Dans la capitale, plus précisément à Cité-Soleil, le plus grand bidonville du pays, la violence inouïe des groupes armés poussent les habitants à fuir. Innocents, les enfants paient le prix fort. Plus de 700 ont été déplacés dans divers centres de la capitale. Cependant, le déplacement n’a pas mis fin à leur calvaire.
Elle habite à Cité-Soleil, et ce n’est ni un film ni un roman fantastique. Elle a peut-être cru malgré tout qu’elle allait poursuivre modestement le cours de sa jeune vie à la Cité. Dans cet endroit, un des plus grands bidonvilles du pays, les habitants tentent, jour après jour, de sauver leur peau de l’étreinte macabre. Les scènes d’horreur sont glaçantes et font froid dans le dos. Les enfants, accusant le coup, en paient le prix fort.
« Ma mère est morte pendant les affrontements armés. Elle a été atteinte d’un projectile. Je n’ai que ma cousine », répond Martine avec la voix empreinte d’émotions fortes, la petite fille ayant toujours le regard entravé sous les ferrailles de la peur.
Hébergée au Collège Saint Louis de Gonzague, ce lundi 24 juillet 2022, Martine se prépare à connaître une énième journée sans ses parents, entourée d’enfants de Cité-Soleil fuyant les horreurs et les crépitements d’armes automatiques. Le calvaire a accompagné Martine ainsi que ses frères et sœurs de région qui ont vu le sang couler, des cadavres en pleine rue maculée de sang et jonchés le sol.
Au collège Saint Louis de Gonzague, ils sont au nombre de 307 enfants. Le nombre augmente de jour en jour. Cloitrés chez eux, les enfants ne pouvaient pas sortir en raison des rafales de tirs automatiques. « On avait fait une première tentative le samedi 16 juillet pour les évacuer mais sans succès. Dimanche, nous étions toujours sur les lieux. La trêve observée nous a permis de les récupérer », explique Mme Louis de la famille Kizito, une communauté religieuse.
La responsable du porte-parolat de la famille Kizito précise que plus de 700 enfants avaient été recensés et répartis dans plusieurs centres. « Maintenant, ils arrivent par groupes. 2 groupes sont arrivés hier, on n’a toujours pas d’endroit pour les loger », signale Mme Louis.
Ces enfants qui continuent d’arriver, souffrent de toutes sortes de maladies comme des maladies cutanées, des maladies des cheveux, de la malnutrition et de démangeaisons. « Des cliniques mobiles ont été réalisées dans le camp. Ce n’est pas suffisant », déplore Mme Louis.
Les responsables doivent faire avec les séquelles des maladies de ces enfants. La prise en charge laisse à désirer. « Ce matin, plusieurs enfants se trouvant dans un autre centre n’ont pas cessé de vomir. Nous les avons transportés en urgence à l’hôpital. La situation est vraiment difficile », regrette Luca Chrisly, présidente de l’organisation des cœurs pour le changement des enfants démunis d’Haïti. « Nous avons pris 3 jours pour baigner tous les enfants. Il faut les coiffer. La situation est insoutenable », s’indigne Mme Chrisly.
La situation psychologique de ces enfants déplacés est critique et désolante. Certains enfants passent des nuits sans dormir. D’autres font parfois des cauchemars. Plusieurs pleurent à chaque fois que les souvenirs remontent. La peur et le choc sont à leur comble. Cependant, les responsables disent faire ce qu’ils peuvent.
Des volontaires de l’organisation des cœurs pour le changement des enfants démunis d’Haïti (OCCEDH) tentent de combler le vide chronique qui existe en matière de soins psychologiques. Dans ce collège transformé en véritable camp pour déplacés, les responsables organisent des séances de jeux, d’art et de contes. « Il s’agit d’une tentative de soutien aux enfants », nous lâche un volontaire en appui psychosocial, se donnant comme mission de limiter les risques d’insomnie, d’anxiété et de cauchemars auprès de ces enfants.
Des plats chauds à longueur de journée sont donnés aux enfants 2 fois par jour. Le Programme Alimentaire Mondial prend l’alimentation des enfants à sa charge.
Quand la nuit tombe, le calvaire n’est pas loin. Seulement 10 salles du collège Saint Louis de Bourdon sont disponibles pour accueillir ces plus de 300 enfants déplacés. Chaque salle est munie de 15 à 18 matelas. « La répartition est non-mixte. Chaque salle a son moniteur. 2 enfants dorment sur chaque matelas », détaille Betchina Louis de la famille Kizito. Ces salles incommodes offrent peu de confort ou d’intimité.
Selon l’Organisation des Nations-Unies, le bilan des affrontements des groupes armés à Cité Soleil s'est alourdi. La guerre des gangs armés " G-Pèp et G-9" éclatée le 8 juillet 2022 a fait plus de 471 morts, de blessés ou portés disparus entre le 8 au 17 juillet 2022. Dans le même temps, au moins 140 maisons ont été détruites ou incendiées, selon un nouveau bilan paru ce lundi 25 juillet 2022.
Après plus d'une semaine depuis les affrontements entre les groupes armés à Cité Soleil, le premier ministre Ariel Henry accompagné de son ministre de l’intérieur et des Collectivités Territoriales, Liszt Quitel, avait rencontré le dimanche 17 juillet 2022 les Agents Exécutifs de la commune de Cité Soleil.
La mairie et le gouvernement s’étaient engagés à travailler en vue de donner l'assistance aux victimes du conflit et à la population locale. Le gouvernement disait vouloir exploiter toutes les pistes permettant un retour au calme au niveau du plus grand bidonville du pays.
Par : Daniel Zéphyr
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