À l’occasion de la Journée internationale des coopératives d’épargne et de crédit, célébrée le 15 octobre, la Banque de la République d’Haïti (BRH) a mis en lumière le rôle essentiel des Coopératives d’Épargne et de Crédit (CEC) dans le système financier national. Malgré un environnement marqué par des difficultés économiques et sécuritaires persistantes, ces institutions continuent de mobiliser l’épargne et de répondre aux besoins financiers de leurs membres.
Face aux multiples crises que traverse le pays, les caisses populaires demeurent un pilier financier pour de nombreuses communautés. Elles facilitent l’accès aux services financiers pour les populations insuffisamment desservies par les institutions bancaires traditionnelles et contribuent ainsi au renforcement de l’inclusion financière dans plusieurs régions du territoire national.
Dans certaines localités, notamment à Dano, Belle-Anse et Mare-Rouge, les CEC constituent parfois les seules institutions financières accessibles. Dans un contexte où l’insécurité entrave les déplacements et complique l’accès aux services bancaires, cet ancrage local revêt une importance particulière.
Selon les données publiées par la BRH, le secteur des CEC affichait, au 30 juin 2026, un actif total de 40,13 milliards de gourdes, des dépôts de 32,60 milliards de gourdes et un portefeuille de prêts nets de 20,19 milliards de gourdes. Ces indicateurs témoignent de la capacité du secteur à maintenir ses activités malgré les nombreuses difficultés auxquelles le pays est confronté.
À la même date, les Coopératives d’Épargne et de Crédit comptaient 1 520 094 membres, dont 50 185 emprunteurs. Parmi ces derniers figuraient 49 380 personnes physiques, dont 19 535 femmes, représentant 39,6 % des emprunteurs individuels.
Les crédits accordés par les caisses populaires répondent à des besoins diversifiés, notamment le financement d’activités commerciales, le paiement des frais de scolarité et de santé ainsi que l’acquisition d’intrants agricoles. Ces services contribuent au soutien des activités économiques locales et à l’amélioration des conditions de vie des sociétaires.
La BRH rappelle que les coopératives fonctionnent selon le principe démocratique « un membre, une voix ». Les sociétaires participent à la gouvernance de leur institution en élisant leurs dirigeants lors des assemblées générales, en prenant connaissance des rapports annuels et en contribuant aux décisions importantes.
Ce mode de fonctionnement vise à favoriser une gestion transparente, responsable et orientée vers les intérêts collectifs des membres.
Pour continuer à remplir leur mission au sein des communautés, les CEC doivent toutefois maintenir une gouvernance saine et une gestion rigoureuse des risques. À cet effet, la circulaire n° 10 de la BRH, publiée le 9 octobre 2024, définit les principes destinés à encadrer leur gouvernance.
Les mécanismes de contrôle, les exigences de transparence et les dispositifs de continuité des activités visent notamment à préserver la confiance des sociétaires, à protéger leurs ressources financières et à garantir la pérennité des services offerts.
Un encadrement légal spécifique pour protéger les sociétaires
Les Coopératives d’Épargne et de Crédit, communément appelées caisses populaires, occupent une place importante dans le développement économique et social d’Haïti. Conscient de leur rôle, le législateur a établi un cadre juridique destiné à renforcer l’encadrement, la supervision et le contrôle du secteur, tout en protégeant les intérêts des déposants.
Selon l’article 1er de la loi sur les coopératives d’épargne et de crédit, ce texte régit la constitution, l’organisation, le contrôle et la surveillance des coopératives ainsi que de leurs fédérations.
L’article 2 définit la coopérative comme une entreprise dotée d’objectifs, d’une structure et d’organes administratifs qui la distinguent des sociétés commerciales traditionnelles.
Au-delà de leur mission financière, les CEC ont également pour vocation de favoriser la coopération entre leurs membres, de promouvoir l’éducation économique, sociale et coopérative et d’encourager les relations entre les différentes organisations du mouvement coopératif.
La loi précise qu’une CEC est une institution financière coopérative dont l’activité principale consiste à recevoir les dépôts de ses sociétaires et à leur accorder des crédits. Sa reconnaissance légale relève du cadre institutionnel associant le Conseil national des coopératives (CNC) et la Banque de la République d’Haïti.
Par ailleurs, l’article 3 prévoit qu’une coopérative peut, à titre provisoire et sous certaines conditions, offrir des services à des usagers qui ne sont pas encore membres. Ces derniers doivent toutefois régulariser leur situation en devenant sociétaires dans un délai de trois à six mois.
Au demeurant, l’article 4 dispose que les activités des CEC sont essentiellement réservées à leurs sociétaires, sous réserve des exceptions prévues par la loi. Ces activités ne relèvent pas d’une logique commerciale traditionnelle fondée sur la recherche du profit, mais s’inscrivent dans une démarche de service, d’entraide et de solidarité entre les membres.
Likenton Joseph
- Log in to post comments


