La Direction générale des impôts (DGI) a annoncé, lors d’un point de presse tenu mardi 23 décembre 2025, qu’une solution est en voie d’aboutissement au dysfonctionnement lié à l’attribution des nouveaux numéros d’identification fiscale (NIF), à l’origine de blocages notamment dans la délivrance des passeports. Selon la DGI, cette situation résulte d’un manque de concertation lors de l’émission de nouveaux NIF par le ministère de l’Économie et des Finances, entraînant une incompatibilité technique avec les systèmes informatiques de la Direction de l’Immigration et de l’Émigration. Un problème que les autorités assurent désormais être sur le point d’être corrigé.
Depuis le début du mois d’octobre 2025, de nombreux citoyens haïtiens, en particulier des étudiants, des élèves et des personnes souhaitant obtenir un passeport, se sont retrouvés confrontés à une situation incompréhensible : des NIF récemment attribués par la DGI n’étaient pas reconnus par le système informatique de la Direction de l’Immigration et de l’Émigration. Résultat : des dossiers bloqués, des déplacements inutiles, des délais prolongés et une frustration croissante chez les usagers. Ce dysfonctionnement n’a pas seulement touché l’Immigration. D’autres institutions publiques, notamment l’Office d’Assurance Véhicules Contre Tiers (OAVCT), ont également rencontré des difficultés similaires, révélant un problème transversal au sein de l’administration publique.
Dès l’ouverture du point de presse, le directeur général de la DGI, Romial Petit, a tenu à clarifier un point fondamental souvent méconnu du grand public : la DGI ne crée pas les Numéros d’identification fiscale. Ceux-ci sont exclusivement générés par le ministère de l’Économie et des Finances, via une plateforme centrale à laquelle la DGI accède par réquisition. « Il était important pour nous de faire la lumière sur cette situation, car la DGI a été directement impactée par un problème qui dépasse son champ de responsabilité directe », a expliqué M. Petit. Selon lui, l’absence de concertation préalable lors de l’émission de nouveaux NIF par le MEF constitue la principale source du dysfonctionnement observé.
Sur le plan technique, le problème trouve son origine dans l’introduction, en octobre dernier, de nouveaux NIF reposant sur des algorithmes différents de ceux reconnus par les systèmes existants de la DGI et, surtout, de la DIE. Cette rupture de compatibilité a empêché toute synchronisation automatique entre les institutions. Les informaticiens de la DGI ont tenté, dans l’urgence, d’intégrer ces nouveaux numéros à leur propre système. Si des avancées ont été réalisées en interne, la difficulté persistait au niveau de l’Immigration, dont le système rejetait systématiquement les NIF non conformes à l’algorithme de validation en vigueur.
Au-delà des aspects techniques, le directeur général de la DGI a souligné les conséquences humaines de cette crise. Certains employés de l’institution ont été injustement mis en cause par des usagers excédés, alors même que la source du problème échappait à leur contrôle direct. « Cette situation a porté atteinte non seulement au fonctionnement de l’administration, mais aussi à la réputation de certains agents », a regretté Romial Petit, appelant le personnel de la DGI à la prudence et à la responsabilité dans leurs communications, y compris en dehors du cadre professionnel.
Face à l’ampleur des perturbations, une approche coordonnée est apparue indispensable. La DGI a ainsi convié des techniciens du MEF, de la DIE et d’autres institutions concernées afin d’identifier une solution durable et éviter la répétition de telles situations à l’avenir. Cette collaboration interinstitutionnelle a permis de reconnaître les erreurs initiales, et surtout de poser les bases d’un correctif technique consensuel.
Prenant la parole à son tour, Luc Emmanuel Chrysostome, directeur de l’Unité informatique de la DGI, a apporté des précisions déterminantes. Selon lui, un système temporaire avait été mis en place pour répondre à la demande croissante de nouveaux NIF, mais celui-ci s’est révélé incompatible avec les plateformes d’autres institutions clés.
Après plusieurs réunions techniques avec l’institution responsable de la génération des NIF, une décision majeure a été arrêtée : à partir de janvier 2026, les nouveaux NIF comporteront une longueur de chiffres adaptée, permettant leur intégration automatique dans les systèmes de la DGI, de l’Immigration et de l’OAVCT.
De son côté, Osselin Lambert, directeur technique de la Direction de l’Immigration et de l’Émigration, a expliqué que le NIF repose sur un algorithme datant de 1987, incluant un chiffre vérificateur destiné à prévenir les erreurs et les duplications. Toute modification non conforme à cet algorithme entraîne automatiquement le rejet du NIF par les systèmes de validation. Pour résoudre le problème sans bouleverser cette architecture historique, les autorités ont opté pour une extension de la plage des numéros utilisés, passant de certaines séries limitées à une plage élargie, tout en conservant les 10 chiffres réglementaires. « Cette solution respecte la logique de l’algorithme tout en augmentant la capacité du système », a précisé M. Lambert, ajoutant que des tests techniques concluants ont déjà été réalisés.
Autre annonce importante : tous les bureaux de la DGI connectés au serveur central du MEF, y compris en province, pourront désormais délivrer des NIF valides en temps réel. Cette mesure devrait mettre fin aux disparités régionales et faciliter l’accès aux services administratifs pour les citoyens vivant hors de Port-au-Prince.
Consciente des désagréments causés, la Direction générale des impôts a présenté ses excuses publiques aux usagers affectés par ces perturbations. Elle assure que des mécanismes de coordination et de validation technique seront renforcés afin d’éviter qu’une telle situation ne se reproduise.
Au-delà de la résolution d’un problème technique, cet épisode met en lumière les défis persistants de la gouvernance numérique en Haïti. Il rappelle l’importance d’une meilleure coordination entre les institutions publiques dans un contexte où les services administratifs sont de plus en plus interconnectés.
Si les engagements annoncés sont effectivement tenus, janvier 2026 pourrait marquer un tournant dans la gestion du NIF en Haïti, avec des retombées positives concrètes pour les citoyens, les étudiants, les voyageurs et l’ensemble de l’administration publique.
Arnold Junior Pierre
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