PubGazetteHaiti202005

Éditorial.-Manifestations du 18 novembre 2020: l'opposition offre un boulevard à Jovenel Moïse par ce spectacle de mauvais goût. 

Jean Charles Moise et Michel André

Ce 18 novembre 2020 marquant le 217ème anniversaire de la bataille de Vertières, deux  manifestations de l'opposition avec deux parcours et discours différents ont été organisées. Le leader de Pitit Dessalines à la tête de plusieurs centaines de partisans a pris la direction de l'ambassade américaine et des leaders du Secteur Démocratique( Nenel Cassy, Youri Latortue, André Michel, Rony Timothée etc..), quant à eux se sont dirigés vers le Palais National où se déroulaient les activités commémoratives du 18 novembre accompagnés eux aussi de plusieurs centaines de personnes. Si la manifestation conduite par Moïse a pu atteindre son objectif sans trop grandes difficultés, celle du Secteur Démocatique a par contre été dispersée depuis Delmas 48. 


Les leaders n'avaient pas les mêmes revendications. Si la manifestation du Secteur Démocratique visait à réclamer le départ de Jovenel Moïse avant même la date du 7 février 2021, celle de Moise voulait dénoncer l'ingérence des USA et dénoncer la vie chère, mais surtout « pour mettre hors jeu la classe politique ». Devant l'ambassade, Jean Charles Moïse a parlé de tout, sauf du départ de Jovenel Moïse. Il s'en est pourtant vertement pris aux leaders du Secteur Démocratique auxquels il dit « avoir donné carnet » pour avoir drainé, selon lui, plus de manifestants qu'eux.
« ceux là qui sont des avocats, qu’ils aillent plaider dans les tribunaux, ceux qui sont des médecins, qu’ils aillent soigner dans les hôpitaux et centres de santé », a conseillé ironiquement l’ancien sénateur aux autres dirigeants de l’opposition qu’il a même traité de « bande de voleurs ». 

Obnubilé par sa manifestation qu’il croit être un triomphe, le leader de Pitit Dessalines s'est aussi attaqué à Rony Collin (considéré comme son allié), Jean Monard Metellus et maître Morin de RCH200. Il leur demande de se ressaisir pour l'avoir critiqué publiquement. En tout état de cause, ce mardi 18 novembre, seul Jovenel Moïse a gagné. Il est sûrement en train de rire  dans sa barbe  devant un tel spectacle.


Sur les ondes de Radio Caraïbes tôt ce vendredi au journal Premye Okazyon, André Michel, porte-parole du Secteur Démocratique descend en flammes le leader de Pitit Dessalines qu'il accuse de s'allier avec G9, Jovenel Moïse et PHTK  pour détruire l'opposition. " Si mwen menm André Michel ak Youri Latortue ta desann Pont Rouge Babecue tap koupe tèt nou ", a-t-il lancé, en référence à la présence de Moïse dans cette zone interdite à l'opposition pour hisser son drapeau noir et rouge sans être inquiété. 

Les luttes fratricides se sont donc encore poursuivies ce 18 novembre au profit du pouvoir contre lequel ils disent lutter. L'histoire, dit-on, est un éternel recommencement. Sept (7) ans plus tard les choses n’ont pas trop évolué au niveau des leaders de l'opposition.  


Un petit rappel:  le 29 novembre 2013  sous la houlette de Jean Charles Moïse, alors sénateur de la république, une manifestation contre Michel Martelly devant l'ambassade américaine s’annonçait gigantesque et aurait pu sonner le glas du pouvoir jusqu'à ce que « Fanmi Lavalas » soit intervenu pour la dérouter de son parcours en annonçant une autre manifestation à Ruelle Vaillant. Et on connaît la suite: une branche ( la plus importante) s'est dirigée devant l'ambassade et l'autre à la ruelle Vaillant. Résultats:  mobilisation cassée en faveur des « Tèt Kale ».

L'histoire est têtue: Sept ans plus tard, à part le profil bas gardé ces temps-ci par le parti de l’ex président Jean Bertrand Aristide, la configuration de l'opposition n'a vraiment pas changé. Aujourd' hui encore, elle n’arrive toujours pas à parler le même langage et d'une seule voix. Alors que dans l'opinion publique, n’ayons pas peur de le dire, la perception concernant l’opposition n’est pas du tout élogieuse, on critique amèrement les querelles suicidaires au sein de ce secteur, les opposants, au lieu de chercher à y remédier, continuent d'envoyer des signaux portant le sceau de la plus grande division. Dans les médias, toute une bataille entre des frères ennemis. Ce 18 novembre, qui aurait dû être au moins, à défaut d’un moment d’union nationale ( pouvoir-opposition, société civile...), une date de ralliement entre les forces de l’opposition, s’est encore une fois transformé en une date honteuse de querelles mesquines, à l’opposé de ce qu’ont accompli les héros de l’indépendance.  Avec les propos de Moïse Jean Charles devant l’Ambassade des États-Unis à l’endroit de ses ex-camarades de lutte, une ligne rouge a été franchie. 

  Lors d'une conférence jeudi dernier pour confirmer cette journée de mobilisation ,  Moïse avait  réitéré son appel à la population d'aller manifester devant la représentation diplomatique des USA. Cependant, à aucun moment, la question du départ de Jovenel Moïse au plus tard le 7 février 2021 n'a été évoquée par l’ancien sénateur. Depuis un certain temps, cette question n'est pas trop limpide dans le discours de celui qui fut considéré comme le principal pourfendeur de PHTK. Autres temps, autres moeurs? L'ex candidat à la présidence déjà en campagne pour les prochaines élections s’éloigne de plus en plus des revendications de ses « autres camardes » de l'opposition. 

En raison de la division qui ronge l'opposition, la montagne n'a accouché que d'une souris ce 18 novembre. Très peu de gens sont descendus dans les rues et c'était prévisible. Au lieu d'ébranler le pouvoir, cette molle journée de mobilisation n'a fait que renforcer le président Jovenel Moïse dans sa fonction et ses décisions. Alors que les deux branches de l'opposition se battaient dans les rues, le Chef de l'État pour une rare fois depuis son accession au pouvoir, a pu commémorer les 217 ans de la bataille de Vertières en toute tranquilité au Palais National. Grâce à cette oppositiion qui doit être repensée, Jovenel Moïse qui ne pouvait même pas circuler dans le pays l'année dernière, a tout un boulevard devant lui. Les épines sur le chemin de la durée de son mandat ( 7 février 2021 ou 2022) sont enlevées peu à peu par le comportement de cette même opposition qui prétend le combattre. 

Du train que cela va, par ce spectacle de mauvais goût offert sur la place publique, les opposants sont en train de justifier la méfiance d’une grande partie de la population à leur endroit et donner raison à ceux qui souhaitent que d'autres leaders capables de projeter une image plus responsable émergent. 

 

 

Par Jose Emmanuel

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