Joseph Félix Badio, considéré comme l’un des principaux suspects dans l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021, a été transféré ce dimanche 20 septembre 2026 d’Haïti vers Miami par les autorités américaines. Il se trouvait à bord du même appareil que 17 ressortissants colombiens détenus en Haïti et accusés d’avoir participé à l’opération ayant conduit à la mort du chef de l’État.
Un avion militaire américain s’est posé à l’aéroport international Toussaint Louverture, à Port-au-Prince, peu avant 11 heures. Selon plusieurs sources proches de l’opération citées par le Miami Herald, l’appareil était venu récupérer Joseph Félix Badio, ancien fonctionnaire haïtien inculpé dans le cadre de l’enquête, ainsi que les 17 anciens militaires colombiens poursuivis dans ce dossier.
Les 18 hommes, vêtus de combinaisons bleues, ont été aperçus montant à bord de l’avion militaire avant son départ pour les États-Unis. Ce transfert ouvre un nouveau chapitre dans cette affaire, alors que la justice fédérale américaine poursuit depuis plusieurs années une procédure parallèle à celle engagée en Haïti.
De nouvelles poursuites aux États-Unis
Outre les 18 personnes transférées depuis Haïti, plusieurs autres individus ont récemment été inculpés aux États-Unis dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat. Parmi eux figure Samir Handal, arrêté à Miami. Selon les autorités américaines, certains des nouveaux inculpés sont poursuivis pour leur participation présumée au complot, tandis que d’autres font face à des accusations liées à l’utilisation frauduleuse de fonds provenant de programmes gouvernementaux d’aide mis en place pendant la pandémie de Covid-19.
Les personnes transférées doivent comparaître devant le tribunal fédéral de Miami. Pour celles qui ne disposent pas d’un avocat, la justice américaine devrait procéder à la désignation de défenseurs afin d’assurer leur représentation dans la procédure.
En mai dernier, une équipe de procureurs fédéraux dirigée notamment par le procureur fédéral adjoint Sean McLaughlin avait obtenu la condamnation de quatre hommes, Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages, pour leur rôle dans le complot ayant conduit à l’assassinat de Jovenel Moïse.
Le transfert de Badio au cœur des interrogations
Une certaine incertitude avait d’abord entouré le sort de Joseph Félix Badio. Bien qu’il ait quitté son lieu de détention en compagnie des 17 Colombiens dimanche matin, son transfert vers les États-Unis n’avait pas été immédiatement confirmé.
Son nom est cependant apparu sur un manifeste de vol obtenu par le Miami Herald, aux côtés de ceux des ressortissants colombiens.
Badio occupait une place importante dans l’enquête menée par la justice haïtienne. Arrêté en octobre 2023 après plus de deux années de cavale, il avait été inculpé en Haïti dans le dossier de l’assassinat. Il a toujours clamé son innocence.
Dans une publication sur X, Brett Skiles, agent spécial du FBI à Miami, a fait état d’« arrestations effectuées à plusieurs endroits et à l’échelle internationale », sans fournir de détails sur l’ensemble des opérations.
Le FBI a par ailleurs confirmé avoir mené des opérations en Haïti, au Canada et dans plusieurs localités du sud de la Floride, tout en précisant qu’aucune information supplémentaire ne pouvait être communiquée en raison du caractère toujours actif de l’enquête.
Jason Reding Quiñones, procureur fédéral pour le district sud de la Floride, a également confirmé le transfert des 18 personnes depuis Haïti.
Selon lui, cette opération marque une nouvelle étape dans les efforts de la justice américaine visant à établir les responsabilités dans l’assassinat de Jovenel Moïse. Le procureur a indiqué que les enquêteurs continueraient à s’intéresser non seulement aux personnes accusées d’avoir planifié ou exécuté l’opération, mais également à celles soupçonnées de l’avoir financée, facilitée ou soutenue.
Après le départ de l’avion, le ministère haïtien de la Justice et de la Sécurité publique a publié un communiqué indiquant que les personnes concernées avaient été remises aux autorités américaines dans le cadre des efforts visant à faire la lumière sur l’assassinat et à identifier les différents responsables.
