Ce vendredi saint, marché de Delmas 32 comme à celui de Pétion-Ville, les commerçants peinent à vendre poissons et vivres, produits phares en la période pascale. Cette chute dramatique des ventes est attribuée à l'insécurité et à une crise économique qui appauvrit les ménages haïtiens.
Ce vendredi 18 avril 2025, un micro-trottoir réalisé par nos rédacteurs à travers plusieurs rues de la région métropolitaine de Port-au-Prince révèle une dure réalité. Aucune affluence, donc pas de rentrées d’argent pour les commerçants. Les Haïtiens, fidèles à la tradition chrétienne, se ruaient sur les poissons, les légumes et les vivres alimentaires pour préparer les plats du jour sacré. Mais aujourd’hui, la ferveur religieuse semble avoir été éclipsée par les dures réalités du pays.
Sur les étals du marché de Delmas 32, les paniers ne débordent plus de poissons fumés, de patates douces, d’ignames et de bananes. En plus, les clients se font rares. « C’est comme si on ne vivait plus la Semaine sainte, se désole Roselène, marchande depuis plus de 20 ans. Avant, j’arrivais à vendre tous mes poissons en une journée. Aujourd’hui, même à moitié prix, personne n’en veut. »
La crise sécuritaire est l’un des principaux facteurs. La capitale est contrôlée par les gangs. De nombreuses familles évitent de se rendre au marché, par crainte d’enlèvements ou de fusillades. Une commerçante au marché de Pétion-Ville, témoigne : « Beaucoup de mes clientes ont fui les quartiers touchés par la violence. Celles qui restent n’ont même plus de quoi s’acheter un morceau de poisson. »
Mais la peur n’est pas le seul problème. La crise économique frappe durement, et le coût de la vie atteint des sommets. Le panier des ménages est devenu inaccessible pour la majorité des Haïtiens. Acculés par l’inflation et le chômage, les citoyens n’ont plus les moyens de suivre les traditions. « La situation est devenue très difficile », explique Judith, croisée devant l’entrée du marché. « Je voulais acheter un peu de poisson pour faire plaisir aux enfants, mais le prix est trop élevé. On va jeûner aujourd’hui, non pas par choix, mais par obligation. », confie-t-elle.
Dans ce contexte, même la foi semble vaciller. Les habitants essaient tant bien que mal de préserver les rituels de la Semaine sainte, mais beaucoup y renoncent, faute de ressources. Frédeline, une autre marchande, partage sa frustration : « Nous ne demandons pas la charité, mais au moins la sécurité pour travailler. Nous aussi, nous voulons nourrir nos familles dignement. » Elle a vu ses revenus chuter de 80 % depuis le mois de février, un chiffre alarmant pour ceux qui dépendent du marché pour leur survie.
Les commerçants, ainsi que les citoyens interviewés lancent un cri de détresse. Ils demandent aux autorités non seulement de rétablir la sécurité, mais aussi de soutenir les petites entreprises locales qui peinent à subsister. « Il faut que l’on puisse travailler en toute sécurité. Aujourd’hui, le simple fait de nourrir nos enfants devient un défi », conclut Roselène.
Face à cette crise multidimensionnelle qui frappe le pays, les traditions religieuses semblent de plus en plus difficiles à maintenir.
Par Arnold Junior Pierre
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