PubGazetteHaiti202005

République Dominicaine: Stéphora Anne-Mircie Joseph décédée par asphyxie mécanique, selon l'autopsie

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La cause du décès de la jeune haïtienne Stéphora Anne-Mircie Joseph survenu le 14 novembre 2025 en République Dominicaine a été enfin révélée. Selon le rapport 552-2025 de l'Institut national des sciences médico-légales, daté du 19 novembre,  Stéphora  est décédée par « asphyxie mécanique par noyade ; une mort violente ».

L’affaire entourant la mort de Stéphora Anne-Mircie Joseph connaît une avancée majeure en République Dominicaine. Selon un article publié par le journal Listín Diario, le rapport d’autopsie a été rendu public. La fille âgée de 11 ans a dû confronter la mort au mépris d’un groupe de ses camarades et la négligence des responsables. 

D’après ce document référencé sous le numéro 552-2025 publié par  l'Institut national des sciences médico-légales, daté du 19 novembre, la jeune fille est décédée par « asphyxie mécanique par noyade ; il s'agit d'une mort violente ».


L'étiologie médico-légale est restée indéterminée et le mécanisme du décès a été établi comme étant « une insuffisance respiratoire ; le décès a été rapide ».

Ne précisant pas l’heure  du décès, le récit des faits du parquet indique que les événements ont débuté à 9 h 45, le corps n'a été retrouvé qu'à 14 h 05.

La déclaration de l'accusation poursuit en expliquant qu'« à 9 h 45, Stéphora  a agi ainsi par désespoir, luttant pour respirer, pour rester à flot, pour survivre ». Malgré sa tentative de se défendre, les membres de l’école, inculpés pour « homicide involontaire » sont accusés d’avoir fait preuve de négligence et d’irresponsabilité.
 

Récit des faits clés

Selon le parquet, « à 9 h 44, la victime est entrée dans la piscine d'un pas assuré ». La piscine n'était pas balisée et, arrivée au milieu, la mineure « a remarqué que le niveau de l'eau était différent et a immédiatement commencé à couler, faisant des signes de détresse avec les bras, indiquant qu'elle se noyait ».

Le rapport du parquet poursuit en expliquant qu'« à 9 h 45, la mineure a agi ainsi par désespoir, luttant pour respirer, pour rester à flot, pour survivre ».

La demande de détention provisoire indique que « pendant que la fillette se noyait, l'accusée, Francisca Josefina Tavárez Vélez, membre de l’école, marchait au bord de la piscine, juste à côté de la victime, sans même se retourner. Elle s'est ensuite dirigée vers le jacuzzi et a discuté avec des enfants, avant de retourner vers le kiosque et de repasser devant la victime, apparemment indifférente. Il s'agit d'un exemple flagrant de négligence et d'irresponsabilité de la part de l'accusée dans la surveillance de la piscine. »

Selon l'expertise du Département des crimes et délits de haute technologie (DICAT), le corps de la fillette est resté au fond de la piscine pendant 30 minutes, jusqu'à ce qu'un autre enfant aperçoive le corps de Stephora, qui avait refait surface, et l'aide à le sortir de l'eau.

« Elle s'est noyée ! Elle s'est noyée ! » criait l'enfant, appelant l'accusée, Vilma Altagracia Vargas Morel, coordinatrice du lycée.


Une négligence aggravée par l’usage du téléphone

Chargées de surveiller les enfants, les accompagnatrices ont failli à leur mission. L’une d’entre elle, à savoir l'accusée Vilma Altagracia Vargas Morel est restée focalisée sur son téléphone pendant 31 minutes,  inconsciente de ce qui se passait. Ces faits ont été filmés par les caméras de sécurité, indique ce rapport.

Plus tard, elle a continué à parler avec l'accusée Francisca Josefina Tavárez Vélez, « sans vérifier si les mineurs qui se trouvaient dans la piscine allaient bien ».

