À huit mois de la fin du mandat prévu par l’accord politique du 3 avril 2024, Frinel Joseph, le membre observateur du Conseil présidentiel de transition (CPT), exprime ses profondes inquiétudes quant à l’inefficacité du Conseil présidentiel de Transition (CPT). Dans une correspondance rendue publique ce lundi 16 juin 2025, il exhorte ses collègues à dépasser leurs divisions internes et à honorer leurs responsabilités historiques envers la nation haïtienne.
Dans une lettre aux accents graves, Frinel Joseph rappelle que le CPT est né d’un consensus politique large, destiné à combler le vide laissé par le départ du Premier ministre Ariel Henry en mars 2024. « Le Conseil présidentiel de transition a pour mission de ramener la sécurité, de piloter un référendum et d’organiser des élections légitimes d’ici février 2026 », souligne la lettre.
Toutefois, plus d’un an après son installation au palais national, le 25 avril 2024, le bilan reste mitigé, selon le conseiller dans la lettre. « Le CPT est bloqué », déclare-t-il dans ce document sans détour, dénonçant des conflits internes persistants et une défiance croissante entre les membres.
Le conseiller-president Frinel Joseph pointe notamment du doigt « le non-respect des engagements initiaux, comme l’adoption d’un code d’éthique, et l’absence de transparence autour des allocations financières destinées aux conseillers présidentiels ». « J’avais proposé une note publique de clarification pour couper court aux rumeurs circulant dans les médias et sur les réseaux sociaux. Elle n’a jamais été publiée », peut-on lire dans la correspondance.
Le membre observateur du CPT critique également « la décision du Conseil d’instaurer une présidence tournante, qu’il considère contraire à l’esprit de l’accord du 3 avril ». Selon lui, ce mécanisme a installé un climat de suspicion et fragilisé la continuité des responsabilités. « Ce système de rotation engendre des problèmes à chaque transition, et accentue la méfiance », soutient-il.
Malgré certaines avancées – comme l’installation du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé en novembre 2024, la mise en place du Conseil électoral provisoire ou encore l’élaboration d’un projet de Constitution – Frinel Joseph juge que l’essentiel reste à accomplir.
Dans sa correspondance, il formule 4 recommandations clés pour sortir le Conseil présidentiel de transition de l’impasse actuelle. Il appelle d’abord à la tenue d’une retraite d’urgence, estimant qu’un tel espace de dialogue permettrait d’apaiser les tensions internes et de clarifier les priorités collectives. Frinel Joseph propose également de renouer le dialogue avec les forces vives de la nation, dans une démarche inclusive visant à renforcer la légitimité du CPT.
Par ailleurs, le conseiller président insiste sur la nécessité d’une communication régulière avec la population haïtienne, afin d’assurer une transparence dans les décisions prises et de rétablir la confiance publique. Enfin, M. Joseph exhorte ses collègues à convoquer dans les plus brefs délais un Conseil des ministres pour adopter un décret référendaire indispensable à l’avancement des travaux du Conseil électoral provisoire.
« Nous devons retrouver le sens de notre mission et faire preuve de courage politique », insiste Joseph, qui se dit prêt à continuer de jouer son rôle de facilitateur malgré les frustrations accumulées.
Frinel Joseph conclut sa lette en ces termes : « J’espère que cette note provoquera une prise de conscience collective. L’avenir de la transition et celui du pays en dépendent. »
A huit mois de la fin de son mandat, le Conseil présidentiel de transition (CPT) n’a pas réussi à atteindre ses objectifs précédents principaux: rétablir la sécurité, organiser un référendum et conduire Haïti vers des élections démocratiques.
Deux gouvernements se sont succédé sous son autorité — d’abord celui de Garry Conille, puis l’actuel dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Trois personnalités ont également présidé tour à tour le Conseil : Edgard Leblanc Fils, Leslie Voltaire et, depuis des mois, Fritz Alphonse Jean. Malgré ces changements de leadership et la mise en place d'institutions clés comme le Conseil électoral provisoire ou le comité de pilotage de la conférence nationale, le CPT semble paralysé par des conflits internes et une absence de vision unifiée, ce qui compromet sérieusement l’atteinte de ses objectifs.
Arnold Junior Pierre
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