PubGazetteHaiti202005

Fête des Morts « Gede »: Port-au-Prince danse avec les esprits pour célébrer la mémoire et la vie

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Ce samedi 1er novembre 2025, plusieurs communes de la région métropolitaine de Port-au-Prince célèbrent la « Fête des Morts », «  Fête Gede ». Dans les cimetières de Delmas 34 et 75, Maïs-Gâté, Cité-Soleil et Delmas 75, les pratiquants affluent pour honorer les esprits de la famille des « Gede », gardiens du passage entre les vivants et les défunts. Entre ferveur spirituelle, mémoire des disparus et célébration de la vie, cette tradition ancestrale du vodou éclaire les nuits de la capitale d’une lumière à la fois mystique et populaire.

Dans la cosmogonie vaudou, les Gede sont les esprits de la mort, mais aussi de la renaissance : ils rappellent que la fin n’est qu’un seuil, et que la vie continue dans l’au-delà. Ainsi, la Fète Gede ne se limite pas à un rituel funèbre ; elle se transforme en hymne à la vitalité et en communion entre deux mondes. À Delmas 34, dès la tombée du jour, les premiers fidèles déposent leurs offrandes, allument des bougies et nettoient les tombes. Entre fumée d’encens et lumière tremblante des cierges, les chants s’élèvent, les tambours résonnent, et les esprits Gede semblent murmurer à l’oreille des vivants.

Par ailleurs, quatre cimetières de la métropole deviennent les épicentres de la fête. Au cimetière de Maïs-Gâté, la foule, mêlant croyants vaudouisants et curieux, se laisse fasciner par l’intensité du rituel. À Drouillard, dans la commune de Cité-Soleil, la célébration prend une portée communautaire profonde : les habitants transforment le lieu en espace de communion, dans une atmosphère grave mais vibrante. Enfin, au cimetière de Delmas 75, la veillée se tient dans l’intimité, ponctuée de chants, de tambours et de danses rituelles, rappelant la présence constante des ancêtres dans la vie quotidienne des Haïtiens.

Dans chacun de ces cimetières, la filiation entre vivants et morts s’exprime avec force. Les danses lascives, les verres de rhum partagés, les piments forts et les visages peints de blanc, noir ou violet incarnent la puissance symbolique des Gede. Ceux qui sont « montés » par les esprits se distinguent par des gestes solennels : chapeau haut-de-forme, lunettes noires, canne à la main et poudre blanche sur le visage. Dans un geste parfois audacieux, certains versent du rhum pimenté sur leur peau pour affirmer la vitalité de l’au-delà. Plus qu’un simple rituel, la Fèt Gede devient un carnaval des esprits, un moment joyeux pour honorer la mémoire, où les vivants dialoguent avec leurs morts, leur offrant café, maïs grillé ou clairin.

Organisée dans un contexte urbain marqué par l’insécurité et les tensions sociales, cette célébration devient également un espace de cohésion et de résistance culturelle. À Cité-Soleil, le cimetière de Drouillard illustre la résilience d’une communauté qui refuse de laisser s’éteindre le lien avec les ancêtres. De fait, chaque célébration, même modeste, devient un acte de mémoire et de préservation culturelle.

Enfin, la jeunesse joue un rôle clé dans la continuité de la Fête Gede. Les jeunes nettoient les tombes, préparent les offrandes et coordonnent les groupes de tambours et de chants. « Nous le faisons pour nos ancêtres, mais aussi pour nos enfants », confie un jeune vodouisant à Delmas 34. Par leur engagement, ils assurent la transmission de cette tradition ancestrale, tout en affirmant une identité collective souvent marginalisée.

Ce 1er novembre 2025, la Fête Gede dans la zone métropolitaine dépasse le cadre d’un simple rituel vaudou : elle devient un moment de communion, de joie partagée et de respect mutuel. Dans la lueur tremblante des cierges, les fidèles affirment silencieusement : « Nous sommes là, nous existons, nous continuons. » Et les esprits Gede semblent répondre : « Nous aussi. »

 

 

 

Par Arnold Junior Pierre

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