PubGazetteHaiti202005

Saut-d’Eau sous l’emprise des gangs : les pèlerins privés de Notre-Dame du Mont-Carmel cette année

Barbecue à Saut d'Eau

La grande fête de Notre-Dame du Mont-Carmel n’a pas eu lieu cette année à Saut-d’Eau. En temps normal, cette ville mystique du Plateau Central accueille des milliers de pèlerins venus chercher guérison et bénédiction. Mais ce 16 juillet 2025, la ville est restée muette. À l’origine de ce vide : la prise de contrôle totale de la commune par les gangs armés, notamment les « Talibans de Canaan » et les « 400 Mawozo », rejoints par Jimmy « Barbecue » Chérizier, chef de la coalition criminelle « Viv Ansanm »

 

Chaque année, à pareille date, Saut-d’Eau se transforme en un lieu de ferveur religieuse. Des milliers de fidèles affluent vers la Vierge miracle, dans l’espoir d’une guérison, d’une paix intérieure ou d’un nouveau départ. Cependant, cette année, aucun chant liturgique n’a été fredonné, aucun bain dans les eaux sacrées pris, aucune procession n’a été organisée.

 


En effet, les routes menant à la commune sont désormais bloquées par des bandits. Par conséquent, les fidèles, par peur d’être victimes d’agressions ou d’enlèvements, n’ont pas pris le risque de s’y rendre. De plus, les habitants eux-mêmes, pour la plupart déplacés ou contraints à la discrétion, n’ont rien pu organiser pour cette fête religieuse majeure.

 


Depuis plusieurs semaines, les gangs « Talibans de Canaan » et « 400 Mawozo » ont pris possession de la commune. Dès lors, aucune activité culturelle ni religieuse n’est organisée. À cela s’ajoute un fait encore plus troublant : une vidéo diffusée récemment sur les réseaux montre Jimmy « Barbecue » Chérizier, le chef de gang et porte-parole de la coalition Viv Ansanm, circulant librement dans les rues de Saut-d’Eau. Ce déplacement, pour le moins inattendu, intrigue, car son bastion se trouve à Delmas 3, à plus de 50 kilomètres.

Pour bon nombre de citoyens, la présence de Barbecue dans cette zone éloignée de son territoire d’origine, de son fief au Bas-Delmas symbolise clairement la faillite de l’Etat et l’échec des forces de sécurité. 

La mairesse de Saut-d’Eau, Marie Andrée Ruth Thélus, interrogée ce mercredi 16 juillet 2025 par Radio Télé Galaxie, a exprimé son amertume. « aujourd’hui, on devrait entendre des tambours, voir des familles, sentir la foi des chrétiens. À la place, il y a le silence et la peur », a-t-elle déclaré avec beaucoup d’émotion.
Dans la foulée, elle a lancé un appel solennel à toutes les forces politiques et sociales pour unir leurs efforts contre les gangs. Elle estime qu’une unité d’action est indispensable pour sauver non seulement Saut-d’Eau, mais aussi d’autres communautés confrontées à des réalités similaires. Selon elle, seule une mobilisation nationale permettra aux déplacés de Saut-d’Eau et de Mirebalais de rentrer chez eux en toute sécurité.


En plus des pertes spirituelles et culturelles, l’annulation du pèlerinage cette année a engendré des conséquences économiques considérables. Chaque année, la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel faisait vivre des centaines de marchands, d’artisans, d’hôteliers et de restaurateurs, venus de tout le pays pour profiter de cet afflux de pèlerins. Cette année, tout a été annulé. 

Ce manque à gagner représente une perte majeure pour une économie locale déjà fragilisée. Il prive des familles entières de leurs revenus annuels, accentuant encore plus la précarité dans la région.

Aujourd’hui, Saut-d’Eau, autrefois reconnue comme une ville sacrée, est devenue le symbole visible de la crise sécuritaire nationale. Ce qui se passe dans cette commune ne se limite pas à un énième « territoire perdu » : ils ont brisé une tradition, touché à l’identité même d’un peuple, mis en péril un pilier culturel et spirituel profondément enraciné dans l’histoire d’Haïti.

 

 

 

Par Arnold Junior Pierre

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