Un rapport explosif de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) met le 8 décembre 2025 au jour de graves dysfonctionnements dans la gestion du Fonds National de l’Éducation (FNE) entre octobre 2024 et février 2025. Plus de 162 millions de gourdes auraient été octroyés à des associations sans contrôles adéquats. L’ancien directeur général, Jean Ronald Joseph, est accusé d’abus de fonction, de détournement de fonds publics et d’entrave à la justice.
L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) a rendu public un rapport d’enquête accablant sur la gestion du Fonds National de l’Éducation (FNE), impliquant directement l’ancien directeur général, Jean Ronald Joseph. Les investigations, portant sur la période d’octobre 2024 à février 2025, mettent en lumière un système de décaissements marqué par l’opacité, l’absence de procédures internes et un grave déficit de contrôle.
Selon les conclusions de la Commission, un total de 162,8 millions de gourdes a été accordé à 30 associations sans vérification préalable de leur existence légale, ni évaluation rigoureuse de la conformité des projets avec la mission éducative du FNE. Parmi ces structures, 13 associations ont reçu environ 68 millions de gourdes pour des projets jugés sans lien avec les objectifs du Fonds, constituant un avantage indu au détriment de l’État haïtien.
L’enquête révèle que le FNE ne disposait d’aucun manuel de procédures administratives et financières, ni d’un véritable dispositif de contrôle interne, ouvrant la voie à une gestion improvisée des demandes de subventions. Des auditions menées par la Commission ont montré que plusieurs cadres de l’institution ignoraient les mécanismes d’octroi des subventions, ces décisions étant centralisées au niveau de la Direction générale.
Parmi les cas emblématiques figurent des subventions accordées à des entités sans statut juridique clair, l’usage de fausses factures, ainsi que des projets exécutés en dehors de tout cadre éducatif. La Commission établit que plus de 22,6 millions de gourdes ont été utilisées à des fins étrangères aux objectifs initialement déclarés.
L’ex-directeur général, Jean Ronald Joseph, est accusé d’avoir systématiquement contourné les règles de bonne gouvernance, en violant ses obligations d’ordonnateur public. Malgré plusieurs convocations, sommations et avis de recherche, il ne s’est jamais présenté devant les enquêteurs, ce qui est qualifié d’entrave à la justice par l’ULCC.
Au terme de son rapport, la Commission d’enquête recommande un audit de gestion du FNE par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, l’élaboration urgente d’un manuel de procédures, la création d’un service d’audit interne, ainsi que la restitution des sommes indûment perçues par les associations concernées.
Sur le plan pénal, l’ULCC demande la mise en mouvement de l’action publique contre Jean Ronald Joseph pour abus de fonction, détournement de biens publics et entrave à la justice, ainsi que contre Priscille Mazile Milord (BAK LAKAY), Ashley Jean Joseph (CROWD), Distey-Phanord Joseph et Recilor Fédé (GRAJUDH), Taisha Anna Melissandre St Remy (CAJUS) pour détournement de biens publics, et contre Marie Taissa Mazile (TASTY BITES) pour faux et usage de faux.
La Commission recommande également la restitution de 68 019 311 gourdes par les treize (13) associations bénéficiaires de subventions non conformes, correspondant aux fonds jugés indûment octroyés.
Wideberlin Sénexant
- Log in to post comments


