PubGazetteHaiti202005

Haïti : Un an après l’accord du 3 avril, l’OPL exprime sa déception face à l’échec du pouvoir en place

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Un an après la signature de l’accord du 3 avril 2024, censé ouvrir la voie à une transition politique stable en Haïti, l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), signataire de ce pacte qui n’a jamais été rendu public, tire un bilan accablant. Le parti dénonce une détérioration continue de la situation sécuritaire et accuse le Conseil présidentiel de transition (CPT), ainsi que le gouvernement de manquer de volonté et de capacité pour restaurer l’ordre.

Dans un communiqué publié ce 2 avril, à la veille de cet anniversaire, l’OPL exprime son indignation face à l’inaction des autorités, qui assistent, selon elle, « passivement à la disparition du pays et de sa population ». Alors que l’accord du 3 avril 2024, signé aussi par l’OPL et plusieurs secteurs politiques, visait à mettre fin à la mauvaise gouvernance et à garantir la sécurité des citoyens, le parti constate une aggravation de la crise.

L’attaque récente contre la commune de Mirebalais, après la perte de contrôle de plusieurs zones de la zone métropolitaine, symbolise cet échec. L’OPL, [parti représenté au CPT par Edgard L. Fils, NDLR], déplore que, loin de restaurer l’autorité de l’État, la transition ait entraîné une nouvelle fragmentation du territoire, laissant des pans entiers du pays sous la coupe de groupes armés.

Un Conseil présidentiel et un gouvernement inefficaces

Pour le parti, l’incapacité du CPT et du gouvernement à prendre des décisions efficaces est flagrante. L’OPL critique notamment le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qui, malgré ses engagements, ne parvient pas à rétablir l’ordre ni à créer les conditions propices à l’organisation des élections.

Le parti dirigé par Ketel Jean-Philippe s’insurge également contre « la monopolisation par la Primature de l’utilisation des drones, qui sont utilisés uniquement par une structure qu’elle a mise en place ». Pour le mouvement politique, le fait que cet outil essentiel dans la lutte contre le terrorisme soit exclusivement utilisé par la "Task Force" mise en place, et non gérée par la police, entrave encore davantage les efforts sécuritaires.

Alors que la transition devait préparer la tenue d’élections générales et la réforme constitutionnelle, l’OPL constate qu’aucune avancée significative n’a été réalisée après douze mois. Le parti juge désormais improbable la tenue du scrutin en 2025, à moins d’un sursaut des autorités pour rétablir l’ordre.

 

Face à cet échec, l’OPL formule plusieurs demandes :

La mise en place immédiate d’un gouvernement compétent, déterminé à restaurer la sécurité et organiser les élections. Puis l’octroi de moyens matériels et logistiques à la police et à l’armée pour lutter efficacement contre le terrorisme. Ensuite, l’adoption de mesures pour venir en aide aux personnes déplacées par la violence. Et enfin, l’arrestation des criminels et complices impliqués dans l’insécurité généralisée.

Le parti appelle également, dans sa note, la population à poursuivre la résistance contre le terrorisme et demande à la police nationale de cesser de réprimer les manifestations légitimes des citoyens réclamant leur droit à la sécurité.

Plus d’un constate l’échec cuisant de cette transition. Déjà, à Port-au-Prince, depuis février 2025, plus de 60 000 personnes sont déplacées, selon l’OIM. De nouveaux territoires sont tombés sous le contrôle des gangs armés, 85 % de Port-au-Prince étant sous leur coupe malgré la présence d'une mission multinationale de soutenir soutien a la sécurité.  De plus, c’est sous cette transition qui compte neuf présidents que Port-au-Prince a été classée première parmi les villes les plus violentes du monde en 2024, selon une instance mexicaine.

 

 

Par Wideberlin Senexant

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