Haïti franchit un seuil alarmant. Selon une mise à jour de l’analyse IPC (mars à juin 2025), 5,7 millions de personnes — soit 51 % de la population analysée — sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë. L’article de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA), publié le 16 avril, révèle que ce chiffre dépasse déjà les prévisions établies en 2024. Parmi ces personnes, 2,1 millions se trouvent en situation d’Urgence (Phase 4) et 8 400 en situation de Catastrophe (Phase 5).
Ces données préoccupantes surviennent dans un contexte de violences accrues, de déplacements massifs — avec 1,04 million de personnes déplacées internes — et d’une inflation galopante atteignant 30 %.
La dégradation de la sécurité alimentaire en Haïti atteint un niveau historique. Alimentée par l’intensification des violences armées, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, dans l’Ouest et dans l’Artibonite, la crise humanitaire s’aggrave. La mise à jour de l’analyse IPC, couvrant la période de mars à juin 2025, confirme une détérioration continue de la situation.
Les violences ont provoqué un déplacement massif de la population. Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), environ 1,04 million de personnes étaient déplacées internes en décembre 2024 — soit une hausse de 48 % par rapport à juin de la même année. Ces déplacements forcés ont privé de nombreuses familles de leurs moyens de subsistance.
Dans le même temps, l’économie informelle — principal pilier de revenus pour la majorité des Haïtiens — est sévèrement touchée. Les chaînes d’approvisionnement sont perturbées, les prix alimentaires explosent, et l’inflation atteignait 30 % en février 2025. Les revenus des ménages étant en chute libre, beaucoup ne peuvent plus s’alimenter correctement.
En milieu rural, la situation reste tout aussi critique. Les faibles rendements agricoles, dus à des systèmes de production peu modernisés, ne suffisent pas à couvrir les besoins nationaux. À cette crise structurelle s’ajoute la suspension, depuis le début de l’année 2025, de nombreux projets d’assistance humanitaire et de programmes de résilience.
Entre août 2024 et février 2025, près de 977 000 Haïtiens recevaient chaque mois une aide alimentaire couvrant entre 25 % et 50 % de leurs besoins. Cette assistance était essentielle pour prévenir le basculement vers les phases les plus critiques de l’IPC. Or, face à l’incertitude autour du financement humanitaire, cette aide a été exclue de la mise à jour actuelle, aggravant davantage la situation.
Par rapport à la période précédente (août 2024 – février 2025), la population en Phase 3 (Crise) ou plus a augmenté de plus de 300 000 personnes. Plus inquiétant encore : le nombre de personnes en Phase 5 (Catastrophe), essentiellement dans les camps de déplacés, est passé de 5 600 à 8 400.
Seize zones sont désormais classées en Phase 4 (Urgence), contre quinze auparavant. Parmi elles figurent : le Haut-Artibonite (HT01 et HT03), la Grand’Anse, les Nippes, le Nord-Ouest, La Gonâve, Cité Soleil, Aquin, la zone Sud-Est (HT07), ainsi que les quartiers pauvres et très pauvres de Port-au-Prince, Delmas et Croix-des-Bouquets. L’Artibonite HT01 est passée de la Phase 3 à la Phase 4. Ailleurs, la majorité des zones restent en Crise, avec des poches de population en situation d’Urgence.
Les principales causes de cette détérioration sont bien connues : l’intensification des violences liées aux gangs, la flambée des prix, la perte des revenus des ménages et l’absence d’une aide humanitaire continue. Cette combinaison de facteurs place des millions de vies en danger.
Dans ce contexte, les acteurs humanitaires appellent à une reprise immédiate de l’assistance, notamment dans les camps de déplacés et toutes les zones classées en Phase 4. Une réponse rapide, coordonnée et renforcée est indispensable pour freiner l’aggravation de la crise alimentaire et sauver des vies.
Les gangs se déchaînent. De nouveaux territoires sont en passe d’être conquis. La police, l’armée, et même les membres de force multinationale peinent à faire face à des défis sécuritaires de plus en plus complexes.
Par Wideberlin SENEXANT
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