PubGazetteHaiti202005

États-Unis : un Haïtien arrêté pour financement de terrorisme en Haïti

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Un ressortissant haïtien naturalisé américain, Bazile Richardson, a été arrêté le 23 juillet dernier à Houston, Texas. Il est accusé d’avoir « sciemment financé » le réseau de gangs armés qui terrorise la capitale haïtienne, Port-au-Prince. 


Selon les documents déposés devant la justice fédérale américaine, Richardson aurait transféré des fonds destinés à l’achat d’armes, de véhicules et au paiement de salaires pour des membres de l’alliance criminelle Viv Ansanm, dirigée par Jimmy « Barbecue » Chérizier. BAZILE Richardson est également connu sous le nom de : Fredo Pam, Fred Lion, Leo Danger, Lepe Blode et Fredo.

Des transferts occultes pour contourner les sanctions

Né en Haïti, Richardson vivait avec sa famille à Fayetteville, en Caroline du Nord, où il exploitait une entreprise de transport routier. Il aurait utilisé des messageries privées et les réseaux sociaux pour solliciter des dons auprès de la diaspora haïtienne aux États-Unis. Ces fonds étaient ensuite envoyés en Haïti, souvent par l’intermédiaire de tiers, afin de dissimuler la destination réelle de l’argent et d’éviter les sanctions imposées par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Département du Trésor américain.

Parmi les éléments retenus contre lui, les procureurs citent des messages vocaux dans lesquels Richardson explique explicitement comment contourner les restrictions financières : « Ne dites rien sur l'organisation lorsque vous envoyez de l'argent. Ils surveillent tout à cause des sanctions. »

Un soutien actif à un chef de gang sous sanctions

Jimmy « Barbecue » Chérizier, ancien policier haïtien devenu chef du G9 et de Viv Ansanm, est sous sanctions américaines depuis décembre 2020. Il est notamment accusé d’avoir orchestré plusieurs massacres à Port-au-Prince, dont celui de La Saline en 2018, qui aurait fait au moins 71 morts en 24 heures. En mai 2025, Viv Ansanm a été officiellement désignée organisation terroriste étrangère par les autorités américaines.

Les procureurs affirment que Richardson était au courant de ces sanctions. Il aurait non seulement maintenu des contacts fréquents avec Chérizier, mais se serait aussi engagé à financer tous ses projets, y compris l’acquisition d’armes lourdes. Selon l’acte d’accusation, Richardson a déclaré à plusieurs reprises vouloir « renverser le gouvernement haïtien ».

Une enquête entamée en 2022

Le document (4:25-mj-00453 sur court lins) met en lumière la complexité des financements occultes alimentant la violence en Haïti, en particulier depuis le retrait des Casques bleus de l’ONU en 2017. L'enquête contre Richardson a débuté dès la mi-2022. Les autorités américaines ont retracé plusieurs transferts effectués via des compagnies spécialisées, dont certains directement destinés à des membres identifiés de Viv Ansanm. Entre autres preuves, le ministère de la Justice cite des photos de reçus, des notes vocales, et des plans concrets de soutien logistique et financier à l’organisation armée.

Richardson aurait également eu des échanges avec des co-conspirateurs en Haïti et dans d’autres États américains, notamment à New York et au Massachusetts. Plusieurs d’entre eux auraient participé à la collecte et au transfert de fonds, à l’achat d’équipements et à l’organisation de réunions visant à planifier des actions violentes.

Risques légaux et détention provisoire

Bazile Richardson est inculpé de conspiration en vue de violer l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), une loi fédérale régissant les sanctions économiques à l’échelle internationale. Il risque de lourdes peines de prison, notamment pour avoir « sciemment violé des régulations financières dans le but de soutenir une organisation terroriste étrangère ».

Lors d’une audience préliminaire à Houston le 29 juillet, Richardson a été placé en détention provisoire. Son dossier a depuis été transféré devant une cour fédérale à Washington, où il devra répondre de ses actes.

Une affaire hautement symbolique

L’affaire révèle aussi l’implication directe de certains membres de la diaspora dans la déstabilisation politique du pays. Ce dernier cas s’agit d’un signal fort contre toute tentative de financement de groupes armés classés comme terroristes.

 

 

 

Par Wideberlin Sénexant 
Avec Houston Chronicle

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