PubGazetteHaiti202005

Aux Mardis de la Nation, le directeur général du FNE, Élysée Collagène, présente sa stratégie pour assainir le financement de l’éducation

@Tamarre Pierre

A l'occasion de la 33ᵉ édition des Mardis de la Nation, le directeur général du Fonds national de l’éducation (FNE), Élysée Collagène, a présenté une réforme destinée à renforcer la crédibilité, la transparence et la durabilité de l’institution. Confronté à de longues années de critiques sur sa gouvernance et la gestion de ses ressources, le FNE entend, sous cette nouvelle direction, corriger ses faiblesses et devenir un véritable levier pour le financement efficace du système éducatif haïtien.

Face à ce constat, la direction du FNE a décidé d’agir sur plusieurs fronts à la fois. L’un des premiers axes de la réforme concerne la normalisation des pratiques internes. Des manuels de procédures financières et comptables sont actuellement en cours d’élaboration afin d’encadrer plus strictement la gestion des fonds publics. L’objectif est de réduire les marges d’improvisation et d’instaurer des règles claires, applicables à tous les niveaux de l’institution.


Parallèlement, un projet de règlement intérieur a été soumis au conseil d’administration, accompagné d’un texte précisant les modalités d’application de la loi de 2017 portant création du FNE. Pour la direction, il s’agit de combler un vide juridique qui, pendant plusieurs années, a fragilisé la gouvernance de l’organisme et nourri les soupçons autour de certaines décisions.

Un autre volet central de la réforme porte sur le mécanisme d’octroi des subventions scolaires. Désormais, explique Élysée Collagène, les décisions ne relèveront plus d’une seule autorité. Elles seront prises par des instances internes habilitées, dans une logique de collégialité et de responsabilité partagée. Cette décentralisation vise à limiter les abus, tout en renforçant la crédibilité du processus de sélection des bénéficiaires.

Dans le même esprit, la direction du FNE a revu les modalités de décaissement des aides. Les chèques destinés aux frais scolaires seront désormais libellés exclusivement au nom des établissements scolaires bénéficiaires. Une mesure présentée comme essentielle pour améliorer la traçabilité des fonds et éviter toute utilisation détournée des ressources allouées à l’éducation.

Ces changements interviennent alors que le FNE a récemment procédé à l’analyse de plus de 7 000 demandes de subventions. À l’issue de ce processus, 543 bénéficiaires ont été retenus. Selon les responsables, les premières aides devraient être versées dès la semaine prochaine, dans un souci de respect des engagements pris envers les familles et les écoles.

Au-delà des réformes administratives, le FNE met également en avant un redressement financier jugé significatif. En 2023, la trésorerie de l’institution s’élevait à environ 2,5 milliards de gourdes, lourdement affectée par des dettes accumulées. Aujourd’hui, ce montant atteint 5,9 milliards de gourdes, selon les chiffres communiqués lors des Mardis de la Nation. Une évolution que la direction attribue à une meilleure discipline budgétaire et à une gestion plus rigoureuse des ressources.

Pour Élysée Collagène, cette amélioration financière ne constitue pas une fin en soi. Elle doit, au contraire, servir de base à un financement plus stable et plus équitable de l’éducation nationale. « L’enjeu n’est pas seulement de disposer de fonds, mais de les utiliser de manière juste, efficace et transparente », a-t-il insisté, rappelant que chaque gourde investie doit avoir un impact réel sur la scolarisation des enfants haïtiens.

Dans un pays marqué par les crises politiques, économiques et sécuritaires, la réforme du FNE apparaît ainsi comme une tentative de restaurer la confiance autour d’une institution clé. Les autorités espèrent qu’en misant sur la rigueur, la transparence et la bonne gouvernance, le Fonds national de l’éducation pourra redevenir un pilier du système éducatif et contribuer, à long terme, à la construction d’un avenir plus stable pour les générations à venir.

 

Arnold Junior Pierre

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