PubGazetteHaiti202005

Conditions de travail, équipements, budget, la PNH passée au crible par le RNDDH à l’occasion de ses 30 ans

.

À l'occasion du trentième anniversaire de la Police Nationale d’Haïti (PNH), le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a publié ce jeudi 12 juin 2025 un rapport accablant sur l’état de l’institution policière. Dans ce document, le RNDDH passe au peigne fin les conditions de travail des agents, les ressources mises à leur disposition, les attaques subies et les politiques publiques de sécurité, qu’il juge largement insuffisantes.

Le rapport commence par rappeler que la PNH, créée le 12 juin 1995 pour remplacer l’ancienne armée dissoute, vit aujourd’hui l’un des moments les plus difficiles de son histoire. Le RNDDH en profite pour partager « ses différentes remarques sur le fonctionnement de l’institution policière et sur les conditions dans lesquelles sont appelés à travailler les agents.es de la PNH ». 

L’organisation de défense des droits humains dénonce notamment l’impact direct de l’insécurité sur la vie privée des policiers. Dans plusieurs quartiers considérés historiquement comme des bastions policiers, comme Carrefour-Feuilles, Delmas ou Solino, l’infiltration et la prise de contrôle par des gangs ont contraint de nombreux agents à fuir leurs domiciles. 

« Depuis la tombée de ces zones sous le joug des bandits armés membres de la coalition terroriste Viv Ansanm, de nombreux agents.es logent chez des amis.es, chez des proches ou dans les enceintes des postes de police où ils sont affectés », note le rapport, soulignant que « cet état de fait [...] semble ne pas préoccuper outre mesure les membres du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) ».

Aussi, dans ce document, le RNDDH s’attarde sur l’annonce du « budget de guerre » adopté en avril 2025 par les autorités dont un montant  de 32,9 milliards de gourdes pour la PNH. Pourtant, derrière les chiffres, l’organisation décèle un déséquilibre criant. Elle dénonce que « 73 % de ce montant sont affectés aux dépenses du personnel » tandis que « seuls 27 % sont alloués aux dépenses d’investissement », soit « 3 % du budget global du pays ». 

Le rapport revient aussi sur la question des salaires et primes accordées aux policiers, qu’il qualifie de « largement insuffisants au regard de leurs responsabilités et des risques qu’ils encourent ». En dépit de l’adoption en 2022 d’un décret sur les primes de risque, les policiers blessés ou tués ne reçoivent pas systématiquement les compensations promises. 

Le RNDDH souligne que « le mécanisme et la procédure en vue de bénéficier des primes n’étant pas clairement établis, de nombreux policiers.ères ont perdu la vie [...] sans que des mesures significatives aient été adoptées en vue d’honorer leur mémoire et de soutenir leurs familles ».

L’organisation fait aussi état de l’absence d’application de l’arrêté du 23 avril 2024 sur le plan de carrière et les récompenses, qui prévoit pourtant que « les récompenses reconnaissent le mérite [...] et doivent être accordées avec mesure et sans retard pour garder toute leur valeur ».


Le RNDDH indique que « depuis la mise en place de ce gouvernement de transition, les matériels et équipements reçus par la PNH lui ont été offerts par des partenaires étrangers ». Il note également que les véhicules blindés acquis précédemment « sont de très mauvaise qualité et ne constituent pas de matériels de combat. 

En matière d’opérations, le rapport revient longuement sur la création d’une Task Force mise en place par la Primature et le Conseil Présidentiel de Transition pour lutter contre les gangs. Cette unité, qui a recours à des drones kamikazes, a multiplié les actions entre mars et juin 2025. Si le RNDDH reconnaît que « depuis l’utilisation des drones kamikazes, au moins trois-cents (300) bandits armés terroristes ont été tués et plus de quatre-cents (400) autres ont été blessés », il précise aussi qu’« aucune zone n’est encore reprise définitivement et aucun bandit notoire n’a eu à s’inquiéter ».

L’organisation critique l’absence de coordination entre cette Task Force et la PNH. Elle regrette que « la PNH n’est aucunement impliquée dans la coordination des opérations avec les drones », bien que des rencontres aient été organisées avec les forces de l’ordre sur le terrain. Elle dénonce le fait que « des autorités politiques pilotent une équipe appelée à mener des opérations spéciales », estimant que cela « représente un danger pour la démocratie ».

Entre juin 2024 et juin 2025, les policiers ont aussi été directement ciblés par les gangs. Le rapport fait état d’au moins dix attaques armées contre des commissariats, sous-commissariats et prisons, parfois complètement détruits, comme à Gressier, Mirebalais ou Saut-d’Eau. Le RNDDH dénombre aussi la mort de 33 policiers pendant cette période, dont la moitié dans des opérations, et l’autre moitié affectée à des unités spécialisées

Dans ses recommandations, le RNDDH exhorte les autorités de la transition à « intensifier les efforts visant à mettre fin au règne des gangs armés », à « fournir aux agents.es de la PNH des matériels et équipements policiers adéquats », à « octroyer aux agents.es un salaire suffisant » et à « mettre en application, dans toute leur teneur, le décret du 1er juillet 2022 et l’arrêté du 23 avril 2024 ». 

Il appelle également à une meilleure implication des forces de l’ordre dans la coordination des opérations, et demande que les fonds d’intelligence de l’exécutif soient réaffectés à la recherche d’informations policières utiles aux interventions sur le terrain.

Ce jeudi, les 30 ans de la PNH ont été célébrés, en présence de membres du Conseil Présidentiel de Transition et du gouvernement.

 

 

 

Par: Daniel Zéphyr

Politique

Culture

Economie

Sport