Aucun appel de secours

Malgré l’aggravation de la situation, les responsables ont refusé d’appeler le 911. Cependant, un employé de l’espace ainsi que plusieurs élèves ont fortement insisté à 10h 20 du matin. L’'accusée Francisca Tavárez a répondu : « Non. Ils appellent le directeur. »

L'école a été appelée en premier, et non les services d'urgence. La mère n'a pas été informée immédiatement non plus ; elle a été appelée 1 heure et 25 minutes après le décès de l'enfant, pour apprendre qu'elle vomissait.

Lorsque les secours ont finalement été appelés, Stephora était déjà morte.

La mère a appelé plus d'une heure plus tard.

Arrivée peu après midi, la mère a appris que sa fille était vivante et prise en charge médicalement. Elle a été informée du décès de sa fille quatre heures plus tard, à son arrivée devant la propriété.

Pendant ce temps, des unités du DICRIM (Département des enquêtes criminelles), du SWAT et une ambulance sont entrées sur les lieux, mais personne n'est venu parler à la mère.

Dans son rapport, le parquet ne précise pas non plus ce qui est arrivé à la fillette entre 10 h 20 et 14 h 05, heure à laquelle le corps a été retrouvé.

Violation des protocoles

Le document détaille que l'établissement scolaire a organisé une activité intitulée « Célébration de la Garde d'Honneur » en violation de l'arrêté ministériel 09-2009, qui interdit formellement les excursions et activités récréatives dans les rivières, sur les plages, dans les lacs et les piscines.

Malgré cette interdiction, l'établissement a autorisé cette activité, coordonnée par les accusés, pour 87 élèves âgés de 10 à 18 ans, dont Stephora.

Le lieu choisi était l'Hacienda Los Caballos, un espace qui, selon le rapport de la Protection civile, était dépourvu de maîtres-nageurs, de signalisation, d'issues de secours et de protocoles d'urgence.

Bien que les parents aient été tenus de signer une autorisation pour l'utilisation de la piscine, l'établissement scolaire n'a jamais demandé aux enfants s'ils savaient nager.

La mère de la jeune fille a déclaré au procureur :

« Ma fille ne savait pas nager. Je pensais que c'était une pataugeoire. On ne m'a donné aucune information. »

Stéphora confrontée  à la mort et à l’indifférence  de ses camarades


La vidéo montre un groupe d'au moins cinq enfants qui la regardent se noyer, les mains levées, implorant de l'aide. Ils la montrent du doigt, mais personne n'appelle les secours. Pire encore, ils se déplacent dans la piscine sans avertir les enseignants ni aucun autre membre du personnel présent.

Responsabilité Pénale

Le parquet soutient que les quatre accusés ont agi avec maladresse, négligence et imprudence extrême, manquant à leur devoir de vigilance et violant la réglementation nationale.

Les faits retenus par le parquet sont l'homicide involontaire (art. 319 du Code pénal), l'abandon et la maltraitance de mineurs (art. 351-2 du Code pénal) et la violation du Code de la protection de l'enfance et de la jeunesse (loi 136-03).

Selon le parquet, le décès de Stephora est la conséquence directe d'une excursion illégale dans un lieu dangereux, sans aucune surveillance, sans assistance et sans respect des consignes de sécurité.

Il a déjà exigé à chaque accusées une caution de 50 millions de pesos par l'intermédiaire d'une compagnie d'assurance spécialisée et leur détention provisoire. Elles sont interdites de quitter le territoire sans autorisation judiciaire préalable, l'obligation de se présenter régulièrement devant le parquet et la pose d'un bracelet électronique .


Le parquet de Saint-Domingue a annoncé l’arrestation de Yris del Carmen Reyes Adames, directrice administrative de l'Institut Léonard de Vinci ; Gisela González, coordinatrice générale et conseillère auprès de la direction ; Francisca Josefina Tavarez Vélez, conseillère ; et Vilma Altagracia Vargas Morel, coordinatrice du lycée, dans un communiqué le samedi 6 décembre dernier. 

La mort tragique de Stéphora  en République Dominicaine a suscité  l’indignation chez plus d’un et soulève de nombreuses interrogations dans un contexte où les Haïtiens subissent fréquemment des violations en terre voisine, selon les rapports du Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés ainsi que les témoignages de victimes.

Daniella Saint-Louis avec Listín Diario

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