Le Commissaire du Gouvernement de Port-au-Prince, Me Frantz Monclair, s’est rendu dans plusieurs commissariats de la région métropolitaine de Port-au Prince ce vendredi 20 juin 2025, pour exprimer son appui à la Police nationale et prendre la mesure des réalités dans ces cellules devenues surpeuplées depuis les attaques des grandes prisons. Entre promesses d’assises criminelles et détention prolongée, les prisonniers ne font qu’attendre leur jugement.
Dans un contexte d’effondrement du système carcéral, suite à l’assaut coordonné du 2 mars 2024 contre les deux plus grandes prisons du pays par des groupes armés, les commissariats de police de la région métropolitaine se sont mués en centres de détention improvisés. À Delmas 33, Pétion-Ville, Port-au-Prince ou encore au sous-commissariat de Canapé-Vert, les cellules débordent de détenus, souvent sans procès, dans des conditions inhumaines.
Lors de sa tournée, Me Frantz Monclair a voulu marquer un double engagement : renouveler la solidarité du parquet envers les forces de l’ordre, et annoncer des mesures pour accélérer les procédures judiciaires. « Des assises criminelles auront bientôt lieu, avec ou sans assistance de jury, pour réduire la population carcérale et rendre justice aux détenus », a-t-il affirmé.
Au Cermicol, centre de rétention installé à Delmas 33, la situation est particulièrement préoccupante. Ce site accueille 549 détenus, hommes, femmes et mineurs confondus, dans un espace exigu où les droits humains les plus élémentaires ne sont pas respectés. Rita Mitice, une femme incarcérée depuis 2016 sans avoir jamais comparu devant un juge, raconte : « On dort debout, il n’y a pas d’eau, ce sont les gens de l’église qui nous apportent de quoi boire. »
À Delmas 33, certains détenus affirment être en garde à vue depuis plus d’un an. Ils demandent à être jugés ou libérés. L’indignation est palpable. Ces hommes et femmes vivent dans l’attente, privés de procédure, de défense, et souvent de soins.
Au commissariat de Port-au-Prince, situé au cœur de la lutte pour le contrôle du Champ de Mars, on compte seulement 34 personnes détenues, dont trois femmes. À Canapé-Vert, le nombre de détenus s’élève à 21, tandis qu’au commissariat de Pétion-Ville, on recense 41 personnes en détention, dont sept femmes et trente-trois hommes. Ces chiffres cachent toutefois une réalité bien plus préoccupante : la justice haïtienne, profondément fragilisée par la crise et la violence, est aujourd’hui dans l’incapacité de fonctionner normalement.
Depuis l’assaut du 2 mars 2024, les prisons de Port-au-Prince et de Croix-des-Bouquets sont restées hors service. Plus de 5 000 prisonniers se sont évadés ce soir-là. Aucun chiffre officiel n’a encore été publié pour mesurer l’ampleur réelle des évasions, mais le chaos judiciaire en cours en est une conséquence directe.
Le groupe criminel « Viv Ansanm », responsable de ces attaques, continue de semer la terreur dans le pays. Tandis que les commissariats luttent pour contenir la surpopulation carcérale, la société civile s’inquiète d’un système pénitentiaire qui ne garantit plus ni justice, ni dignité.
En attendant des assises promises mais encore floues, des voix comme celle de Rita et de centaines d’autres croupissent dans l’indignité, suspendues à un État failli.
Par Arnold Junior Pierre
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