Entre 2018 et 2026, quatorze journalistes haïtiens ont été tués ou portés disparus, victimes de l’insécurité et de la violence des gangs. La profession, déjà difficile, se révèle chaque jour plus dangereuse, exposant ceux qui informent le public à des risques mortels.
La liste des victimes est longue et tragique. Vladjimir Legagneur, photojournaliste, a disparu le 14 mars 2018 à Port‑au‑Prince alors qu’il couvrait un quartier contrôlé par des gangs. Pétion Rospide, journaliste de Radio Sans Fin, a été assassiné en 2019, tandis que Néhémie Joseph, correspondant de Radio Méga dans le Nord-Est, a été tué le 10 octobre 2019, son corps retrouvé à Mirebalais après avoir été porté disparu. Ces tragédies mettent en lumière la vulnérabilité des journalistes face aux violences des gangs.
Les années suivantes n’ont pas épargné la presse. Diego Charles a été assassiné le 29 juin 2021 à Port‑au‑Prince aux côtés de la militante Antoinette Duclaire. Le 6 janvier 2022, Wilguens Louissaint et Amady John Wesley ont été tués à Laboule 12, Pétion-Ville, alors qu’ils réalisaient un reportage sur l’insécurité et les gangs. En septembre 2022, Tayson Latigue et Frantzsen Charles ont été abattus à Cité Soleil lors d’une embuscade.
En 2022 encore, d’autres professionnels des médias ont été frappés. Tess Garry, animateur de l’émission « Gran Lakou » sur Radio Lebon FM aux Cayes, a disparu le 18 octobre, et Romelson Vilsaint a été tué le 30 octobre dans le commissariat de Delmas 33. Ces pertes rappellent que la menace sur la presse n’est pas seulement ciblée mais systémique, touchant les journalistes dans toutes les régions du pays.
Markenzy Nathoux et Jimmy Jean ont été tués le 24 décembre 2024, tandis que 7 autres personnes, ainsi qu’un policier, ont perdu la vie lors d’une fusillade déclenchée par des gangs. L’attaque est survenue alors que le ministère de la Santé Publique tent de rouvrir l’un des principaux hôpitaux de Port-au-Prince, situé dans une zone largement contrôlée par des groupes armés.
La situation demeure particulièrement préoccupante. Le vendredi 13 mars 2026, Junior Célestin, de Radio Megastar, et Osnel Espérance, de Radio Uni FM, ont été kidnappés près du stade Sylvio Cator par des individus lourdement armés. Ces événements témoignent de la fragilité persistante de la sécurité des professionnels de la presse, mais aussi du courage de ceux qui continuent d’informer la population malgré les risques constants.
Face à cette réalité, la presse haïtienne persiste et résiste. Malgré les menaces et les pertes, les journalistes continuent de jouer un rôle crucial dans la société, rappelant à tous l’importance de protéger ceux qui portent la parole du peuple dans un pays en proie à l’insécurité.
Arnold Junior Pierre
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