PubGazetteHaiti202005

Sandra Paulemon : l’itinéraire d’une jeune femme engagée, entre convictions personnelles et choix assumé de quitter les États-Unis pour servir Haïti

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Sur Radio Télévision Caraïbes, dans l’émission Ayisyen m’ ye animée par l’ancien candidat à la présidence Mathias Pierre, Sandra Paulemon s’est livrée sans détour sur son engagement politique. À travers le thème « L’aventure d’une jeune femme dans la politique haïtienne », la militante a raconté son histoire personnelle, son retour volontaire en Haïti et sa vision d’une politique fondée sur le service, les valeurs et la transformation sociale.

Sandra Paulemon se définit avant tout comme une femme engagée. Née à Port-au-Prince mais ayant passé son enfance à Cornillon Grand-Bois, elle revendique ses racines populaires et son attachement profond aux communautés souvent oubliées par les dirigeants. Fille de Jean-Baptiste Paulemon, ancien notaire public et magistrat communal sous la période de Duvalier, et d’une mère couturière et  militante du mouvement Lavalas, elle affirme être « née dans la politique ».

Mère de trois enfants, l’engagement n’est pas un slogan, mais une construction de toute une vie. « Depuis mon enfance, j’ai toujours été sensible à la souffrance des autres. Je me demande sans cesse ce que je peux apporter là où les gens sont abandonnés », explique-t-elle. Refusant de se présenter comme une simple actrice politique, Sandra préfère se définir comme une femme engagée qui observe Haiti non pas telle qu’elle est, mais telle qu’elle devrait être.

Mathias Pierre, le présentateur de l'émission, touché par cette définition, avoue avoir modifié le déroulement de son émission. « Cette simplicité est extraordinaire de son texte, mais en même temps très profonde », confie-t-il, saluant une parole rare dans un paysage politique souvent marqué par le calcul et l’ambition personnelle.

À seulement 26 ans, Sandra Paulemon prend une décision très difficile  : quitter le Connecticut, aux États-Unis, pour rentrer en Haïti et se porter candidate à la députation. Une démarche qu’elle justifie par l’exemple de son père, lui-même revenu vivre dans son pays. « À l’époque, je ne comprenais pas pourquoi il laissait tout ce confort. Aujourd’hui, je fais le même choix. J’ai compris que là où je peux avoir le plus d’impact, c’est là où les besoins sont les plus urgents », affirme-t-elle. Pour elle, Haïti n’est pas un fardeau, mais une responsabilité. Sa famille, dit-elle, a toujours œuvré dans la communauté. À Cornillon, ils ont même contribué à la construction de routes, là où l’État était absent.


Son entrée active sur la scène politique s’est faite dans un combat idéologique. La femme de Volcy Assad  se reconnaît dans les valeurs du parti Pitit Dessalines, qu’elle considère comme une tentative de renouer avec les idéaux de Jean-Jacques Dessalines. "Jis kounya mwen toujou kwè se ideyal Dessalin nan ki ka sòti nou nan sa nou ye la jodia" soutient-elle.


Elle revient aussi sur les manifestations de 2015, une période marquante dans son parcours. Ces expériences, parfois douloureuses, lui ont forgé une carapace. « Tout ce que j’ai vécu m’a renforcée. Je ne suis pas entrée en politique pour en vivre, mais pour travailler. Je suis une travailleuse acharnée », insiste-t-elle.


Avec son compagnon mari, Sandra a ensuite opéré une transition vers les médias en créant Gazette Haïti News. Une aventure née de deux tempéraments différents mais complémentaires. « Je suis rapide, lui est plus posé. Mais nous avions une vision commune », raconte-t-elle. Le média voit le jour le 27 mai 2017, avec une ligne éditoriale claire : informer sans complaisance, éduquer civiquement et défendre les droits citoyens. « Ce n’était pas un média pour mes amis, mais pour la société. Nous avons des positions, mais nous laissons tout le monde s’exprimer », précise-t-elle, revendiquant une indépendance rare dans le métier de la presse en Haïti. 


En 2024, le Conseil présidentiel de transition propose à Sandra Paulemon le poste de directrice adjointe de l’ONA. Une nomination qu’elle refuse. Un choix assumé. « Je ne crois pas aux titres sans résultats. Quel impact réel aurais-je eu sur la vie des contribuables ? Je cherche des actions concrètes », explique-t-elle.

Pour elle, l’efficacité prime sur le prestige. Elle ne regrette rien de son parcours, même les échecs. « On n’apprend pas du jour au lendemain. Chaque étape m’a permis de mieux me repositionner », confie-t-elle.


À la fin de l’émission, Sandra adresse un message clair aux jeunes et à la diaspora. Elle les invites à s’impliquer, non pas pour la gloire, mais pour construire. « Mon seul regret serait de trahir ce en quoi je crois », affirme-t-elle avec conviction.


Pour elle, revenir en Haïti ne doit pas être un projet personnel, mais un engagement collectif. « Il ne s’agit pas de venir chercher de la reconnaissance, mais d’apporter des solutions. Haïti n’a pas besoin de héros, mais de citoyens responsables. »


À travers son témoignage, Sandra Paulemon incarne une autre manière de faire de la politique : plus humaine, plus cohérente, et surtout plus tournée vers le service. Dans un pays marqué par la défiance envers ses élites, son parcours rappelle que l’engagement peut encore être un acte de foi, de courage et de responsabilité.


Arnold Junior Pierre

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