PubGazetteHaiti202005

Rapport de l’ONU: les gangs utilisent des banques de Carrefour pour encaisser les rançons

Rapport de l’ONU: les gangs utilisent des banques de Carrefour pour encaisser les rançons

Selon le rapport du Groupe d’experts des Nations unies, les gangs armés opérant dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et ses environs utilisent diverses méthodes pour commettre des enlèvements et percevoir des rançons. Les enquêtes du Groupe d’experts ont révélé que les enlèvements prenaient des formes variées, tant en ce qui concerne le profil des personnes visées que les modalités de versement des rançons.

Selon le document, celles-ci sont généralement remises soit en espèces, en une seule fois, par l’intermédiaire de personnes servant de relais aux gangs, soit par des transactions bancaires effectuées sous la contrainte, les victimes étant conduites dans des établissements bancaires pour procéder elles-mêmes aux paiements.

Par ailleurs, cette dernière méthode serait de loin celle privilégiée par les gangs et la plus couramment utilisée. Selon le rapport des experts des nations unies, elle implique parfois de longues négociations entre, d’une part, le chef du gang ou son représentant et, d’autre part, la famille, les proches ou les amis des victimes.

Alors que la plupart des établissements financiers ont cessé leurs activités dans les zones contrôlées par les gangs, plusieurs de ceux situés dans la commune de Carrefour demeurent opérationnels. Le rapport révèle que plusieurs sources, notamment un ancien membre de gang disposant d’une connaissance directe de leur fonctionnement, ont expliqué au Groupe d’experts les méthodes employées par les groupes armés.

À cet effet, elles ont notamment indiqué que des gangs issus de différentes communes du département de l’Ouest conduisaient leurs victimes ou leurs proches à Carrefour afin d’y retirer les fonds destinés au paiement des rançons. Elles ont également expliqué pourquoi la commune de Carrefour était devenue un véritable sanctuaire pour les activités économiques des gangs, car les autorités y menaient un nombre limité d’opérations de sécurité.

De surcroît, le Groupe d’experts des Nations unies a adressé également des demandes d’information à plusieurs banques disposant d’agences à Carrefour, ainsi qu’à la Banque de la République d’Haïti (BRH), qui assure la réglementation et la supervision du système bancaire et financier du pays.

En réponse, la Banque a indiqué avoir reçu des signalements concernant deux cas dans lesquels des chefs de gangs, des membres de gangs ou des personnes qui leur sont associées auraient eu recours au système bancaire à des fins financières illicites.
Le Groupe d’experts a notamment enquêté sur un cas impliquant Ralph Woodmyr Louissaint, alias « Chalè », membre de Viv Ansanm, et l’une de ses concubines, Graciani S. Jean Louis, alias « Smelca », qui, dit-il, détenaient des comptes dans l’une des banques de Carrefour au début de l’année 2025.

Selon le rapport, deux sources ainsi qu’une personne proche du réseau de chef de gangs « Chalè » ont fait savoir que cette dernière avait été chargée d’accompagner Lourdemya Raphael, également présentée comme une concubine de Chalè, dans une banque située à Diquini, dans la commune de Carrefour, afin de faire transférer à son nom le compte bancaire de Chalè.

En outre, le Groupe d’experts a sollicité des informations complémentaires auprès de la banque concernée, laquelle aurait confirmé notamment qu’en janvier 2026, « Smelca », la concubine de Chalè, avait accordé une procuration sur son compte à un tiers.

Selon le rapport, les banques situées dans la commune de Carrefour figurent parmi les établissements utilisés par les gangs armés pour effectuer les transactions liées au paiement des rançons avant la libération de leurs otages.


Likenton Joseph

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