En 2024, le juge d’instruction Walther Wesser Voltaire avait rendu une ordonnance dans laquelle plusieurs dizaines de personnes étaient mises en cause, parmi lesquelles Joseph Félix Badio, des ressortissants colombiens ainsi que Martine Moïse, veuve du président assassiné. Plusieurs personnes concernées ont contesté cette décision, tandis que la procédure judiciaire haïtienne s’est poursuivie.
Le ministère de la Justice a souligné que plusieurs personnes détenues en Haïti faisaient également l’objet de poursuites ou de mandats aux États-Unis. Selon les autorités haïtiennes, les éléments susceptibles d’être recueillis grâce à la coopération avec la justice fédérale américaine pourraient contribuer à approfondir l’enquête menée en Haïti, conformément aux mécanismes de coopération pénale existants.
La portée concrète de cette coopération reste toutefois à déterminer. La question se pose notamment de savoir dans quelles conditions les enquêteurs et magistrats haïtiens pourront accéder aux personnes désormais détenues aux États-Unis et aux éléments recueillis dans le cadre de la procédure fédérale.
La qualification juridique du transfert suscite également des discussions. Certains juristes haïtiens contestent l’emploi du terme « extradition » et s’interrogent sur le fondement juridique utilisé pour remettre les détenus aux autorités américaines.
Le transfert de Badio et des ressortissants colombiens intervient alors que la procédure fédérale autour de l’assassinat de Jovenel Moïse continue de s’élargir.
Christian Emmanuel Sanon, médecin et pasteur haïtiano-américain, fait notamment partie des principaux accusés poursuivis aux États-Unis. Les procureurs américains l’accusent d’avoir participé au complot initial visant à écarter Jovenel Moïse du pouvoir.
Sanon fait également face à des accusations liées à l’envoi de gilets pare-balles en Haïti et à une violation présumée de la législation américaine encadrant les expéditions militaires contre un État avec lequel les États-Unis sont en paix.
Lors du procès fédéral ayant abouti en mai à la condamnation de quatre hommes, le nom de Joseph Félix Badio avait été évoqué à de nombreuses reprises dans les témoignages et les éléments de preuve présentés devant le tribunal.
Selon des témoignages produits devant la justice américaine, Badio aurait joué un rôle important à mesure que le projet initial visant à écarter Jovenel Moïse du pouvoir évoluait vers un projet d’assassinat. Ces affirmations constituent des éléments versés au dossier judiciaire et devront être appréciées dans le cadre des procédures engagées contre lui.
Plusieurs témoins ont également affirmé que Badio se trouvait avec certains participants au complot dans les heures précédant l’attaque contre la résidence privée du président. L’un d’eux a soutenu qu’il aurait donné le signal du départ en direction du domicile de Jovenel Moïse. D’autres témoignages l’ont mis en cause dans la fourniture présumée d’armes et d’informations concernant l’intérieur de la résidence présidentielle.
Badio, qui a toujours rejeté les accusations portées contre lui, devra désormais répondre devant la justice américaine des faits qui lui sont reprochés.
Le transfert des 17 anciens militaires colombiens a également surpris leurs proches, qui s’attendaient à la poursuite des procédures judiciaires en Haïti.
Selon les témoignages recueillis par le Miami Herald, plusieurs familles affirment n’avoir reçu aucun préavis indiquant que leurs proches seraient transférés aux États-Unis.
Milena Carmona, épouse de l’un des Colombiens détenus dans le cadre de l’affaire, a expliqué que les familles attendaient encore des audiences en Haïti lorsqu’elles ont appris la nouvelle.
La perspective d’une procédure pénale aux États-Unis suscite désormais des inquiétudes supplémentaires parmi les proches des détenus. Plusieurs familles disent disposer de ressources financières limitées après avoir déjà engagé d’importantes dépenses pour assurer leur défense en Haïti.
Les ressortissants colombiens détenus dans le dossier ont, pour leur part, affirmé avoir été trompés sur la véritable nature de la mission pour laquelle ils avaient été recrutés. La question du degré de connaissance préalable de chacun d’entre eux concernant le projet d’assassinat devrait donc constituer un élément important des procédures judiciaires à venir.
Le transfert de Joseph Félix Badio et des 17 Colombiens vers Miami marque ainsi une nouvelle étape dans une affaire judiciaire qui, plus de cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, continue de se dérouler simultanément en Haïti et aux États-Unis.
Avec Miami Herald
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