PubGazetteHaiti202005

Delmas 33 : le marché Dumornay réduit en cendres, l’origine de l’incendie toujours inconnue

@Patrice Noel

Dans la soirée du mercredi 10 décembre 2025, un incendie d’une rare violence a réduit en cendres le marché Dumornay, à Delmas 33, non loin de Gérald Bataille. En quelques minutes, les flammes ont balayé étals, marchandises et années de labeur, laissant commerçantes et riverains démunis face au sinistre. Malgré les efforts désespérés du voisinage, l’arrivée tardive des pompiers n’a pu empêcher la destruction quasi totale du marché.

Ce jeudi 11 décembre au matin, lors d’une visite réalisée par notre équipe du journal Gazette Haïti News, nous avons constaté que les marchandes, encore sous le choc, peinent à imaginer comment se relever après la catastrophe. Selon des riverains, le feu s’est propagé avec une rapidité fulgurante, surprenant même les vendeuses les plus aguerries aux situations difficiles. Ils affirment que « tout est allé trop vite », au point qu’il a été impossible de sauver quoi que ce soit.

Dans une interview accordée à notre équipe, une marchande habitant la zone a expliqué que les riverains ont rapidement compris qu’ils ne pourraient pas maîtriser l’incendie. Malgré leur mobilisation immédiate, les moyens disponibles étaient dérisoires. « Nous avons tout essayé mais le feu s’est propagé trop vite. Il nous a laissé aucune chance », témoigne un jeune homme vivant à proximité du marché. Faute d’équipements adaptés, leurs efforts n’ont fait que ralentir légèrement l’inévitable, tandis que les flammes gagnaient rapidement du terrain.


Toujours selon cette marchande, les sapeurs-pompiers ne sont arrivés qu’après de longues minutes d’attente, alors qu’une grande partie du marché était déjà réduite en cendres. Leur intervention a certes permis d’éviter que les flammes ne se propagent à d’autres zones de Delmas 33, mais pour les vendeuses, il était déjà trop tard. La frustration est immense, et nombreuses sont celles qui dénoncent une nouvelle preuve de la fragilité des services d’urgence dans la capitale, incapables d’intervenir avec la rapidité et les moyens nécessaires.


Pour certaines machandres, ces pertes représentent plusieurs années d’économies patiemment constituées, dans un pays où chaque jour apporte son lot de défis, entre insécurité et menace des gangs qui prennent le contrôle des territoires. Pour une autre, parvenir à tenir un étal est déjà un immense effort. « Tout ce que je possédais est parti en fumée. Je ne sais pas comment je vais pouvoir recommencer », confie une vendeuse de produits alimentaires, la voix tremblante. Le choc émotionnel est immense : beaucoup de marchandes restent muettes, submergées par le choc. Celles qui parviennent à parler témoignent d’un désespoir profond, révélant l’ampleur de la tragédie qui les frappe.

Parmi les victimes indirectes de ce drame figurent également les clientes habituelles du marché. Nombre d’entre elles y faisaient leurs achats de produits rares ou introuvables ailleurs.

Ce qui s’est passé à Dumornay dépasse largement la simple notion de “dégâts matériels”. Pour ces femmes, souvent cheffes de famille, ce commerce représentait leur unique source de revenus. Perdre leur marchandise, c’est perdre la capacité de nourrir leurs enfants, de payer l’école, ou même de survivre aux prochaines semaines. Cette réalité rend l'événement encore plus cruel. Il révèle, une fois de plus, la fragilité extrême du quotidien de milliers de familles haïtiennes.

Arnold Junior Pierre

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