De nouvelles révélations issues du procès sur l’assassinat de Jovenel Moïse, relayées par la journaliste Jacqueline Charles du Miami Herald, mettent en lumière des faits troublants concernant le comportement du commando colombien, entre confusion, pillage et contradictions.
À la barre, Mario Antonio « Floro » Palacios a apporté des détails inédits sur la nuit du 7 juillet 2021, tout en laissant apparaître plusieurs incohérences exploitées par la défense.
Parmi les questions soulevées lors des audiences figure le nombre exact de Colombiens impliqués et celui des victimes. Palacios a affirmé que Duberney Capador, présenté comme l’un des chefs du groupe, avait été blessé par une grenade avant d’être ensuite abattu par la police haïtienne.
Il a également décrit une intervention musclée des forces de l’ordre, affirmant qu’une grenade à fragmentation avait tué sur le coup un membre du commando et blessé Capador après avoir ricoché.
Malgré l’intensité des échanges, il assure que des consignes avaient été données :
« Ne tirez pas sur la police, ne tuez pas la police »
Confusion sur la chronologie et crédibilité contestée
Le témoignage de Palacios est cependant marqué par des confusions répétées. Il évoque régulièrement le 6 juillet au lieu du 7 juillet 2021, date de l’assassinat de Jovenel Moïse.
La défense s’appuie sur ces erreurs pour remettre en cause sa fiabilité, allant jusqu’à évoquer un match de football entre l’Argentine et la Colombie, que le témoin lie au moment où le plan serait passé d’une arrestation à un assassinat.
Un commando en quête d’issue après l’attaque
Palacios a déclaré que, après l’assassinat — auquel il affirme ne pas avoir assisté — le groupe avait tenté de contacter les ambassades des États-Unis, du Panama et de Taïwan. Selon lui, seule l’ambassade taïwanaise leur aurait indiqué qu’ils pouvaient s’y rendre, faute de réponse américaine.
Il explique également que le commando comptait se rendre au Palais national, mais qu’il a été stoppé par un barrage de la police. Il pensait alors que leur mission consistait à installer Christian Emmanuel Sanon au pouvoir.
Pillage dans la chambre présidentielle
L’un des aspects les plus accablants du témoignage concerne les actes commis à l’intérieur même de la résidence présidentielle.
Selon Palacios, les membres de l’unité « Delta » avaient pour mission de saisir des équipements électroniques et des ordinateurs. Mais il reconnaît que certains en ont profité pour emporter de l’argent :
« Nous avons mis l’argent dans une valise »
Il admet également avoir personnellement pris
« un collier et deux montres »
Le groupe serait resté environ une trentaine de minutes dans la chambre, fouillant à la fois à la recherche d’argent, d’équipements et de preuves.
Palacios affirme par ailleurs qu’une arme portant l’inscription de la Police nationale d’Haïti (PNH) se trouvait dans la chambre et était entre les mains de l’un de ses collègues.
Des réactions troublantes après le crime
Après avoir quitté la maison, Palacios dit avoir été interrogé par James Solages :
« Il m’a demandé si c’était le président et j’ai répondu : “Oui.” »
Selon lui, Solages aurait alors réagi par un geste de satisfaction, levant le poing.
Des vidéos présentées au tribunal montrent également des véhicules circulant autour de la résidence, avec des individus marchant à proximité. Palacios mentionne la présence d’infirmières, qui n’auraient toutefois pas pénétré dans la maison.
Palacios affirme avoir agi sous les ordres des responsables de la société CTU, citant notamment Capador, Rivera, Solages et Joseph Vincent. Il précise que Rivera servait d’interprète pour Solages.
Il indique aussi que des armes ont été fournies au groupe par Rodolphe Jaar et Joseph Félix Badio, sans pouvoir confirmer l’implication de l’ex-sénateur John Joël Joseph sur ce point.
Cependant, plusieurs contradictions subsistent. Palacios affirme ne pas se souvenir de la présence de Colombiens aux côtés de Badio, alors que d’autres témoins ont évoqué le contraire. De même, il donne une version différente du nombre de véhicules impliqués dans le convoi.
Avant de témoigner, Palacios dit avoir rencontré les autorités américaines à 35 reprises, contre 25 rencontres pour Rodolphe Jaar, ce qui souligne l’importance de son rôle dans le dossier.
Mais entre aveux de pillage, incohérences sur les faits et contradictions avec d’autres témoignages, son récit alimente autant la manifestation de la vérité qu’il ne soulève de nouvelles interrogations.
Alors que le procès se poursuit en Floride, ces révélations viennent renforcer l’image d’un complot complexe, marqué par des versions divergentes et des responsabilités encore difficiles à établir autour de l’assassinat de Jovenel Moïse.
Gazette Haïti News
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