Lors d’une séance d’information consacrée à Haïti au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU), ce lundi 21 avril 2025, le ministre des Affaires étrangères de la République dominicaine, Roberto Álvarez, n’a pas mâché ses mots. Il a tiré la sonnette d’alarme sur la menace croissante que représente, selon lui, la crise sécuritaire haïtienne pour son pays. Face à une situation de plus en plus insoutenable, il a exhorté la communauté internationale à réagir de manière urgente, coordonnée et déterminée.
Dès le début de son intervention, le chancelier a dressé un tableau sombre de la réalité haïtienne. Depuis plusieurs années, les gangs armés y ont gagné en pouvoir, mais surtout en cruauté. Pour illustrer l’ampleur du drame, il a cité un chiffre glaçant : en seulement quatre mois, 378 cas de viol ont été recensés. Mais au-delà des données, ce sont surtout les drames humains qui l’interpellent. « Ce sont 378 vies détruites à jamais », a-t-il déclaré avec gravité.
Par ailleurs, dans les camps de déplacés internes, la peur est omniprésente. Les femmes et les filles, en particulier, y vivent dans une extrême vulnérabilité, constamment exposées à des agressions sexuelles, sans la moindre protection. « Chaque jour sans riposte concrète est un jour de plus où de nouvelles victimes s’ajoutent à la tragédie », a-t-il alerté.
Dans un second temps, le ministre a souligné la position géographique de son pays : « La République dominicaine est le seul pays à partager une frontière terrestre avec Haïti. » Pour lui, cette proximité constitue aujourd’hui un danger concret, allusion faite à l’incident survenu au consulat dominicain de Mirebalais. En effet, selon ses propos, deux gangs haïtiens ont ciblé la communauté dominicaine de la ville avant d’investir les locaux diplomatiques. Heureusement, le personnel avait été évacué à temps. Mais la menace s’est intensifiée. « Ces criminels ont ensuite menacé de progresser jusqu’à notre frontière », a-t-il précisé.
C’est dans ce contexte que les autorités dominicaines ont placé le pays en « alerte extrême ». Et pour marquer leur fermeté, elles ont franchi un pas supplémentaire : classer les gangs haïtiens comme des groupes terroristes. Pour le chef de la diplomatie dominicaine, il ne s’agit plus de bandes désorganisées, mais de véritables « machines de guerre », dotées de structures de commandement et d’objectifs bien définis.
« Un appel à une réponse internationale structurée »
Face à la montée en puissance de ces groupes armés, Roberto Álvarez appelle la communauté internationale à sortir de son inertie. Il propose plusieurs mesures urgentes : l’adoption de sanctions ciblées contre ceux qui financent ou protègent les gangs, le renforcement de l’embargo sur les armes à destination d’Haïti, et surtout, l’élaboration d’une stratégie commune pour désarmer ces groupes et rétablir l’ordre.
Pour autant, le chancelier n’a pas manqué de rappeler que cette position de fermeté ne signifie pas un rejet du peuple haïtien. « Nous compatissons avec nos frères haïtiens, victimes des actes impitoyables de ces groupes criminels », a-t-il assuré, tout en soulignant que le pays voisin a besoin de soutien, et non d’isolement.
Finalement, il a insisté : la crise haïtienne a dépassé les frontières nationales. Elle s’est transformée en urgence humanitaire régionale. « La situation n’est plus une simple crise interne. Elle est devenue une urgence catastrophique aux conséquences régionales », a-t-il prévenu.
Dans une dernière déclaration, il en a appelé à la responsabilité des Nations Unies et des grandes puissances. « Le temps n’est plus aux discours. Il faut agir. La République dominicaine continuera à protéger ses frontières, mais le salut d’Haïti passe par une mobilisation internationale sans précédent. »
Par Arnold Junior Pierre
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