PubGazetteHaiti202005

Sécurité privée– Haïti : 9 sénateurs américains demandent des comptes à Rubio et Noem et tirent la sonnette d’alarme

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Dans une lettre adressée le 24 juillet 2025 à Marco Rubio, secrétaire d’État, et à Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure, neuf sénateurs américains montent au créneau et réclament des explications détaillées sur l’implication d’une société militaire privée américaine en Haïti. Selon eux, un contrat liant le gouvernement à une entreprise dirigée par Erik Prince, fondateur controversé de Blackwater Worldwide, soulève de graves préoccupations. 


D’abord, les parlementaires pointent du doigt des opérations armées que menerait la société privée «sous contrat formel » avec Haïti. Les parlementaires relatent les informations du New York Times pour avancer leurs propos. Ils estiment que cette société militaire privée fournit des drones armés, des armes, et près de 150 mercenaires américains, en vue de lutter contre les gangs armés à Port-au-Prince. Les sénateurs précisent que des sources parlent d’envoi d’armes et annoncent des déploiements paramilitaires pour cet été. Or, préviennent les sénateurs, « de telles opérations risquent de compromettre la légitimité et l’efficacité de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS), approuvée par l’ONU et soutenue par les États-Unis ».


La société en question, d’après les Sénateurs, serait liée à Erik Prince, dont la réputation est entachée par les exactions de ses anciens employés en Irak. En 2007, les contractants de Blackwater Worldwide avaient tué 17 civils irakiens, dont des enfants, sur la place Nisour à Bagdad, d’après les officiels. « L’affaire incarne les dangers posés par des acteurs privés incontrôlés opérant dans des zones de conflit », soulignent les élus, qui redoutent un scénario similaire en Haïti.


La correspondance des Sénateurs américains évoque aussi une possible infraction à l’Arms Export Control Act (AECA) et au règlement ITAR (International Traffic in Arms Regulations), qui interdisent toute exportation de matériel de défense ou prestation militaire à une entité étrangère sans l’autorisation expresse du Département d’État.


Les sénateurs rappellent que l’administration Trump, en mars 2025, a annulé la politique de transfert d’armes mise en place sous Biden (National Security Memorandum-18) et relancé la doctrine antérieure de 2018 (NSPM-10), censée prévenir les transferts d’armement susceptibles de porter atteinte à la paix mondiale ou de favoriser des violations des droits humains. « Si les licences ont été accordées, leur approbation semble incompatible avec les critères relatifs aux droits humains du NSPM-10. Si aucune licence n’a été accordée, ces activités pourraient alors constituer une violation du droit américain », estiment-ils. 


Par ailleurs, selon la Leahy Law, les États-Unis ne peuvent fournir une assistance sécuritaire à des unités de forces de sécurité étrangères impliquées de manière crédible dans de graves violations des droits humains, d’après les sénateurs américains. Bien que cette loi ne s’applique pas directement aux sociétés militaires privées américaines, elle s’applique aux forces de sécurité étrangères qui collaborent ou reçoivent du soutien de ces entreprises, disent-ils. 


« La Police Nationale d’Haïti (PNH), qui bénéficierait de l’assistance américaine, a un historique bien documenté de violations et abus des droits humains, y compris des allégations crédibles d’exécutions extrajudiciaires. Si des unités de la PNH opèrent en coordination avec une société militaire privée américaine, cela pourrait exposer l’aide sécuritaire américaine à des violations indirectes de la loi Leahy », expliquent les sénateurs. 


En février 2025, le Department of Homeland Security a annoncé la fin du Statut de Protection Temporaire (TPS) pour Haïti, à compter d’août. Cette décision signifie que des milliers de ressortissants haïtiens risquent désormais l’expulsion, alors même que l’administration Trump a inscrit Haïti sur la liste des pays visés par une interdiction générale de voyage, invoquant des motifs de sécurité.


« Ces deux décisions sont foncièrement contradictoires : l’Administration affirme que Haïti est suffisamment sûr pour y renvoyer ses ressortissants, mais trop dangereux pour leur permettre de trouver refuge aux États-Unis. Les deux affirmations ne peuvent être vraies en même temps », dénoncent les sénateurs.

 

Face à ces incohérences, les sénateurs exigent des réponses précises avant le 15 août 2025. Parmi les six questions posées : Un entrepreneur militaire privé américain a-t-il demandé ou obtenu des licences d'exportation pour des articles de défense ou des services militaires fournis en Haïti ? Si oui, veuillez les identifier et fournir des copies des licences d'exportation. ; Ces licences ont-elles été examinées au titre de la NSPM-10, article 3(d), concernant les risques pour la paix internationale et les droits de l'homme ? Si oui, veuillez fournir les résultats de cet examen. Sinon, pourquoi ?Un examen interinstitutions a-t-il évalué si les activités d'un entrepreneur militaire privé américain pourraient compromettre la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) ? Si oui, veuillez fournir les résultats de cet examen. Sinon, pourquoi ? Le Département d'État a-t-il évalué si ces activités sont cohérentes, dupliquées ou en conflit avec la mission MSS de l'ONU ? Si oui, veuillez fournir les résultats de cette évaluation. Sinon, pourquoi ? 

D’autres questions ont été formulées. Les unités de la Police nationale haïtienne qui bénéficieraient de l'assistance américaine en matière de sécurité ont-elles été contrôlées au titre de la loi Leahy ? Si oui, veuillez fournir les résultats de cet examen. Si ce n'est pas le cas, pourquoi ? Qu'est-ce qui explique la contradiction entre le soutien de l'État aux opérations armées de stabilisation en Haïti et la décision du DHS de mettre fin aux protections du TPS ? Comment l'Administration concilie-t-elle la justification sécuritaire de l'inclusion d'Haïti dans l'interdiction de voyager avec son évaluation simultanée selon laquelle le statut TPS d'Haïti devrait être résilié parce que les Haïtiens peuvent rentrer chez eux en toute sécurité ?

 

 

 

Par: Daniel Zéphyr

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