PubGazetteHaiti202005

Affirmant sa nationalité américaine, Boulos doit à nouveau répondre aux questions de la justice le 22 septembre prochain

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L’homme d’affaires Pierre Reginald Boulos a été auditionné hier, mardi 26 août 2025 pour une deuxième fois par le juge Jorge Pereira au Krome Détention Center. Affirmant sa nationalité américaine, il est à nouveau convoqué par le juge Pereira le 22 septembre prochain. Durant cette même journée, un juge fédéral de Floride a ordonné à  l'administration Trump d'expliquer les raisons de la détention de l’homme d’affaires Pierre Reginald Boulos au  Krome Detention Center.

Arrêté le 17 juillet à son domicile du comté de Palm Beach pour infraction aux lois sur l'immigration, Pierre Reginald Boulos,  a été auditionné pour une nouvelle fois devant le tribunal de l'immigration le mardi 26 août.  Il est accusé par l’administration Trump dans des déclarations publiques et sur les réseaux sociaux, d'être « impliqué dans une campagne de violence et de soutien aux gangs ayant contribué à la déstabilisation d'Haïti ». Sa famille a nié ces allégations. 

Avant sa dernière comparution devant le tribunal de l'immigration, les avocats de Boulos ont porté plainte contre le gouvernement américain devant le tribunal fédéral de Miami pour contester son maintien en détention au centre de traitement des services de Krome North, à Miami. Ils ont demandé à un juge fédéral d'ordonner au gouvernement d'expliquer les raisons de sa détention. Dans sa requête, Boulos affirme avoir été « illégalement détenu » par les autorités de l'immigration.

La juge de district Beth Bloom a ordonné au Département de la Sécurité intérieure de « justifier » avant le 2 septembre les raisons pour lesquelles sa requête « ne devrait pas être acceptée », selon son ordonnance rendue mardi.

L'ordonnance de Bloom est tombée alors que Boulos, 69 ans, comparaissait devant un juge de l'immigration à Krome. Vêtu d'une combinaison orange, il a été filmé, son quartier cellulaire étant en quarantaine. À plusieurs reprises, on l'a vu faire les cent pas dans la pièce. Dans la salle d'audience, une douzaine de membres de sa famille, dont ses frères et sœurs et ses enfants, écoutaient les avocats du Département de la Sécurité intérieure et de Boulos se disputer au sujet de sa citoyenneté américaine. 

Les avocats du DHS ont déclaré que Boulos avait renoncé à ce statut en 2008, mais ses avocats ont rétorqué que cette renonciation n'avait pas pris effet en raison d'erreurs de procédure commises par les autorités fédérales. 

Les avocats de Boulos ont déclaré au juge de l'immigration Jorge Pereira que le DHS n'avait pas fourni de documents établissant que Boulos n'était plus citoyen américain. Le juge, qui se demandait s'il était compétent en la matière, a ironisé : « Cette affaire s'appuie sur de nombreuses jurisprudences anciennes. »


Né à New York en 1956, il a grandi en Haïti, où il a débuté sa carrière de médecin dans les bidonvilles de Port-au-Prince avant de se consacrer aux affaires. 

Tout en devenant un homme d'affaires prospère, il s'est également imposé comme l'un des acteurs politiques les plus en vue du pays, une distinction qui lui a valu amis et ennemis. Parmi ceux qui sont venus assister à sa procédure d'immigration mardi, mais n'ont pas été autorisés à entrer, figuraient des blogueurs et des militants haïtiens qui le tiennent pour responsable des maux du pays. 

Les avocats de Boulos ont déclaré que le Département d'État n'avait pas respecté ses propres procédures de révocation de sa citoyenneté américaine après que Boulos eut fait connaître ses intentions en 2008. Des documents étaient manquants ou ne portaient pas les sceaux officiels nécessaires, a déclaré l'avocat Richard Jurgens, du cabinet Candela, Eig & Jurgens.

