PubGazetteHaiti202005

République dominicaine : les femmes enceintes haïtiennes ne sont plus à l’abri de la traque migratoire

Photo : fuente externa

Le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) tire, dans une récente publication sur Twitter, la sonnette d’alarme face aux pratiques jugées inhumaines de l’immigration dominicaine, qui cible désormais des femmes haïtiennes enceintes dans les hôpitaux et d'autres personnes en besoin de soin. Le nouveau protocole en vigueur depuis le 21 avril semble institutionnaliser ces violations.

Une femme haïtienne, visiblement sur le point d’accoucher, forcée de monter dans un bus de l’immigration dominicaine sous le regard impuissant de sa sœur, déplore le GARR. La scène, capturée le lundi 21 par le média Listín Diario, illustre selon le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) une traque méthodique des migrantes haïtiennes dans les établissements de santé en République dominicaine.

Sur son compte X, le GARR s’insurge contre ces pratiques qu’il qualifie de « discriminatoires et de profondément inhumaines ». « Cette vidéo est une preuve vivante que les autorités dominicaines traquent les femmes haïtiennes enceintes dans les hôpitaux. Cela viole non seulement leurs droits fondamentaux, mais aussi leur dignité », déclare l'organisation.

Les chiffres récemment compilés et envoyés à notre rédaction par le GARR pour le mois de mars 2025 dans les 4 points officiels témoignent d’une politique migratoire sévère à l’égard des ressortissants haïtiens :

Rapatriements par les 4 points officiels : 17 390

Retours spontanés : 18 147

Refoulements : 9 582

Mineurs non accompagnés rapatriés : 158

Femmes enceintes rapatriées : 28

Ces statistiques et viennent raviver le souvenir douloureux d’un autre cas : en novembre 2021, une jeune mère haïtienne avait été séparée de son nourrisson après une césarienne, puis déportée en Haïti, rappelle l'organisation .

Ces pratiques prennent une nouvelle ampleur avec l’entrée en vigueur, ce 21 avril, d’un protocole de contrôle migratoire dans les hôpitaux publics dominicains. Désormais, tout patient étranger doit fournir une preuve de résidence légale pour bénéficier de soins non urgents. En l’absence de documents, seuls les soins d’urgence sont autorisés. Une fois le patient stabilisé, les hôpitaux ont l’obligation d’alerter l’immigration. Des agents sont d’ailleurs postés dans chaque centre pour veiller à l’application stricte de cette mesure.

Le gouvernement dominicain, par la voix du président Luis Abinader, justifie ces décisions par la volonté de « rationaliser les ressources hospitalières » et de « garantir l’accès prioritaire des Dominicains aux soins ». Une taxe sur les soins aux étrangers a aussi été annoncée.

Mais cette politique divise. Le président du Collège médical dominicain (CMD), Dr Waldo Ariel Suero, a rappelé que les médecins « ne sont pas des agents de migration ». Il insiste : « Notre mission est de soigner, quel que soit le statut du patient. »

Si ces mesures sont annoncées pour freiner la migration irrégulière, elles  traduisent toutefois une manière de criminaliser la migration haïtienne, au mépris des droits humains les plus élémentaires. Alors que la République dominicaine multiplie les initiatives pour contenir l’arrivée de ressortissants haïtiens, les plus vulnérables — femmes enceintes, enfants, malades — semblent être les premières victimes d’une politique de plus en plus brutale.

Wideberlin SENEXANT

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