PubGazetteHaiti202005

Oraison funèbre/Adieu ma très chère Marie-France !     

Marie France Claude

Je pleure la disparition de mon amie d’enfance et condisciple Marie France Claude !

 

La mort a encore frappé à nos portes. On n’a même pas fini de pleurer une voix d’Haiti, Mikaben, artiste de renommée internationale, qu'une autre grande personnalité, cette fois-ci politique, militante convaincue de la démocratie et martyre de la liberté, vient de partir vers des rives infinies. Il s’agit de Marie France Claude, la fille aînée de feu le Pasteur et homme politique Sylvio Claude.

 

Je regrette infiniment que ma condisciple et amie d’enfance soit plongée dans ce sommeil de Morphée, un sommeil sans réveil et sans retour. Mais moi personnellement, je ne l’oublierai jamais. Et c’est l’occasion pour moi de me souvenir de mes premiers contacts avec elle à l’école primaire où nous nous discutions la première place en classe avec ce talent et cette élégance d’antan, choses presque rares dans notre Haiti d’aujourd’hui.

 

Timide, avec un regard qui ne trompe pas, un regard pensif, elle ne se laissait pas faire. Toujours prête à apporter son aide à ses amis ( es), très vite elle se faisait remarquer comme une vraie belligérante sur la cour de récréation. Elle suivait tout ce qui se passait dans son petit coin comme un arbitre qui ne dit pas son nom. Car, on était étonné de la voir sortir ses griffes, chaque fois que l’un de ses plus proches amis (es) se trouvait en difficulté. Protectrice de sa petite sœur Marie Denise qui ne la lâchait pas d’une semelle, Marie-France Claude n’était pas là seulement pour sa famille mais pour tous les autres.

 

A l’école, elle faisait montre, sur la cour de récréation d' une générosité sans pareil. Très sensible pour ses camarades de classe,

Marie- France ne pouvait pas voir souffrir les autres. En l’année 1970, elle avait posé des actes humanitaires sur la cour de l’école au moment de la récréation. Il s’agissait de donner à manger à tous ses proches camarades, ce, de manière quotidienne. Pour cela, avec l'appui de ses parents, chrétiens convaincus, qui connaissent bien le sens du mot partage, elle était autorisée à utiliser une partie du bénéfice de la maison de commerce familiale afin d'aider ses camarades les plus nécessiteux. Elle avait agi en connaissance de cause, parce que l’une de notre camarade de classe dont je ne cite pas le nom, était tombée évanouie en pleine activité récréative parce qu'elle n'avait rien mangé chez elle en venant à l'école. Conduite à l’hôpital, en urgence, les diagnostics ont révélé un problème d’alimentation. Depuis cet événement malheureux, il ne se passait pas un jour sans que notre Marie- France ne cachait dans sa valise quelque chose à manger pour aider et faire plaisir à toutes et à tous. Elle nous apportait tout ce qu’elle pouvait : du blé, du maïs moulu, de la farine, des sardines, harengs, des biscuits, etc. Ce sont des souvenirs d'enfance vraiment inoubliables. 

 

Un jour, elle est arrivée en classe tellement triste que je me précipitais pour lui demander ce qui n'allait pas. Tristement, elle m’a confié que son papa devait sortir très tôt et qu'elle n’avait pas eu la chance de nous apporter à manger.

 

Tenez-vous bien !

 

Sous prétexte qu’elle ne se sente pas bien, avant la récréation, elle a demandé la permission au professeur Jacques Fleurimond de regretté mémoire. Mais c’était pour aller nous chercher de la nourriture comme une mère responsable de ses enfants…

 

Marie- France, mon amie est unique en ce sens. Toujours prête à servir et aider les autres. Franchement, elle était une condisciple, une amie, une soeur, une mère et une dame extraordinaire qui a lutté contre l’injustice depuis l’école. Car, un vendredi après midi l’un de nous a sifflé dans la classe et malheureusement le professeur qui ne se trouvait pas en classe n’était pas loin. Arrivé, il a demandé : qui vient de siffler ? Personne ne répond !

