PubGazetteHaiti202005

Giorgio Armani, le dernier empereur de la mode italienne, est mort

Internet

L’Italie vient de perdre, avec Giorgio Armani, un génie de l’esthétique qui révolutionna l’allure de ses contemporains. Ce travailleur obstiné, parti de rien, est mort, à 91 ans, laissant derrière lui un empire de mode et une immense fortune. Une veillée ouverte à tous se tiendra ces samedi et dimanche au Teatro, son fief de Milan.

En toute discrétion. Sa vie, sa créativité, sa disparition. Jusqu’à la fin de ses jours, Giorgio Armani a entretenu la distance essentielle à une existence superflue. Une manière de se protéger et de prendre part aux bonheurs du quotidien, des plus simples aux plus luxueux, des plus futiles aux plus profonds, des plus solitaires aux plus mondains. Le créateur, né le 11 juillet 1934 à Plaisance, dans le nord de l’Italie, s’est éteint. Il laisse derrière lui des pièces culte d’un dressing qui se conjugue au masculin-féminin. Avec un style minimaliste et sophistiqué à la fois, tout en fluidité et nuances.

Lorsqu’il débute en tant que styliste indépendant, en 1970, Giorgio Armani a déjà passé neuf ans auprès de Nino Cerruti à apprendre l’art du tailoring. En 1974, il crée sa marque de prêt-à-porter avec un capital de 10.000 dollars épaulé par l’architecte Sergio Galeotti, son compagnon dont le décès à 40 ans en 1985 le laissa inconsolable. Quarante ans plus tard, il révélait dans les colonnes du Figaro que le seul regret de sa vie était « naturellement que Sergio ne puisse voir ce qu’Armani est devenu». « Sergio a été le moteur de ma carrière. Il a cru en moi avec l’inconscience de ceux qui aiment et qui, ne doutant pas de vos faiblesses, vous forcent à vous dépasser », racontait-il.

La première collection masculine est immédiatement remarquée. L’un des modèles présentés, une veste déstructurée sans doublure, fait sensation. Et va préfigurer des décennies d’assouplissement du costume et de l’allure, la fameuse « sprezzatura», du terme italien intraduisible désignant l’élégance décontractée. Cette reconnaissance encourage le binôme à développer rapidement une ligne féminine. Un an plus tard, les premières pièces pour la saison printemps-été 1976, marquent un tournant dans la mode. Milan devient, avec Paris, une capitale où s’habiller en s’affranchissant des codes anglais. L’élégance est de rigueur. Les matières et le made in Italy symbolisent des créations de grande qualité. Giorgio Armani apporte un modernisme très attendu après l’époque contestataire post-soixante-huitarde. Les femmes enfilent des costumes fluides, associés à des talons plats, pour aller au bureau. Leurs silhouettes souples révèlent leurs personnalités sans ostentation.

Une gente prête à en découdre avec les stéréotypes qui profite du savoir-faire du créateur. Celui-ci joue habilement la carte du féminin-masculin, brouille les pistes et s’affranchit des codes. Hors mode, il travaille des lignes intemporelles, sobres et élégantes. L’esthétisme Armani séduit. De saison en saison, le combo entre simplicité et raffinement fait des émules, jusqu’aux dégradés de beiges, taupes, gris et noirs. L’hiver, il décline tailleurs, robes longues et manteaux enveloppants dans des tissus lourds et chauds parfois rehaussés de broderies ou tranchant avec des tops transparents. L’été laisse place aux matières soyeuses et légères, ondulations satinées et joyeuses sur les corps dénudés. Lors d’une conférence de presse, en novembre 2019 à l’occasion de la présentation de la collection Transformisme à Milan, il déclarait : « Je veux donner aux femmes plus de liberté et de possibilités d’être différentes, ma proposition est destinée à une femme qui veut pouvoir se transformer au gré de ses humeurs et de ses sensations. Où elle veut, quand elle veut. En mixant les genres. » Un modernisme cool qui dépasse les frontières. Et ce, depuis plus de quarante ans.

Le couturier suit un scénario bien ficelé en prêtant son style aux acteurs et actrices qui comptent. En 1978, Diane Keaton reçoit, habillée en Armani, un oscar pour son rôle dans Annie Hall de Woody Allen. Le rêve américain ne fait que commencer. Deux ans plus tard, Richard Gere crève l’écran, vêtu des costumes cintrés, dans American Gigolo. Les ventes explosent et son nom circule. De cérémonie en festivals dédiés au 7e Art, il devient la référence des photocalls. Les succès se suivent. En 1987, dans Les Incorruptibles de Brian de Palma, Armani revisite les années 1930. Sean Connery, Kevin Costner et Robert de Niro se drapent de manteaux oversized, costumes trois-pièces ajustés et Borsalino. Les collaborations avec les plus grands costumiers d’Hollywood se multiplient : Ocean Thirteen de Steven Soderbergh, The Dark Knight Rises de Christopher Nolan, Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese, A Most Violent Year de J. C. Chandor, etc.


Avec Le Figaro

Politique

Culture

Economie

Sport