Une nouvelle tension diplomatique entre Haïti et la République dominicaine autour de la rivière massacre. La République dominicaine demande à Haïti d’arrêter les travaux en cours, arguant que le pays a violé le traité du 20 février 1929. L’ancien Premier ministre est monté au créneau pour dénoncer la position dominicaine. Il indique qu’Haiti n’a violé aucun traité bilatéral relatif à la rivière Massacre.
C’est le dossier qui enflamme la toile. Haïti et la République dominicaine sont une nouvelle fois en froid pour un projet qui avait déjà créé une situation de tension entre les deux pays. La République dominicaine demande à Haïti d’arrêter le redémarrage d’un canal au niveau de la rivière Massacre, arguant que ce projet viole le traité de Paix, d’Amitié perpétuelle et d’arbitrage signé entre les deux pays, à Santo-Domingo, le 20 février 1929.
C’est le ministre dominicain des affaires étrangères Roberto Alvarez qui a officiellement fait la demande au gouvernement haïtien. Un communiqué de presse cité par le journal dominicain Listin Diario confirme les velléités de la République dominicaine.
« Cette demande est fondée sur des préoccupations légitimes quant aux effets négatifs potentiels que ce travail pourrait causer aux producteurs agricoles des deux pays », a-t-il déclaré dans ce communiqué.
Selon l’officiel du gouvernement dominicain, le projet en question est piloté à des fins privées et a l'intention de canaliser l'eau de la rivière massacre dans le but de la vendre en privé aux agriculteurs haïtiens, sans l'autorisation officielle du gouvernement haïtien.
Aucun communiqué officiel n’a été publié par le gouvernement haïtien. Toutefois, le journal dominicain Listin Diario rapporte que Ariel Henry est inquiet par rapport à la situation et des émissaires haïtiens auraient été envoyés en République dominicaine pour la résolution du conflit.
"Nous apprécions ce geste de coopération et sommes convaincus que les pourparlers en cours permettront de résoudre ce conflit de manière pacifique et dans le respect des intérêts des deux nations", a déclaré Alvarez à propos de la position de Ariel Henry.
Ce projet avait été initié en 2018 par l’ancien président de la république Jovenel Moïse au profit des paysans de la région.
Claude Joseph rétorque et défend Haïti
L’ancien Premier ministre Claude Joseph a une idée très précise de ce projet pour avoir été membre du gouvernement lorsque les premières tensions se sont éclatées. L’ancien chancelier qui fustige le comportement du gouvernement dominicain évoque plusieurs faits qui, selon lui, peuvent prouver que Haïti n’a pas violé le traité du 20 février 1929.
Dans des publications successives sur X, l’ancien chef du gouvernement évoque une déclaration conjointe datant de mai 2021 signée entre la République dominicaine et Haïti après les premières tensions qui se sont éclatées en 2021 dont la rédaction tient une copie.
Dans ce document, les deux pays reconnaissent que « sur la base des informations fournies aujourd'hui par les représentants de la République d'Haïti et dans l'esprit de compréhension et d'échange d'informations conformément à ce qui est stipulé dans le traité de février 1929, que l'ouvrage en cours d'exécution sur la Rivière Massacre ou Dajabon pour le captage de l'eau ne consiste pas en une déviation du cours d'eau. »
Mais, même après cette déclaration conjointe, selon nos informations, la République dominicaine, après l’assassinat du président Jovenel Moïse, a demandé l’arrêt du projet.
Cette situation a poussé Claude Joseph, ministre des affaires étrangères et des cultes d’alors d’écrire au premier ministre Ariel Henry en novembre 2021 pour lui faire part des bienfaits d’un tel projet et que la position de la République dominicaine n’est pas fondée. Il avait aussi indiqué qu’un tel projet devrait redémarrer.
Claude Joseph n’étant plus au gouvernement de Ariel Henry, la République dominicaine semble avoir trouvé ce qu’elle cherchait car les travaux avaient été interrompus.
En mars 2022, l’ancien ministre haïtien des affaires étrangères Claude Joseph eut à dire qu’il était regrettable de constater que les travaux pour le projet aient été arrêtés. “Cette situation déplorable est la preuve tangible que le projet mené par les oligarques pour effacer l’héritage du Président Jovenel Moïse poursuit son cours”, avait-il écrit.
Sur les réseaux sociaux, les images montrent que les travaux de la canalisation auraient été repris, ce qui a provoqué la colère de la République dominicaine, prétextant que ces travaux ne sont pas dans l'intérêt de la 8 République dominicaine.
Selon Claude Joseph, dire que ces travaux constitueraient une déviation du cours d’eau n’est que prétexte pour empêcher aux paysans du Nord-Est d’utiliser la rivière Massacre pour arroser, comme les dominicains, leur terre (soit quelque 3000 hectares de terre de la basse plaine de Maribaroux).
Selon l’ancien chancelier, l’ouvrage de captage qui sera construit sur le tronçon de la Rivière Massacre d’environ deux (2) kilomètres traversant le territoire haïtien entre les Bornes frontalières 13 et 15 ne saurait en cas aucun être considéré comme une déviation du cours d’eau.
« En faisant injonction au gouvernement haïtien de suspendre les travaux sur la rivière Massacre, c’est le gouvernement dominicain qui a violé le traité de paix du 20 février 1929 », conclut Claude Joseph.
Le gouvernement actuellement s’émmure dans son silence alors que la tension enfle.
Par: Daniel Zéphyr
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