Les documents soumis, a déclaré Jurgens, « sont intrinsèquement erronés et ne démontrent pas que le Département d'État a suivi ses propres règles en matière de renonciation. » « Le Dr Boulos demeure citoyen américain », a-t-il affirmé, insistant sur le fait que M. Boulos ne pouvait être expulsé des États-Unis pour des raisons d'immigration. 

Lui et son associé Atara Eig ont également soutenu que le DHS n'avait pas fourni de certificat de perte de nationalité approuvé, un document officiel délivré par le Département d'État confirmant qu'une personne avait volontairement renoncé à la citoyenneté américaine. Gina Garrett-Jackson, l'avocate du DHS chargée de l'affaire, a déclaré que le gouvernement s'était acquitté de la charge de la preuve et que « la question de la citoyenneté avait été établie ». 

M. Boulos, qui est revenu aux États-Unis début 2021, n'était plus protégé par la citoyenneté américaine car il y avait renoncé, a déclaré Garrett-Jackson. Garrett-Jackson a demandé pourquoi, s'il était toujours citoyen américain, il aurait demandé un visa de non-immigrant en 2020 pour se rendre aux États-Unis, puis un statut de protection temporaire en 2021. Boulos a également demandé ultérieurement la modification de son statut pour obtenir une carte verte, alors qu'il aurait omis de révéler son engagement politique en Haïti en tant que fondateur du Mouvement de la Troisième Voie.

Pour appuyer la position du DHS, elle a cité une lettre du secrétaire d'État Marco Rubio décrivant Boulos comme étant expulsable. « Cela suffit », a déclaré Garrett-Jackson, lisant la lettre où Rubio affirmait que Boulos était « un étranger expulsable ». 

« Le secrétaire d'État lui-même a pris cette décision après examen des preuves », a-t-elle ajouté. « C'est déjà fait… Le 14 février 2008, [Boulos] a officiellement renoncé à sa citoyenneté à l'ambassade des États-Unis à Port-au-Prince. » 

Pereira, le juge de l'immigration, a déclaré qu'il n'était ni un expert en politique étrangère ni en citoyenneté, et qu'il valait mieux laisser la question à un tribunal fédéral. « Je ne pense pas pouvoir dire : “Département d'État, vous avez commis une erreur.” Je suis limité », a-t-il déclaré. 

« Je ne pense pas avoir ce genre de pouvoir. Je vais examiner la question. » Le juge a recommandé aux parties de présenter leurs arguments par écrit, précisant qu'il déciderait prochainement si Boulos peut être expulsé vers Haïti. Une autre audience est prévue pour le 22 septembre.

Pierre Reginald Boulos a comparu par devant la justice américaine pour la première fois le jeudi 31 juillet 2025. Vêtu de son uniforme de détenu orange, Boulos s’était présenté par devant le juge Pereira  avec un conseil composé de plus de vingt avocats et de ses enfants. Cette séance était déroulée à huit clos.

Lors de son audition, le patron de Delimart a été interrogé sur ses relations avec les gangs en Haïti, l’assassinat du président de la République Jovenel Moise et son statut légal aux États-Unis, avait rapporté Valério Saint Louis.

Le conseil d’avocats de Boulos avait demandé la libération de leur client sous caution. Le juge Pereira avait catégoriquement rejeté leur demande. Il avait de nouveau convoqué Pierre Reginald Boulos.

Il faut souligner que lors de son audition, un groupe de citoyens d’origine haïtienne s’était réuni devant les locaux de “ Krome Detention Center " pour dénoncer Pierre Reginald Boulos et demander de ne pas le transférer en Haïti. Dans des vidéos publiées par le journaliste James Pierre, on peut voir des protestataires avec des pancartes en main demandant aux autorités américaines de le juger et condamner aux États-Unis ou de le transférer plutôt au Salvador ou à Guantanamo.

