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Victime lors de l’attaque des bandits à Mirebalais, Abel Descolines appelle à des dispositions pour libérer la ville

@Gazette Haiti News

Invité de l’émission Le Rendez-vous animée par Volcy Assad, le jeudi 10 avril 2024, l’ancien député de Mirebalais, Abel Descolines, a laissé exploser sa colère et sa profonde désillusion face à ce qu’il qualifie d’« inertie » des autorités politiques. Victime direct de l’attaque sanglante orchestrée par des bandits lourdement armés dans sa commune natale, son domicile ayant été incendié, l’ex-parlementaire en appelle à un sursaut national pour arracher Mirebalais des griffes de la violence.

L’indignation et une immense incompréhension résonnent dans la voix de Abel descolines. « Il y a eu une hécatombe à Mirebalais. Des citoyens ont été massacrés dans l’intimité de leur maison. Et pourtant, la police s’est montrée impuissante… Elle l’est encore », lance-t-il.

S’il reconnaît les limites structurelles de la Police Nationale d’Haïti, notamment le manque d’effectifs, l’ex député Descolines s’attendait néanmoins à une réaction vigoureuse, à la hauteur de la tragédie. « On pensait que la situation serait stabilisée en 24 ou 48 heures », confie-t-il, amer, alors que l’horreur se prolonge depuis déjà deux semaines.

Certains détails peuvent expliquer la difficulté dans le rétablissement de la sécurité dans la ville. Selon Anel Descolines, le haut commandement qui dirige les opérations sur le terrain ne sont qu’à 15 km de la ville de Mirebalais, théâtre des affrontements. Ce qui voudrait dire qu’un renfort doit parcourir 15 km pour prêter main forte aux hommes sur le terrain. 

Abel Descolines s’insurge également contre les annonces officielles qu’il juge fallacieuses. La police avait affirmé avoir repris Kafou Pelig, mais, selon lui, « ce territoire n’avait jamais été conquis par les bandits ». Plus encore, il avance qu’entre 300 et 400 individus lourdement armés ont mené l’attaque contre Mirebalais, certains ayant déjà regagné leur fief . « Comment se fait-il que l’Etat ne puisse donner des résultats attestant que la quantité de bandits est réduite? », se demande-t-il.

Un autre fait glaçant : le commissariat de Mirebalais, selon ses dires, aurait été évacué à peine trente minutes avant l’attaque. Le commissaire a bien été remplacé, mais « c’est un changement cosmétique », déplore-t-il, car rien n’a véritablement changé.

Les raisons profondes de cette attaque demeurent floues. Cependant, elle survient dans un contexte tendu, alors que des armes et munitions avaient été saisies récemment dans le département du Centre. La commune voisine de Saut-d’Eau, quelques mois plus tôt, avait déjà été le théâtre d’une expédition punitive du chef de gang IZO, qui affirmait vouloir récupérer une marchandise égarée.

Mirebalais, point de passage stratégique vers le Grand Nord, attire les convoitises des groupes armés. Des compagnies de transport, selon Descolines, se voient contraintes de verser jusqu’à 400 000 gourdes par semaine aux criminels pour garantir la sécurité de leurs trajets.

Le drame humain est tout aussi accablant : plus de 30 000 habitants ont fui la commune, certains trouvant refuge jusqu’aux confins du Nord-Est. « Il n’y a eu aucune prise en charge des déplacés internes », dénonce-t-il avec amertume.

Les pillages, les incendies et les exécutions sommaires ont semé la désolation à Mirebalais. Même l’hôpital universitaire a failli tomber sous les assauts des bandits, sans l’intervention in extremis d’unités spécialisées.

Mais c’est sans doute la présence insolente du redouté chef de gang « Lanmò San Jou » dans les rues de Mirebalais qui cristallise l’échec le plus cuisant. « Où est le service de renseignement de la PNH ? », s’interroge Descolines.

Lui-même durement éprouvé, sa maison incendiée par les hommes de la coalition criminelle Viv Ansanm, l’ancien député voit derrière cette attaque une opération téléguidée, orchestrée par des figures occultes, des « conzés », dit-il, qui manipulent les gangs comme des marionnettes. Tout cela, affirme-t-il, est survenu peu après qu’il a décidé de hausser le ton et de presser les autorités à agir. Une coïncidence ? Il en doute.

Aujourd’hui, Abel Descolines n’appelle pas à la vengeance, mais à la responsabilité. Une responsabilité républicaine, pour que Mirebalais, ville martyre, espère-t-il, ne soit plus un bastion abandonné mais un territoire reconquis par la République.


Par: Daniel Zéphyr

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