PubGazetteHaiti202005

L’ULCC réclame des poursuites contre la ministre Niola Octavius pour détournement présumé de 10 millions de gourdes

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L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) pointe du doigt la ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC), Niola Octavius, soupçonnée d’avoir détourné dix millions de gourdes initialement destinés aux festivités de commémoration de la bataille de Vertières. Selon un rapport officiel de l’institution rendu public ce vendredi, la ministre, son chef de sécurité et le comptable principal du ministère seraient impliqués dans un réseau de détournements de fonds publics. L’ULCC recommande l’ouverture de poursuites judiciaires.


Tout aurait commencé le 15 novembre 2024, à trois jours de la commémoration de Vertières. Le ministère des Finances valide un décaissement de dix millions de gourdes pour le MJSAC. Pourtant, le contrôleur financier avait d’abord refusé la transaction, signalant des irrégularités. Malgré tout, la ministre Octavius obtient une autorisation exceptionnelle pour émettre un chèque au nom de son comptable en chef, Ludner Vogel Desforges. Au lieu d’être versé sur un compte institutionnel, l’argent est déposé sur un compte privé à la Banque Nationale de Crédit (BNC), une violation flagrante des règles de comptabilité publique, selon l’ULCC.


Le 22 novembre 2024, les enquêteurs constatent plusieurs retraits inexpliqués. Sur les dix millions de gourdes, 7,6 millions auraient été remis en espèces au chef de sécurité de la ministre, Jean Vilaire Maitre. Des conversations WhatsApp, validées par un juge de paix, indiquent que ces transactions étaient effectuées sous les instructions de la ministre.
Un retrait de deux millions de gourdes, le 26 novembre, a été suivi du dépôt du même montant sur le compte personnel de Niola Octavius, renforçant les suspicions de détournement. Le 29 novembre, le comptable Desforges tente de transférer un million de gourdes vers son compte personnel, opération avortée pour une erreur de numéro de compte, mais confirmant, selon l’ULCC, sa complicité dans le scandale.


L’ULCC souligne que plusieurs paiements réalisés avec l’argent destiné aux festivités n’avaient aucun lien avec la commémoration. Parmi eux : 400 000 gourdes versées à un athlète pour une compétition internationale et 700 000 gourdes pour une prestation de sonorisation non facturée. Plusieurs entreprises bénéficiaires n’avaient pas de patente valide au moment des transactions, révélant un manque total de transparence et de contrôle.


Lors des auditions, les principaux acteurs donnent des versions divergentes. Le comptable Desforges affirme avoir agi sous la pression de la ministre, tandis que le chef de sécurité, Jean Vilaire Maitre, nie initialement avoir reçu de l’argent, avant d’être confronté à ses signatures sur des reçus. Les dépôts effectués sur le compte personnel de la ministre sont présentés à la banque comme issus d’activités commerciales, une tentative, selon l’ULCC, de dissimuler la provenance des fonds.


Le rapport accuse directement Niola Octavius d’abus de fonction et de détournement de fonds publics. L’institution recommande un audit complet de sa gestion par la Cour Supérieure des Comptes et la mise en mouvement de l’action publique contre elle pour détournement de biens publics et association de malfaiteurs.


Le comptable Desforges est accusé de tentative de détournement et de mauvaise gestion comptable, tandis que Jean Vilaire Maitre est poursuivi pour complicité. Selon l’ULCC, les trois protagonistes auraient formé un véritable réseau pour détourner les fonds destinés aux festivités.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de révélations récurrentes sur la corruption en Haïti. L’ULCC a récemment remis plusieurs rapports sur la gestion controversée des cartes de débit du SNGRS, ainsi que sur la Télévision Nationale d’Haïti (TNH), l’Université Publique du Bas-Artibonite (UPBAS) et la mairie de Ouanaminthe.


Pour de nombreux observateurs, la question centrale demeure : la justice haïtienne agira-t-elle ou ce rapport rejoindra-t-il la longue liste des dossiers enterrés ? « La mémoire des héros de Vertières mérite mieux que d’être éclaboussée par des scandales financiers, confie un enseignant de Port-au-Prince. Quand l’argent du peuple est volé, c’est la dignité nationale qui est piétinée ».


Arnold Junior Pierre

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