Sur leurs pancartes sont inscrits des messages, tels que: « Reginald Boulos is a criminal ( Reginald Boulos est un criminel), Do not send Boulos to Haïti, he is a corrupt ( N'envoyez pas Boulos en Haïti, c'est un corrompu), Boulos is a terrorist ( Boulos est un terroriste ), Keep boulos in jail in the USA ( gardez Boulos en prison aux États-Unis ), entre autres. Interrogé par le journaliste Pierre, l’une des protestataires avait exprimé son désaccord quand à l’expulsion du fondateur du parti politique MTV. 

« Boulos doit être transféré à Guantanamo pour purger sa peine. C’est est un corrompu.», avait-elle déclaré. D’autres protestataires avait affirmé que « Boulos ne sera pas arrêté ni puni s’il est expulsé en Haïti. Ils croient qu’il sera de préférence « protégé et sécurisé par les autorités haïtiennes ».

Avant d'être arrêté, Pierre Reginald Boulos avait été notifié de la décision de révoquer sa résidence et qu'il devait quitter le pays. Selon une source proche du dossier, il avait prévu de quitter les USA le mercredi 16 juillet dernier. Il a finalement changé d'avis. Ayant découvert qu'il ne s'est pas présenté à l'aéroport, les agents de ICE sont allés le chercher chez lui et l’ont placé en détention. 


Détenu par le service d'exécution et d'expulsion de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), le patron de Delimart avait été transféré à la prison fédérale située dans le Nord de Miami. « Pierre Réginald Boulos, résident permanent légal aux États-Unis et citoyen haïtien est arrêté pour violation de la Loi sur l’immigration et la nationalité, en lien avec des actions ayant contribué à la déstabilisation d’Haïti », avait écrit l’immigration and customs enforcement (ICE) dans un communiqué le lundi 21 juillet dernier.


Le Département d’État a affirmé  que la présence ou les activités de M. Boulos sur le sol américain pourraient entraîner de graves conséquences négatives pour la politique étrangère des États-Unis. Selon le communiqué, les autorités ont établi qu’il s’est engagé dans une campagne de violences et de soutien aux gangs ayant contribué à l’instabilité en Haïti.

Toujours selon le communiqué, « De plus, dans sa demande de résidence permanente, M. Boulos aurait omis de déclarer son implication dans la création d’un parti politique en Haïti, le Mouvement pour la Transformation et la Valorisation d’Haïti (MTVHaïti), ainsi que le fait qu’il avait été référé pour poursuites judiciaires par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) du gouvernement haïtien pour usage abusif de prêts, ce qui constitue un autre motif d’expulsion fondé sur une fraude ».

L’Immigration and Customs Enforcement (ICE) avait confirmé à travers une publication dimanche dernier la révocation du statut  légal de l’homme d’affaires haïtien Pierre Reginald Boulos « pour avoir menti lors de sa demande ». Selon l’ICE, il  «a négligé de mentionner sa campagne de violence et son soutien aux gangs pour déstabiliser Haïti dans ses documents de candidature .»

De ce fait, il a perdu son statut légal aux USA. Boulos sera bientôt expulsé en Haïti par les autorités américaines, selon cette publication.« Il recevra un accueil chaleureux de la part de l'Unité de lutte contre la corruption du gouvernement haïtien lorsque nous l'expulserons », avait ironisé ICE, mettant en garde les autres personnes qui, dit-elle, ont agi comme Boulos. 


« Nous vous retrouverons, tout comme les agents de l'ICE de Miami ont trouvé Pierre », a-t-elle assuré. 
Il faut rappeler que lundi 21 juillet, le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait annoncé, l’ouverture de procédures d’expulsion visant des Haïtiens ayant le statut de résidents permanents légaux soupçonnés de soutenir « Viv Ansanm », une organisation haïtienne classée comme terroriste par Washington. Les États-Unis indiquent qu’ils ne permettront pas que des individus bénéficient du statut légal sur leur territoire tout en facilitant les actions d’organisations violentes ou en soutenant des groupes criminels ou terroristes à l’étranger.


Daniella Saint-Louis avec Miami Herald

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