Le ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE) a organisé le vendredi 24 juillet 2026 une cérémonie de clôture et de remise de certificats marquant l’aboutissement d’un programme spécial de formation consacré à la performance des politiques publiques. L’initiative, destinée aux cadres des Unités d’études et de programmation (UEP) des institutions publiques, entend renforcer les compétences techniques nécessaires à une meilleure conception, exécution et évaluation de l’action de l’État.
La cérémonie s’est déroulée en présence de plusieurs membres du gouvernement, notamment les ministres de la Planification et de la Coopération externe, de l’Économie et des Finances, de la Santé publique et de la Population, de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique, du Commerce et de l’Industrie, des Travaux publics, Transports et Communications et de l’Environnement. Des représentants du corps diplomatique, des partenaires techniques et financiers, du système des Nations Unies, ainsi que des responsables d’institutions publiques et des coordonnateurs des UEP ont également pris part à l’événement.
Dans ses propos d’ouverture, le directeur général du MPCE, Guy Roméro Latry, a rappelé que cette initiative est née d’une réflexion engagée plusieurs mois auparavant autour des résultats de l’évaluation des UEP. Il a expliqué que l’objectif ne consistait pas uniquement à renforcer les connaissances existantes, mais à offrir aux cadres une compréhension plus globale du fonctionnement de l’État, de la conception des politiques de développement et des mécanismes permettant d’en mesurer les résultats.
Selon lui, cette démarche traduit une ambition institutionnelle plus large : construire une administration publique capable de mieux concevoir, coordonner et mettre en œuvre les politiques publiques. Pour le directeur général, cette évolution ne peut toutefois être portée par une seule institution. Elle nécessite la mobilisation de plusieurs acteurs autour d’une même vision de la gouvernance publique et du développement national.
De plus, la représentante des participants, Tachena Jean-Philippe, cadre de l’UEP du ministère de la Santé publique et de la Population, a pour sa part insisté sur la responsabilité qui incombe désormais aux bénéficiaires de la formation. À ses yeux, la réussite de l’initiative dépendra moins des certificats reçus que de la capacité des institutions à valoriser les compétences acquises. Elle a résumé cette responsabilité autour de trois facteurs : l’engagement individuel, la qualité du travail réalisé et la volonté des institutions de soutenir les nouvelles pratiques.
Durant le programme, les participants ont notamment travaillé sur la formulation et l’évaluation des politiques publiques, la planification stratégique, la gestion axée sur les résultats, le cycle de vie des projets d’investissement public ainsi que les mécanismes de suivi et d’évaluation. L’objectif était de permettre aux cadres de mieux relier la planification aux résultats attendus et de faire évoluer l’administration d’une logique centrée sur les moyens vers une approche davantage orientée vers l’impact.
Au nom des formateurs, Wilbens Siguineau a rappelé que la performance de l’État ne peut être dissociée de la qualité de ses politiques publiques. Il a estimé que l’administration doit être capable de partir d’un problème clairement identifié, de définir des réponses adaptées, puis de mesurer les effets réels de ses interventions. La question centrale, selon lui, reste de savoir ce que l’action publique change concrètement dans la vie de la population.
Le représentant des formateurs a également plaidé pour un suivi-évaluation davantage utilisé comme un outil de décision. Les données recueillies, a-t-il expliqué, doivent permettre d’identifier les écarts, d’en comprendre les causes et d’apporter les corrections nécessaires. Dans cette perspective, il a encouragé les UEP à privilégier des instruments simples et opérationnels, tout en renforçant la collaboration avec les directions techniques et les responsables de la mise en œuvre.
Cette approche a également été défendue par Xavier Michon, représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en Haïti. Il a présenté la formation comme un investissement dans le capital humain de l’État et a souligné que la qualité des politiques publiques ne dépend pas uniquement des ressources financières disponibles. Elle repose aussi, selon lui, sur la capacité des institutions à concevoir des interventions pertinentes, à les exécuter avec rigueur et à en mesurer les effets.
Xavier Michon a notamment appelé l’administration à abandonner une culture qui mesure principalement l’action publique à partir des dépenses réalisées ou du nombre d’activités organisées. Il a plaidé pour une approche davantage centrée sur les changements observables dans la vie des citoyens. Dans un pays confronté à des ressources limitées, il estime également que la hiérarchisation des priorités et le contrôle de la qualité des projets sont essentiels pour maximiser l’impact des investissements publics.
Le directeur général du Centre de techniques de planification et d’économie appliquée (CTPEA), Hosval Tristant, a lui aussi insisté sur la nécessité de renforcer les compétences des UEP. Il a rappelé que les ressources publiques doivent être appréciées en fonction de leur efficience, de leur efficacité, de leur cohérence, de leur viabilité et de leur impact sur l’économie réelle. Pour lui, la formation doit contribuer à repositionner les compétences techniques au cœur de la décision publique.
