Culture

Economie

Sport