PubGazetteHaiti202005

Migration, sécurité, coopération :  Leslie Voltaire sans filtre sur la crise haïtienne sur Vision RND, un média domicain

Leslie Voltaire, conseiller-président

Dans une interview exclusive accordée à Ariel Lara, directeur de Visión RDN, le conseiller président, Leslie Voltaire, livre une analyse franche de la situation en Haïti. Tour à tour, il aborde la visite de Gustavo Petro, la posture de Luis Abinader, la migration, la question sécuritaire, les gangs, et les rapports tendus avec la République dominicaine.

Gustavo Petro en Haïti : ce n’est pas pour les Colombiens arrêtés

Réagissant à la seconde visite du président colombien en Haïti, Voltaire tient à dissiper toute rumeur. Il affirme que Gustavo Petro n’est pas venu pour négocier la libération des Colombiens impliqués dans l’assassinat de Jovenel Moïse. Ce n’était pas du tout l’objet de sa visite.

Selon lui, le but de Petro était diplomatique : rouvrir l’ambassade de Colombie en Haïti, fermée depuis 25 ans, pour marquer un engagement clair envers le peuple haïtien. Petro souhaite renforcer la coopération bilatérale, soutenir la paix, appuyer les institutions haïtiennes, mais sans participer à la mission multinationale dirigée par le Kenya.

La Colombie prévoit un déploiement de troupes sous supervision de l’OEA, qui devra être validé par les Nations Unies. En parallèle, un programme de bourses d’études est en préparation pour permettre à cinquante jeunes Haïtiens de partir étudier en Colombie, notamment à Bogotá, dans les domaines de l’agriculture et du développement durable.

Voltaire mentionne aussi une visite universitaire à l’Université de Córdoba, menée avec 15 spécialistes haïtiens dans les secteurs agricoles et hydroélectriques. L’objectif est de renforcer la production agricole familiale, surtout en manioc et en maïs, pour répondre aux besoins de consommation interne.

Migration et relations tendues : le vrai problème est chez nous

Sur la question migratoire, Voltaire ne mâche pas ses mots. Il estime que chaque pays a le droit de rapatrier les personnes qu’il veut, mais cela doit se faire dans le respect des conventions internationales. Il dénonce les expulsions brutales d’Haïtiens par les autorités dominicaines, qu’il considère comme une violation flagrante des règles de droit et des droits humains.

Pour lui, ces pratiques sont le symptôme d’un échec diplomatique et d’une cruauté administrative, que la quasi-totalité des organisations internationales dénoncent. Il ajoute que l’immigration haïtienne ne pourra être freinée tant que les causes profondes — la misère, l’insécurité, l’absence d’institutions solides — ne seront pas traitées à la racine.

La pression sur Abinader : un front commun contre Haïti

Voltaire reconnaît que le président dominicain Luis Abinader subit la pression des ultranationalistes de son pays. Il affirme qu’un front commun a été formé avec quatre anciens présidents dominicains afin d’élaborer une ligne dure face à la crise haïtienne. Il note cependant que l’idée d’envoyer des policiers ou des militaires dominicains en Haïti reste extrêmement sensible, à cause du passé douloureux et des tensions historiques entre les deux nations.

Abinader met les gangs haïtiens sur la liste des organisations terroristes :

Le journaliste revient sur une décision récente du président dominicain Luis Abinader, qui a officiellement annoncé que les gangs opérant en Haïti sont désormais classés comme des organisations terroristes par la République dominicaine. Cette décision, soutenue par les secteurs les plus nationalistes du pays, vise à justifier un durcissement des politiques sécuritaires vis-à-vis d’Haïti.

Interrogé sur cette qualification, Leslie Voltaire répond avec prudence. Il rappelle un précédent entre la Colombie et l’Équateur, où un groupe armé colombien, qualifié de terroriste par Bogotá, s’était réfugié de l’autre côté de la frontière.
La Colombie était alors allée les chercher directement en Équateur.

Pour Voltaire, la notion d’organisation terroriste varie selon les contextes politiques, juridiques et diplomatiques. Elle n’est pas neutre, et son usage peut avoir des conséquences régionales graves, surtout dans un climat déjà tendu entre Port-au-Prince et Saint-Domingue.


« Cela dépend de la manière dont les règles sont définies », souligne-t-il, appelant à une lecture réfléchie et non opportuniste de ces classifications.

Erik Prince, forces étrangères et transparence : la sécurité est un cas à part

À la question de savoir si des acteurs privés comme Erik Prince sont impliqués dans les dispositifs de sécurité en Haïti, Leslie Voltaire rappelle que l’article 40 de la Constitution haïtienne impose la transparence dans les affaires publiques, sauf en matière de sécurité nationale, où certaines opérations peuvent rester confidentielles.

Il insiste néanmoins sur le fait que, quelle que soit l’entité engagée — force multinationale, police nationale, armée ou tout autre partenaire —, toute aide contre les gangs armés est la bienvenue.

Un appel direct à la République dominicaine

En conclusion, Voltaire lance un message clair à l’État dominicain. Si la République dominicaine souhaite vraiment aider Haïti, elle doit commencer par l’essentiel : le contrôle des frontières. C’est, selon lui, la clé pour empêcher que les armes et les munitions ne continuent à inonder le territoire haïtien.

 

 

 

Par Clinton Vital 

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