Dans le même esprit, la coordonnatrice résidente des Nations Unies en Haïti, Nicole Flora Boni Kouassi, a salué une initiative qui, selon elle, dépasse le cadre d’une simple formation professionnelle. Elle y voit un investissement dans la capacité de l’État à élaborer des politiques publiques plus efficaces, inclusives et adaptées aux besoins des populations. Elle a également réaffirmé l’engagement du système des Nations Unies à accompagner Haïti dans le renforcement des capacités nationales et dans l’amélioration du suivi des politiques publiques.
Elle a par ailleurs appelé à maintenir le développement durable au cœur des priorités nationales, malgré les crises qui se succèdent. Pour la représentante de l’ONU, les politiques publiques doivent prendre en compte l’ensemble de la population, notamment les enfants, les jeunes, les femmes, les personnes en situation de handicap et les groupes vulnérables. L’objectif, a-t-elle rappelé, est de construire une action publique qui ne laisse personne de côté.
Le ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, a pour sa part mis l’accent sur le lien entre le renforcement des capacités administratives et les enjeux économiques. Compétitivité, création d’emplois, soutien aux micro, petites et moyennes entreprises, protection des consommateurs et attractivité des investissements exigent, selon lui, des politiques publiques cohérentes et évaluables.
Le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin, a cependant adopté un ton plus critique sur la performance des investissements publics. Il a rappelé que la réussite d’une politique publique ne se mesure pas au volume des crédits inscrits dans un budget, mais aux résultats obtenus sur le terrain. Dans un contexte où plus de 300 projets figurent au Programme d’investissement public, il s’est interrogé sur leur impact réel et sur la capacité de la population à identifier des réalisations suffisamment visibles dans son quotidien.
Pour améliorer cette situation, Serge Gabriel Collin a proposé que chaque exercice budgétaire permette de sélectionner au moins trois projets prioritaires présentant un impact économique ou social clairement établi, une maturité suffisante, une faisabilité démontrée et une réelle capacité d’exécution. Ces projets, selon lui, devraient faire l’objet d’un suivi régulier et d’une communication claire afin que la population puisse mieux comprendre les résultats attendus des investissements publics.
La ministre de la Planification et de la Coopération externe, Sandra Paulemon, a de son côté placé les UEP au centre des efforts visant à améliorer la qualité des investissements publics. Elle a appelé leurs responsables à renforcer leur capacité à préparer les projets, produire des analyses fiables, suivre l’exécution des programmes et évaluer les résultats avec rigueur.
La ministre a également évoqué les difficultés liées au faible niveau d’exécution du budget d’investissement public. Elle a indiqué « Lè m rive nan tèt Ministè Planifikasyon an, yo te konn di m se sèlman 24 a 25% nan bidjè envestisman piblik la ki rive depanse pandan ane fiskal yo ». Après analyse, son équipe aurait constaté que plus de la moitié des projets du Programme d’investissement public retournaient aux ministères sectoriels en raison de problèmes liés à leur préparation.
Cette situation, selon Sandra Paulemon, montre que les difficultés d’exécution ne peuvent pas être imputées uniquement au MPCE. Elle estime qu’un renforcement des capacités humaines et techniques est nécessaire, aussi bien au sein du ministère de la Planification que dans les institutions sectorielles. Elle a notamment évoqué le besoin de renforcer les directions chargées de la planification économique et sociale, de l’investissement public et du suivi des projets.
La ministre a néanmoins appelé les cadres des UEP à dépasser les barrières institutionnelles et à travailler davantage en réseau. Dans un contexte où les ressources publiques sont rares et où les besoins de la population restent considérables, elle estime que chaque gourde investie par l’État et chaque contribution des partenaires au développement doivent produire un bénéfice réel pour la population.
Le Premier ministre, représenté par son directeur de cabinet, Me Axène Joseph, a enfin salué l’initiative du MPCE et l’engagement de la ministre Sandra Paulemon. Il a présenté le programme comme une étape importante dans la modernisation de l’administration publique et dans les réformes engagées par le gouvernement.
S’adressant aux cadres ayant reçu leur certificat, il les a qualifiés de « vigiles et vigies de l’action publique », en raison de leur rôle dans les études, la programmation et l’évaluation des interventions de l’État. Pour lui, la formation ne vise pas uniquement à renforcer les compétences individuelles, mais à construire une expertise collective capable d’accompagner durablement la transformation de l’administration haïtienne.
Au terme de cette cérémonie, le message qui se dégage des différentes interventions est clair : la formation des cadres ne constitue qu’une première étape. Le véritable défi commence désormais dans les institutions. Il s’agira de traduire les connaissances acquises en projets mieux conçus, en investissements mieux ciblés et en politiques publiques capables de produire des résultats visibles. Pour Haïti, où les ressources sont limitées et les attentes considérables, l’enjeu est de faire en sorte que la planification ne reste pas un exercice administratif, mais devienne un véritable levier d’amélioration des conditions de vie de la population.
Arnold Junior Pierre
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