PubGazetteHaiti202005

Mort de Stéphora Anne-Mircie Joseph en République dominicaine : le silence des autorités ravive l’indignation et l’appel à la justice

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La voix de Lovelie Joseph est encore brisée par la douleur. Deux semaines après la mort de sa fille unique, Stéphora Anne-Mircie Joseph, âgée de 11 ans, lors d’une sortie scolaire en République dominicaine, cette mère haïtienne dit vivre entre l’incompréhension, la colère et l’attente. Face à l’absence d’explications claires sur les circonstances du drame, l’affaire dépasse désormais le cadre familial et soulève des questions plus larges sur la protection des enfants haïtiens et l’accès à la justice dans un climat régional tendu.

 

« Je suis tombée des nues. Je n’arrive toujours pas à accepter que Stéphora ne soit plus là. » C’est la voix d’une mère encore sous le choc que les auditeurs de Magik 9 ont entendue, ce lundi 1er décembre. Lovelie Joseph raconte un quotidien brutalement interrompu : les réveils à l’aube, la préparation de la boîte à lunch, l’attente devant la maison en fin de journée. « J’entends encore sa voix à 5 heures du matin. Je ne peux pas encore faire le deuil », confie-t-elle, visiblement éprouvée. À cette douleur s’ajoute une frustration profonde : « Ma fille est décédée dans des circonstances troublantes et on ne me donne aucune explication. On me refuse même l’accès à la vidéo de ce qui s’est passé. Je suis exaspérée. »

 

Le drame remonte au 14 novembre 2025. Ce jour-là, Stéphora Anne-Mircie Joseph, élève brillante de l’Institut Leonardo Da Vinci, à Santiago, participait à une excursion scolaire dans un ranch privé situé à Gurabo, dans le nord de la République dominicaine. Selon les premières informations, la sortie comprenait notamment l’accès à une piscine. En fin de matinée, Lovelie Joseph reçoit un premier appel lui indiquant que sa fille a fait un malaise. Un second appel, peu après, accentue son inquiétude.

 


À son arrivée sur les lieux, la scène qu’elle découvre est, selon ses mots, « chaotique ». Présence policière renforcée, ambulances, agitation inhabituelle : « J’ai compris que quelque chose de grave s’était produit », raconte-t-elle. Aucun responsable de l’établissement scolaire ne lui fournit alors d’explications claires. « C’est finalement un policier qui m’a annoncé que ma fille était décédée », témoigne Mme Joseph, encore marquée par ce moment. Les autorités évoquent une noyade, mais sans livrer de compte rendu détaillé des faits.

 

Selon des informations relayées par des médias internationaux, dont le Miami Herald, les circonstances exactes de la mort de la fillette restent floues. L’établissement scolaire n’a toujours pas présenté un rapport circonstancié, alimentant les interrogations et l’indignation. Pour de nombreuses voix, haïtiennes comme dominicaines, ce silence est inacceptable, d’autant plus que Stéphora était décrite par sa mère comme une élève modèle, régulièrement parmi les meilleures de sa classe.

 


Au-delà du drame personnel, l’affaire s’inscrit dans un contexte politique et social particulièrement sensible. Dans un texte publié par AyiboPost écrit par le journaliste Fenel Pelissier, le silence des dirigeants dominicains est analysé à la lumière du durcissement des politiques migratoires mises en œuvre par le président Luis Abinader depuis 2020. Selon le Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (GARR), plus de 20 000 Haïtiens ont été expulsés pour le seul mois d’octobre 2025, illustrant l’ampleur des mesures en cours.

 

Plus préoccupant encore, des témoignages recueillis par AyiboPost font état d’abus graves : expulsions de femmes enceintes depuis des hôpitaux, détentions de femmes allaitantes et de leurs bébés par les services migratoires, et décès en couches dus à la peur d’être arrêtées. Dans ce climat, plusieurs organisations de la société civile dominicaine dénoncent une logique d’exclusion systémique. Le Collectivo HaitianosRD, notamment, parle d’« un État qui a historiquement politisé la haine raciale pour justifier le silence, la négligence et l’injustice ».

 

En revanche, face à la montée de l’indignation, l’Ambassade d’Haïti en République dominicaine a publié une note de presse affirmant suivre le dossier. La représentation diplomatique indique apporter un appui constant à la mère de la fillette et précise que l’affaire est désormais entre les mains du ministère public à Santiago. Selon les données préliminaires, aucune responsabilité directe de l’État dominicain n’est, à ce stade, établie, le décès n’étant pas imputable à un agent public, souligne l’ambassade, appelant toutefois à la patience, au calme et promet de rester aux côtés de la famille jusqu’aux conclusions de l’enquête.


Sur les réseaux sociaux, la mobilisation s’intensifie. Des influenceurs, des militants et de simples citoyens réclament justice pour Stéphora Anne-Mircie Joseph, refusant que son décès tombe dans l’oubli. Pour Lovelie Joseph, une seule chose importe désormais : comprendre ce qui est arrivé à sa fille. « Je ne peux pas tourner la page sans la vérité », répète-t-elle.

Dans une île partagée, mais profondément divisée, la mort de Stéphora soulève une question fondamentale : celle du droit à la justice, indépendamment de l’origine, de la couleur de peau ou du statut migratoire. Une question qui, pour beaucoup, dépasse le sort d’une seule fillette et interpelle les consciences des deux côtés de la frontière.

 

 

 

Par Arnold Junior Pierre

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