 

Je ne me rappelle pas tellement certains faits avec précision mais ce qui est sûr, le professeur avait désigné un élève innocent comme coupable. Il avait été mis à genoux pour purger une peine pour une faute qu’il n’avait pas commise. Tout le monde restait calme sans dénoncer le vrai coupable.

 

Marie France se sentant mal à l’aise devant cette injustice pour son camarade à genoux est allée dire au professeur que l’élève a été injustement puni. Et le professeur de répondre à Marie France, qui a sifflé ?

 

Elle a répondu au lieu de dénoncer le vrai coupable: « je préfère me mettre à genoux à la place de celui injustement puni ».

 

Marie France, volontairement, s’est mise à genoux pendant environ deux heures juste pour réparer une injustice faite à son camarade.

 

Son combat pour le progrès en Haïti n’était pas le fait du hasard. Très jeune, elle s’engageait à côté du martyr, Pasteur Sylvio Claude, pour le bien-être de toutes et de tous.

 

Au palais de justice, j’étais toujours présent lors des procès du pasteur Sylvio Claude accusé pour complot contre sûreté de l’Etat par le gouvernement dictatorial des Duvalier.

 

En effet, Meesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, à l’époque je n’étais pas encore avocat, sinon je serais l’un des avocats défenseurs de la famille Claude comme je le serai, plus tard , dans le cadre de ma profession pour libérer les enfants de la famille Cineas et Avril, grâce à mon inoubliable amie Maud Timothée de regrettée mémoire.

 

Nous avons tissé une amitié de plus en plus solide à l'Institut du Bien-être Social pendant que j’étais l’administrateur et Marie-Denise Claude à ce moment occupait le poste de Directrice Générale. Fermons la parenthèse !

 

Après une amitié de 52 ans, nous pourrions dire que c’est toute une vie avec des hauts et des bas à travers des discussions amicales pour mettre Haiti en valeur. Car, du choc des idées jaillit la lumière, surtout en démocratie.

 

 

 

Je savais qu’un jour, elle serait morte mais pas aussi tôt et le pire pour elle c'est de faire le grand voyage en laissant le pays dans le piteux état actuel pour lequel elle a tant lutté.

 

Ce n’est pas sans raison que la date symbolique du 18 novembre a été choisie par la famille pour le début de la cérémonie de la mise en terre de ses dépouilles. Car, elle est une héroïne à travers ses actions humanitaires et politiques, et comme je viens de le décrire ,elle s’est signalée dès son plus jeune âge à l’école.

 

Ma chère Marie- France, le génie n’a qu’un temps 

 

Tu as épuisé ton temps par ta contribution à l'établissement de la démocratie dans ton pays chéri Haïti. 

 

Le temps devient une machine 

qui avale tout sur son passage.

À partir delà, tout dégénère 

pour laisser place au pire !

 

C’est pourquoi on est né pour mourir. En cette pénible circonstance, je présente mes condoléances émues à ses enfants Woodnightder Claude Saint Victor, France Jihane Barbara Claude, Masha-Laurie Dolbik Claude-André; 

Son petit-fils Nathanael Claude Georges (fils de France J B Claude); 

Ses frères et sœurs Jean Clervio Claude, Marie Jocelyne Claude, Marie Denise Claude, Jean Juden Claude, Jorel Claude, Claudia Claude et famille, Jean Bernard Claude; 

Son ex-époux Pierre Lamoussey dit Alain André, son ex-beau-frère Jean Alex Raphael, son ex-belle-sœur Lisanne André, son beau-frère Hector Augustin; et à tous les autres membres de la famille éplorée. 

 

 Mes condoléances s'étendent également à tous ceux et celles amis, militants politiques et camarades de combat de Marie France affectés par ce deuil !                       

Bon voyage ma condisciple et amie d'enfance!

Que la terre te soit légère !                       

 

Maître Emmanuel Charles

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